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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 08:30

A l'heure où le bavardage et les banalités l'emportent, la lecture d'un livre impitoyable, terriblement décapant, est fort bienvenue :

Jean-Pierre Garnier & Louis Janover – La deuxième droite (Contre-Feux – Agone – 2013, 316 p., 20 €)

Cette analyse minutieuse de l’ère Mitterrand ne laisse rien dans l’ombre des compromissions et des faux-semblants du PS et de ses satellites au pouvoir.

L’arrivée de François Hollande ne fait que confirmer une évidence : dès les années 80, les socialistes oublieux de leurs origines se sont employés à prolonger les lignes de la droite traditionnelle. Ils sont devenus les « fossoyeurs du socialisme ». L’adaptation patiente et méticuleuse de la société française au nouveau stade du capitalisme, qu’ils ont conduite sans rechigner, en fait des alliés zélés de la droite officielle. La soi-disant opposition droite-gauche ne porte plus désormais que sur des apparences propres à duper ceux qui veulent bien l’être. Elle ne porte plus que sur la « manière de gérer le système capitaliste (et sont) d’accord pour n’en pas toucher les fondements ». Le « socialisme des responsabilités » est vite devenu le « socialisme de la médiocrité, (celui qui) fait de la reproduction du capital l’horizon indépassable de notre temps ». Remarque indiscutable à l’examen des faits. Remarque valable non seulement pour l’ère Mitterrand bien sûr, mais également pertinente pour ce qui concerne les multiples pas de deux de l’actuel Président.

Les auteurs reprennent et dissèquent avec un scalpel souvent trempé dans l’acide les liquidations auxquelles les socialistes ont procédé avec l’aide des intellectuels rangés des errements de mai 68 (« la domesticité des écrivains et des artistes »). Pour eux, mai 68 ne fut qu’une façon radicale de secouer le cocotier sans chercher à l’abattre.

L’ironie amère qu’ils manient volontiers ne rend pas moins douloureux leur constat :

« Le bilan du premier plan quinquennal de liquidation du socialisme … est globalement positif : restauration du taux de profit, réhabilitation de l’entreprise, épousailles de la « France qui pense » et de la « France qui gagne »… de l’argent, fin du divorce Nation-Police-Armée, neutralisation des syndicats, marginalisation du PC, vassalisation de l’intelligentsia, consensus autour du nucléaire, renforcement de la solidarité atlantiste contre le péril rouge, consolidation de la présence française en Afrique… »

Le PS, qualifié de deuxième droite, soi-disant « moderniste », s’emploie résolument à faire en sorte que tout bouge apparemment, pour que rien ne change en profondeur. Cette notion de modernité n’est en fait qu’un leurre destiné à faire admettre n’importe quelle décision propre à permettre l’adaptation du capitalisme : « restructuration économique, innovations technologiques, réaménagements institutionnels, recompositions sociales, réajustements politico-idéologiques, rénovation culturelle… » L’exemple de la décentralisation, qui, « sous couvert de consultation démocratique, (n’est qu’un moyen pour) faire avaliser un diktat gouvernemental par les notables des collectivités locales » est une bonne illustration de ces menées.

Depuis 1986, « la gauche a cessé d’exister comme force politique en France ». Laurent Fabius, Pierre Mauroy, Michel Rocard, Jean-Pierre Chevènement, Lionel Jospin, Serge July, Jean Daniel, Edmond Maire, Henri Weber, Régis Debray, et quelques autres bonnes pointures, ainsi que les « danseuses écologistes » (les récents développements de la confusion gouvernementale justifient amplement aujourd’hui encore ce qualificatif), ne trouvent aucune grâce aux yeux des auteurs. Ils sont soigneusement étrillés à partir d’une lecture accablante de certaines de leurs déclarations.

La collaboration Mitterrand Séguéla, « vrai événement culturel », a conforté la démocratie en tant que représentation anesthésiante permanente entretenue par les techniques de communication, outil de démagogie assistée par ordinateur grâce auquel on peut désormais parler « pour ne rien dire, pourvu qu’on le dise bien. »

A la lecture une remarque s’impose : la deuxième droite va sans cesse plus loin que la première, dont elle parachève les menées. L’exemple de la première année de Hollande au pouvoir, où la soumission aux actions et décisions de l’ère Sarkozy est patente (Europe, droit du travail, bouc émissariat des immigrés, abandon des mesures fiscales annoncées, etc.), est exemplaire à ce sujet.

Face aux nécessités de la rigueur, quelques gâteries peu onéreuses sont offertes au bon peuple afin de prévenir toute réaction intempestive de sa part : suppression de la peine de mort, naturalisation de quelques artistes étrangers exilés en France, tirades tiers-mondistes (« illusion lyrique »), (aujourd’hui mariage pour tous et exception culturelle...).

L’évocation de l’émergence et du rôle d’une nouvelle catégorie sociale, celle de la petite bourgeoisie intellectuelle, en gros les Bobos et la gauche caviar, est fort intéressante. Véritable roue de secours du système, ils occupent une place stratégique permettant aux tenants du pouvoir de se maintenir en place. (Les réflexions de Jeremy Bentham sur l’intérêt de conférer du pouvoir aux subalternes viennent ici naturellement à la pensée.)

Alors qu’elle a longtemps prétendu vouloir modifier l’ordre mondial existant, la gauche socialiste devenue deuxième droite, ne cesse de s’y soumettre. Persévérer à croire que quelque chose de fondamental la sépare de la droite officielle relève de l’erreur tragique ou de l’aveuglement le plus désespérant.

Parler du PS comme d’un parti de gauche n’est à l’évidence qu’un abus de langage pour désigner un parti de droite profondément marqué par ses complexes névrotiques, mais néanmoins résolument déterminé à agir dans le sens de l’aménagement durable du système dominant qu’il prétend abusivement vouloir combattre, uniquement pour tenter maladroitement d’entretenir la confusion.

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Published by Blogue-note de Jean Klépal - dans Politique Gauche PS
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commentaires

Alain SAGAULT 10/07/2013 11:31

Je peux comprendre la position de Serge Plagnol, et j'aurais pu la partager… il y a plus de trente ans. Mais j'ai quitté le PS dès 1978, en même temps que la CFDT, parce que, au-delà des discours lénifiants, la réalité des actes montrait déjà clairement que la gauche officielle avait tourné casaque et qu'entre cette droite light et la droite "vraie" il n'y avait plus qu'une différence de degré. Comme l'ont surabondamment montré les années de la "gauche au pouvoir", le projet est au fond le même, celui du discours de 1973 de Pompidou et des politiques ultra-libérales de Thatcher et Reagan : un libéralisme institutionnalisé (bel oxymore !) fonctionnant selon une concurrence captive et constamment faussée au bénéfice d'une oligarchie financière mondialisée et au détriment des peuples. Le comble étant que toute réaction de ceux-ci se trouve aussitôt définie comme populiste, rétrograde, stupide, et ignorée ou contredite par tous les moyens, même quand elle a pris une forme politique indiscutablement légale (référendum de 2005, etc).
Face à cet escamotage de la démocratie partout en Europe par la droite de gauche et la droite de droite, et à ses conséquences toujours plus catastrophiques, il devient illusoire, voire criminel, de"peser des œufs de mouche dans des toiles d'araignée". Autrement dit : Entre Hollande et Sarkozy, entre le PS et l'UMP, je peux choisir Hollande, par défaut. Mais il y a mieux à faire : dépasser ce choix piégeux si commode pour les "élites" au pouvoir, et créer nos propres choix, au lieu de nous soumettre à celui qu'on nous impose. Il est temps notamment de passer à la VIe République par le truchement d'une Assemblée constituante (d'où ma proposition d'un renvoi des cartes électorales actuelles, pour exprimer le refus d'un système qui fait du vote une formalité sans conséquence, une coquille vide contournable à volonté), il n'est que temps de réformer la vie politique et de reconsidérer de fond en comble notre façon d'être au monde. Énorme chantier, risque considérable; mais pour une fois il est vrai qu'il n'y a pas d'alternative ! (Voir à ce sujet, entre autres, chez Agone, "Une brève histoire de l'extinction en masse des espèces", de Franz Broswimmer).
Ce qu'une gauche sans courage, sans convictions et sans âme refuse de faire, le peuple révolté le demandera pour notre malheur à tous à une extrême-droite qui à défaut de vision cohérente ne manque ni d'énergie ni de culot.
Un article paru ce matin dans Marianne me semble éclairer très correctement la question :
http://www.marianne.net/Comment-la-gauche-a-livre-le-peuple-au-FN_a229960.html

plagnol 08/07/2013 12:51

je ne suis pas certain que l' abolition de la peine de mort soit une " gâterie" ni le mariage pour tous , ni l' exception culturelle ...cela dit il est vraiment facile de tout jeter ,de tout casser , de tout retourner pour aboutir à un nihilisme improductif et infécond . Plutôt que de se draper dans la grande critique absolue , sans appel ,mieux vaut se coltiner aux contradictions du réel . ces journalistes ( que je ne connais pas ) font le jeu objectif de la droite . Allons y, tapons , tapons ! et vite , vite ,accélérons le retour du chef suprême , du grand homme , du sauveur , à sa gauche Coppé , à sa droite Marine ....La gauche et la droite , c' est pareil , vive les révolutionnaires aux mains propres , drapés dans leur pureté révolutionnaire ....;Si l'' analyse critique est nécessaire ... mettre tout dans le même sac et remplir les poubelles de l' histoire pour aboutir à l'antiparlementarisme et au nihilisme ,est plus que dangereux

Jean Klépal 09/07/2013 11:47

Bien sûr que l'abolition de la peine de mort n'est pas une simple "gâterie". En prenant cet exemple les auteurs signalent une mesure certes fondamentale, mais qui ne contribue en rien à l'amélioration de la vie quotidienne. Une mesure phare, non onéreuse, servant de symbole propre à masquer l'existence de nombreux renoncements. Critiquer, se montrer exigeant et vigilant, n'a rien à voir avec le nihilisme. L'intransigeance se nourrit essentiellement d'un appétit insatiable. Elle est tout le contraire de la soumission aux solutions les moins mauvaises...
Les contradictions du réel sont souvent d'abord issues de renoncements intolérables. Même si c'est douloureux, force est de constater que bien peu de choses séparent la droite officielle de la gauche institutionnelle. Les faits le prouvent, personne ne peut en disconvenir. Dire cela n'a rien de révolutionnaire.
L'arrivée ou le retour d'un chef suprême n'est évidemment pas une solution, il n'en demeure pas moins que la Constitution en vigueur instaure, qu'on le veuille ou non ce chef suprême. Les dérives et compromissions actuelles ne font que renforcer à la fois Coppé et Marine, ne pas le voir c'est s'aveugler soi-même.
La lucidité en ces périodes d'obscurantisme galopant est une nécessité. Elle n'est évidemment ni une solution, ni une fin en soi.

Alain SAGAULT 08/07/2013 12:50

Une fausse manœuvre me fait enfoncer le clou, bien involontairement. Mais peut-être pas inutilement, tant les autruches ont le crâne imperméable à tout ce qui n'est pas leurs fantasmes trouillogènes et leur intérêt personnel mal compris…

Alain SAGAULT 08/07/2013 12:48

On ne peut qu'adhérer. Le constat est plus aveuglant que jamais. Reste à détruire l'oligarchie mondialisée qui n'a de cesse de nous détruire. Cela passe désormais par le refus radical de cette farce obscène qu'est devenue la "démocratie" "représentative".
Peut-être, pour commencer, un renvoi collectif des cartes "électorales : voter n'a plus aucun sens, puisque les oligarques n'en tiennent aucun compte quand il n'exprime pas une adhésion aussi soumise qu'automatique.

Alain SAGAULT 08/07/2013 12:47

On ne peut qu'adhérer. Le constat est plus aveuglant que jamais. Reste à détruire l'oligarchie mondialisée qui n'a de cesse de nous détruire. Cela passe désormais par le refus radical de cette farce obscène qu'est devenue la "démocratie" "représentative".
Peut-être, pour commencer, un renvoi collectif des cartes "électorales : voter n'a plus aucun sens, puisque les oligarques n'en tiennent aucun compte quand il n'exprime pas une adhésion aussi soumise qu'automatique.

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