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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 22:40

Voici durablement installé le temps misérable de la confusion gouvernementale, de l’obscénité politique généralisée, de l’indécise incapacité présidentielle oublieuse d’elle-même. Temps de la psychose, temps du haut-le-cœur. Mieux vaut dès lors se consacrer au silence distancié et à la lecture, plutôt qu’au ressassement d’impuissantes aigreurs, si justifiées soient-elles.

La rentrée littéraire abonde une fois de plus en ouvrages comportant trop de pages, trop de lignes par page, trop de mots par ligne, trop de lettres par mot. Des pisse-copies sont hardiment à l’œuvre…

Comme à l’accoutumée on ne parle que de romans, comme si l’écrit se résumait à cette unique forme. Hors le roman point de salut ?

Festivals de ci, de là, des auteurs sous leur meilleur profil, tour à tour aguicheurs, putassiers, vrais, authentiques (parfois) ; peu, très peu, de place pour les essais, la poésie, le théâtre, l’histoire, que sais-je encore. Peu de place pour l’écriture sous toutes ses formes, pour l’écrivant sous tous ses aspects. L’abondance d’une marchandise soigneusement conditionnée dans la gangue de laquelle se dissimulent cependant quelques pépites.

Fouiller, humer, écouter, palper, tenter, goûter, savourer, se délecter (de temps à autre), demeure cependant possible à qui prend le parti de la lente circonspection, du détour curieux, de la traversée des pelouses interdites.

A l’occasion de cette rentrée, quatre coups de cœur à signaler. Quatre amorces offertes pour quelques partages possibles. Quatre antidotes. Des romans, il est vrai… Mais denses, exigeants, et respectueux du lecteur. Fruits d’un réel travail d’écriture, des œuvres composées par de véritables dégustateurs de la langue et non par des producteurs industriels verbaux.

Si l’ordre alphabétique efface la préférence hiérarchique, adoptons-le.

D’abord Yannick Haenel, avec Les renards pâles (Gallimard, 175 p. – 16,90 €).

Une première partie avec une succession de courts chapitres pour installer puis établir en seconde partie une chorégraphie sociale à partir d’un homme démuni, déconnecté, ayant choisi de se soustraire à la vie courante en nidifiant dans sa vieille voiture, garée rue de la Chine, à Paris. Au fil des pages interviennent Godot, les masques Dogon, le souvenir de la Commune, le refus d’une quête identitaire uniformisante, la nécessité d’un bouleversement politique…

Un livre sans doute appelé à compter dans le fouillis de la rentrée.

Raphaël Jérulsamy a publié l’an dernier son premier roman, Sauver Mozart (Actes Sud, éd. 2013, Babel, 151 p. – 6,70 €).

Eté 1939, un autrichien, juif mais pas tout à fait, entame un journal destiné à son fils sans doute émigré en Palestine. Il suit les événements que nous savons, depuis le sanatorium où il dépérit. Marginal, inutile puisque malade, il se sent profondément humilié. Mélomane averti, il enrage de voir les nazis dénaturer le festival de Salzbourg, et par là attenter au souvenir de Mozart. Si tuer Hitler est hors de portée, si tout parait perdu, sauver Mozart lors de la prochaine édition du festival devient le but unique auquel se consacrer.

Ce livre brillant, remarquablement écrit, tient en haleine et se révèle une véritable réussite.

A lire de toute urgence !

Le même vient de rééditer son exploit avec La confrérie des chasseurs de livres (Actes Sud éd. 2013, 316 p. - 21 €).

Un roman picaresque où François Villon, le poète et malandrin que nous croyions connaître, mène une incroyable aventure en Palestine, sur ordre de Louis XI, à la recherche de documents propres à contrer l’influence du Vatican.

Une fiction tonique, un écrivain dont le nom mérite d’être retenu.

Avec Parabole du failli (Actes Sud éd. 2013, 189 p. – 20 €) Lyonel Trouillot a écrit un grand livre, terrible, grave, à la gloire de tous les humiliés, de tous les laissés pour compte, de tous les mal aimés. La langue, si belle soit-elle, la pensée, si profonde soit-elle, ne parviennent pas à transformer la cruauté de la vie. Elles permettent au moins d’en donner à lire le témoignage, donc de continuer à s’insurger.

Lyonel Trouillot n’en est pas à son coup d’essai. Cet écrivain haïtien est un Monsieur, sa fréquentation enrichit le lecteur.

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