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14 novembre 2013 4 14 /11 /novembre /2013 09:24

Un fort honorable et attentif correspondant me demande de signer un « Appel pour une mobilisation mondiale afin de réguler la globalisation économique et financière au profit du développement humain, du progrès social et d’une protection stratégique de l’environnement ».

Il s’agit, m’écrit-il, de « faire grandir une conscience unitaire au sein de la société civile internationale – ou société globale – afin que cette communauté en sommeil gagne en cohésion et s’affirme progressivement en actrice influente de la vie publique internationale et en force motrice d’un changement durable ». « Tentons donc l’aventure d’un réseau transnational sans chef ni hiérarchie, uni sur des valeurs partagées… »

Incontestablement, le projet est généreux. Il correspond à une nécessité peu contestable ainsi que le souligne mon interlocuteur : « constituer une vox populi mondiale pour tenter de faire contre-pouvoir aux multinationales industrielles, financières, etc. qui achètent les démocraties pour les mettre au service de leurs intérêts immédiats. »

Alors, signer, ne pas signer ?

Cette proposition, à propos de laquelle le lecteur trouvera toutes les précisions susceptibles de l’intéresser sur le site www.globalsociety.ch, me fait souvenir de l’initiative de cet ancien pilote de l’US Airforce, Gary Davis, qui au sortir de la guerre voulut imposer à l’ONU naissante une Citoyenneté du Monde.

Générosité, lucidité et humanisme était déjà réunis. Qui se souvient aujourd’hui de Gary Davis et de sa splendide utopie, à laquelle apportèrent leur soutien Albert Einstein, André Gide, Albert Camus, Jean-Paul Sartre, André Breton, l'abbé Pierre ?

Suffit-il de pointer les vices rédhibitoires d’un système, de les dénoncer, pour obtenir un changement significatif ? Bien évidemment non.

La dénonciation proclamée d’aberrations flagrantes et le volontarisme institutionnel n’ont que peu de chance d’aboutir. Nous constatons cela tous les jours. Si discours bien sentis et professions de foi suffisaient à faire changer le cours des choses, M. Mélenchon jouirait d’un consensus sans réserve et le Président de la République serait contraint à l’instant de revoir sa politique.

Oui, nous le constatons tous les jours, Internet s’impose comme un puissant moteur capable d’infléchir bien des certitudes et autres allant-de-soi, mais cela ne suffit pas. Faire bouger les lignes requiert tout autre chose.

Le constat et le volontarisme connaissent rapidement leurs limites.

Si des initiatives sont tout à fait utiles pour éveiller des esprits, les faire réfléchir, il ne faut pas oublier ce qu’affirmait déjà Michel Crozier au début des années 70 en déclarant qu’ « On ne change pas la société par décret ».

Il me parait évident que chacun ne change vraiment que lorsqu’il n’est plus possible de faire autrement. La crainte de l’inconnu, quelle que soit l’horreur du connu, est une souveraine maîtresse. On ne change que lorsqu’une situation est devenue proprement insupportable. Ce seuil n’est peut-être pas loin, il n’est pas encore atteint. Les proclamations n’y peuvent suffire.

Il me parait non moins évident qu’un changement fondamental de l’économie et du rapport à la nature comme celui auquel nous sommes sans doute des millions à aspirer ne peut valablement intervenir que si chacun change d’abord profondément en lui-même. Change ses conceptions, son mode de vie, son cadre de références, etc., faute de quoi le retour au précédent est inéluctable. C‘est ce qu’on nomme la révolution. La volonté motrice décisive ne peut venir que du terrain, toute volonté imposée d’en haut est nécessairement mortifère.

Il ne peut dès lors s’agir que de pédagogie. Une lente pédagogie souterraine des réseaux alternatifs est actuellement à l’œuvre, la nécessaire coagulation se fera-t-elle, à quel horizon ? Là réside une question fondamentale.

Alors, signer, ne pas signer ?

Personnellement je ne signe que très rarement une pétition, pour une raison simple : je crois peu à leur efficacité. Elles ont pour avantage principal à mes yeux de permettre au signataire de se donner bonne conscience à peu de frais, et pour défaut principal de conférer une importance accrue à la cible visée.

Puisse ce papier se trouver à l’origine d’un débat fort souhaitable !

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commentaires

Lolo 22/11/2013 11:47

C'est très beau, c'est très vrai, mais ça ne sert à rien tant que, comme tu le dis, on n'est pas au bord du gouffre, ce qui pourrait venir ... En même temps, ne jamais rien signer, c'est un peu lâche, on se sent mal à l'aise . Eternelle dualité.

Fouchard 14/11/2013 21:12

Je suis assezd'accord avec Jean sur l'usage des pétritions...Sont-elles plus efficaces que les manifestations dans la rue, qui obligeqazit à se déplacer, à y passer p:usieurs heures, mais d

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