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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 09:36

Après bien des péripéties et de nombreux aléas qui ont failli lui être fatals, L’Opéra noir, sculpture urbaine de Christophe Berdaguer et Marie Péjus, vient d’être inauguré le 10 janvier, en présence d’une très nombreuse assistance.

Il aura fallu la volonté farouche d’un petit groupe de commerçants de l’association Marseille Centre pour que cette réalisation existe, contre vents et marées. Témoins des livraisons de décors, dégustateurs permanents de vocalises lancées à la volée, ces commerçants ont souhaité apporter une dimension nouvelle à la place Lulli, située juste derrière l’Opéra. Cette place assez ingrate est née de la déflagration d’une bombe larguée lors de la deuxième guerre mondiale. Longtemps parking, elle a fait l’objet d’une amorce de requalification en 2010. Trois ans de réflexion et de négociations ont été nécessaires pour qu’aboutisse le projet Opéra noir.

Comment mettre cette place en résonance avec l’Opéra voisin se demandèrent à l’origine les intéressés soucieux d’illustrer leur quartier. Un heureux hasard voulut qu’ils rencontrent la médiatrice culturelle de la Fondation de France. Celle-ci a fait inscrire leur désir dans le cadre des actions « Nouveaux Commanditaires », dont j’ai présenté le principe de fonctionnement il y a tout juste un an dans ce blogue (cf. Brèves 10 – Désir d’art – 20 janvier 2013).

Rappelons l’essentiel à ce sujet.

Au lieu d’imposer une décision venue d’en haut, il s’agit de faire émerger des attentes d’aménagement de l’espace public ou de lieux de vie en termes de questionnement artistique partagé, toutes disciplines confondues. Autrement dit à la verticalité de l’autorité institutionnelle est substituée l’horizontalité démocratique d’un projet à élaborer par un groupe de personnes devenant maître d’ouvrage potentiel. C’est la Fondation de France (institution de droit privé vouée au mécénat, distributrice de moyens privés, regroupant un ensemble de fondations agrées par elle) qui approuve la demande et accompagne son cheminement. C’est elle également qui contribue aux négociations avec les interlocuteurs publics et privés dont l’engagement administratif et financier va permettre la mise en œuvre du projet. On comprend vite les réticences qu’une telle démarche peut susciter chez les détenteurs officiels du Pouvoir, peu enclins à voir naître des initiatives hors de leur emprise (ils craignent évidemment que ne leur échappe la pratique des combines et des favoritismes que permet la commande publique).

L’histoire de ce projet qui a bien failli capoter confirme cette évidence. Alors que des fonds publics ont abondamment été distribués à des budgétivores horsains tout au long de l’année capitale, les collectivités publiques ne se sont résolues à participer qu’in extremis, tandis que deux fondations agrées avaient rapidement manifesté leur soutien. Alors que cette œuvre est la seule installée en son sein, rien ne dit à ce jour que la Ville de Marseille acceptera d’en assurer l’entretien et le suivi. L’Opéra noir est actuellement dans une situation précaire, sa pérennité n’est pas certaine.

L’administration publique est experte dans l’exercice de l’ignorance des ressources et des énergies créatives locales, l’année 2013 l’a abondamment démontré.

Nous avons là, en plein cœur de ville, une sculpture pénétrable bien dimensionnée, une sorte de bayadère architecturale se jouant de l’austérité de son environnement immédiat. L’évocation de Gaudi vient à l’esprit, ce qui ne peut que réjouir. Fantaisie et onirisme sont à disposition de qui veut s’en saisir. Comme par magie, le domaine public peut redevenir aimable. Passant à Marseille, ne manquez pas d'y faire un tour. (Rappel : Place Lulli, juste derrière l'Opéra, métro Vieux Port.)

Le passant est incité à goûter un instant la volupté de formes en mouvement et à découvrir l’espace sonore insoupçonné de la vie intime de l’Opéra voisin. Inspiré de celui, monumental, du haut de la Canebière, ce kiosque recueille en effet les bruits provenant de l’Opéra, filtrés, distordus, remixés, transmis en temps réel, par un dispositif conçu par le centre national de création musicale de Marseille, GMEM, qui diffuse ainsi une composition aléatoire dans le sillage de John Cage.

Nous avons désormais au cœur de la cité, deux lieux totalement différents, sans commune mesure, reliés cependant par leur puissance d’attraction : le MuCEM devenu immédiatement l’incontournable paseo marseillais, et l’Opéra noir de la place Lulli, susceptible de devenir la ponctuation spirituelle d’un quartier très animé. 2014 nous dira ce qu’il en sera de la capacité des officiels à se saisir de ce cadeau fait à la ville.

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Published by Blogue-note de Jean Klépal
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commentaires

marie jeanne 03/02/2014 20:37

Ah oui, l'Opéra Noir, son kiosque ! il est né ?
il me tarde de le découvrir, d'écouter, ce doit être magique !
et puis...