Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 16:52

Trois articles, au moins, justifient une lecture attentive de la livraison de ce mois de janvier du Monde Diplomatique.

1 – Impuissance politique en France – Le temps des jacqueries, par Serge Halimi

L’article prend appui sur une citation de François Hollande (in Devoirs de vérité, Stock, 2006) : « C’est François Mitterrand – avec Pierre Bérégovoy – qui a déréglementé l’économie française et l’a largement ouverte à toutes les formes de concurrence. C’est Jacques Delors qui a été, à Paris comme à Bruxelles, l’un des bâtisseurs de l’Europe monétaire avec les évolutions politiques qu’elle impliquait sur le plan des politiques macroéconomiques. C’est Lionel Jospin qui a engagé les regroupements industriels les plus innovants, quitte à ouvrir le capital d’entreprises publiques. Ce qui lui fut reproché. Cessons donc de revêtir des oripeaux idéologiques qui ne trompent personne. »

Tout est dit de l’abandon de pouvoir sur les orientations essentielles du pays. Comment s’étonner dès lors du désintérêt et de la rage montante des Français vis-à-vis des bonimenteurs apparemment rivaux, mais complices de fait, qui monopolisent la vie politique ? Les jacqueries ne peuvent que se multiplier.

Patrons « pigeons », traditionalistes de la « Manif pour tous », « bonnets rouges » bretons, le tout en moins de dix-huit mois (belle performance), souligne l’auteur.

Après une pique acérée sur les délires éditoriaux du Figaro (citations probantes à l’appui), alors que le gouvernement Ayrault mène une sorte de surenchère par rapport aux gesticulations de J-F Copé, il fustige la gauche qui a depuis longtemps rendu les armes. « Avec M. Hollande … rien d’autre qu’un discours de comptable (…) quand le seul progrès escompté consiste à dépenser moins que la droite, la gauche est morte … (et) Le Front National s’engouffre dans cette panne d’espoir. »

Le dernier mot est emprunté à Benoît Hamon, qui peu avant de devenir ministre résumait « le dilemme de la gauche : combattre ou trahir » (in B. Hamont – Tournons la page. Reprenons la marche du progrès social – Flammarion, 2011).

L’auteur constate que le gouvernement auquel participe M. Hamon ne combat pas…

2 – Rendez-vous manqué de la gauche et de la politique locale, par Fabien Desage et David Guéranger

La décentralisation se révèle insensible aux alternances politiques. La professionnalisation du métier politique largement fondé sur les débouchés offerts localement engendre ce phénomène. D’où des carrières qui offrent la possibilité de cumuler et d’enchaîner mandats locaux et nationaux, moyen efficace pour les élus de neutraliser les projets ou les dispositions qu’ils estiment menaçants pour leurs intérêts personnels.

Les réformes de décentralisation se jouent essentiellement sur fond de compromis entre les intérêts catégoriels des professionnels de la politique. Ce qui explique la similitude des programmes d’action publique urbaine, indépendamment de la majorité au pouvoir. Qui n’a pas son tramway ou son écoquartier, de même que la vidéo-surveillance, s’interrogent les auteurs.

La standardisation des politiques locales n’a pas toujours été la règle. La différence de préoccupations des municipalités de droite ou de gauche a pendant longtemps marqué les options retenues. Aujourd’hui il faut bien convenir que ce clivage est de moins en moins perceptible. Cela tient sans doute au fait que les responsables locaux se réclamant de la gauche ne sont pratiquement plus issus des classes populaires. La professionnalisation et la technicisation de l’action publique, assorties de l’affaiblissement des structures de contrôle externe des élus locaux, entrainent le développement d’espaces politiques opaques où prévalent le copinage, le petit nombre et le huis-clos, plutôt que le débat au grand jour. Avec les organisations satellites qu’elle suscite, l’intercommunalité favorise un déclin du débat démocratique et une influence accrue des technocrates. On constate que progressivement des élus de gauche finissent par s’accommoder des partenariats public-privé, et parfois les soutiennent volontiers (exemple de nombreux grands chantiers emblématiques : stades, réaménagements urbains, tramways…).

Paraphrasant Pessoa, les auteurs concluent à la nécessité d’inventer une « démocratie de l’intranquillité ».

3 - Comment l’obsession sécuritaire fait muter la démocratie, par Giorgio Agamben

L’impératif sécuritaire fonctionne comme un argument d’autorité justifiant des procédures d’exception devenant une manière de gouverner.

La question se pose de confronter des mesures pouvant paraître évidentes au concept même de sécurité.

S’agit-il de prévenir des troubles ou bien de les canaliser ? Question fondamentale : puisqu’il parait vain et en tout cas très onéreux de vouloir gouverner les causes, ne vaut-il pas mieux se contenter de tenter d’en maitriser les effets ?

On voit tout de suite poindre ici la convergence entre un libéralisme économique absolu et un contrôle sécuritaire généralisé. L’exemple de l’eau potable illustre le propos. Alors que nous savons que les ressources en eau potable s’amenuisent considérablement, aucun pays ne se préoccupe d’une politique anti-gaspillage efficace. Par contre, techniques et procédures pour traiter les eaux polluées se multiplient : un grand marché en devenir existe.

Autre source de réflexion, le développement des dispositifs de reconnaissance biométrique, initialement pensés pour les délinquants récidivistes, désormais couramment utilisés. « La législation aujourd’hui en vigueur dans les pays européens en matière de sécurité est sous certains aspects sensiblement plus sévère que celle des Etats fascistes du XXe siècle (…) La multiplication croissante des dispositifs sécuritaires témoigne d’un changement de la conceptualité politique, au point que l’on peut se demander non seulement si les sociétés dans lesquelles nous vivons peuvent encore être qualifiées de démocratiques… »

L’implantation des dispositifs de sécurité influe directement sur la relation du citoyen à la politique. Désormais, l’identité de la personne n’est plus liée à son être social, mais à des données biologiques n’ayant rien à voir avec le sujet lui-même. Le citoyen moderne évolue de plus en plus dans une zone indifférenciée entre public et privé. Le statut juridique prévaut, l’exercice du droit de vote s’apparente peu à peu à un simple sondage d’opinion.

La vidéosurveillance matérialise cette indifférenciation de la personne. Le pouvoir moderne évolue vers la biopolitique : « il s’agit de gouverner la vie biologique des individus (santé, fécondité, sexualité, etc.) et non plus seulement d’exercer une souveraineté sur un territoire. »

Nous vivons désormais dans un État de contrôle où le lieu de la police devient envahissant. « En se plaçant sous le signe de la sécurité, l’État moderne sort du domaine du politique … », et il fait courir les plus grands dangers à la démocratie.

Conclusion :

« Si l’on veut arrêter la dérive antidémocratique de l’État sécuritaire, le problème des formes et des moyens d’une telle puissance destituante constitue bien la question politique essentielle qu’il nous faudra penser au cours des années qui viennent. »

Partager cet article

Repost 0

commentaires

LE PICARD FRANCOIS 03/01/2014 21:14

LECTURE de lectures fort intéressante, tu as vu juste en ciblant dans ce monde diplomatique des articles que je trouve réalistes, bien venus dans le moment. Après une année 2013 ratée, Hollande va au motifs d'élections 2014 mentir encore un peu plus, anesthésier sa gauche.Faire du droitisme pour tenter de "sauver" les villes et communes où les menaces de changements souhaités par les électeurs pointent. Les grands sujets du pays ne semblent pas l'intéresser.

Présentation

  • : Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal
  • Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal
  • : Remarques, réflexions, parti-pris et jets de vapeur sur la vie qui va et ses détours.
  • Contact

Recherche