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4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 21:47

La doxa veut que le processus électoral soit une des marques de l’existence d’une « démocratie ». Que cette affirmation soit en grande partie fondée n’est pas une raison pour se laisser leurrer par une apparence. Que ce processus soit mis en place ne suffit pas à garantir la qualité de l’exercice. Les scores mirifiques obtenus à chaque scrutin organisé dans les pays totalitaires suffisent à démontrer cette évidence.

Se conformer sans réticence à un simulacre consistant à glisser un bulletin dans l’urne à intervalles réguliers est hautement insatisfaisant. Chacun en convient aisément, sans pour autant en tirer toutes les conséquences ; rompre avec un rituel ne va pas de soi.

On peut à l’évidence se bercer de l’illusion d’une pseudo alternance ayant valeur de sanction. Le gouvernement dit de gauche actuellement en place illustre combien naïve est cette position. (Les élections municipales qui viennent de se dérouler témoignent d’une prise de conscience dont il fait les frais, hautement justifiés.)

On peut aussi se rassurer en constatant qu’à l’échelle de la Nation des correctifs peuvent finir par s’imposer, suite à des manifestations collectives de désaccords. Ce réformisme très vite récupéré fait toujours long feu.

De municipales en européennes, les scrutins se suivent mais ne se ressemblent pas.

Le 25 mai 2014 nous serons appelés à voter pour élire des députés au parlement européen.

Belle occasion de s’interroger sur le fond.

Qu’en est-il de ce Parlement ? Quels sont ses pouvoirs ? Que représente-t-il ?

Sans prérogative ni pouvoir réel d’inflexion de quelque décision que ce soit, ce « parlement » a toutes les apparences d’un objet factice mis en vitrine pour attirer le chaland.

Toute initiative lui est déniée. Alors que la Banque Centrale Européenne échappe à tout contrôle et que la priorité est donnée aux banquiers et aux financiers, il est totalement sous la dépendance de la Commission européenne, organe situé hors du champ démocratique, dont l’omnipotent président agit sans avoir de comptes à rendre.

Déjà en janvier 1957, Pierre Mendès-France s’opposait au traité de Rome porteur selon lui d’une abdication de la démocratie par le biais d’une « délégation (de) pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique. »

Le « parlement » ne peut pas modifier les traités qui font des instances européennes un outil au service exclusif d’un libre-échange mondialisé reléguant les exigences sociales en un inatteignable arrière-plan. Il ne peut pas davantage s’opposer à la mise en place de normes tous azimuts, destructrices des singularités de chaque état membre. Simple chambre d’enregistrement, il est bien difficile de trouver une quelconque justification à son existence dans son fonctionnement actuel.

Il apparaît comme un objet politique non identifiable, simple miroir aux alouettes.

Avec la Commission composée d’une oligarchie non élue, l’Union Européenne fonctionne de manière totalement anti-démocratique, puisqu’elle décide sans avoir de comptes à rendre aux populations qu’elle régit, ce qui légalise un pouvoir de plus en plus illégitime car négligeant toute expression citoyenne. Un gouvernement supranational composé d’experts nommés tient évidemment à distance tout contrôle populaire. Les traités actuellement en vigueur ont été adoptés vaille que vaille à l’aide de subterfuges, malgré l’opposition initiale des Français et des Néerlandais. Le rejet du traité constitutionnel européen par le referendum du 29 mai 2005 a tout simplement été bafoué avec l’adoption du traité de Lisbonne.

Lorsqu’elles sont inconvenantes, les opinions exprimées par les populations sont purement et simplement ignorées ou battues en brèche par des artifices juridiques.

« L’Europe est une machine à réformer la France malgré elle » (Denis Kessler, ex vice-président du Medef in La Tribune, 4.12.2000)

Devrions-nous continuer à nous laisser manipuler sans réagir ?

S’indigner haut et fort de cet état de fait ne suffit évidemment pas.

La fatalité n’existe que si nous lui en laissons le loisir. Il s’agit alors de résignation, c'est-à-dire d’acceptation de la servitude volontaire si vigoureusement dénoncée par La Boëtie, il n’y a jamais que quatre siècles et demi…Il y a un peu plus de cent cinquante ans, Henry David Thoreau publiait son essai sur la désobéissance civile.

A chaque période cruciale, nous traversons l’une d’entre elles, ces deux écrits fondamentaux brillent de leur actualité. Ils nous crient qu’il n’est d’autre sauvegarde que la radicalité de Victor Hugo sur son rocher de Guernesey.

Quoi faire ? Eh bien, simplement dire NON à la farce électorale, NON au fonctionnement de cette Europe là. Ne nous laissons surtout pas abuser par d’éventuels aménagements à la marge, tout juste bons à perpétuer ce qui existe.

Le boycott d’élections simple prétexte à une acceptation passive de la tutelle de la Commission sur les gouvernements européens, s’impose comme un geste fort de refus, comme un geste de résistance civique.

Se prêter à ce simulacre électoral équivaudrait à cautionner un système dont les méfaits sont patents.

Dire NON au système en place n’est en aucun cas dire non à l’Europe, c’est se saisir d’une occasion d’en hâter la nécessaire refondation. C’est lancer un signal fort pour tenter de donner à l’Europe une vigueur qu’elle n’a jamais eue. C’est lancer un appel à un sursaut démocratique. C’est contribuer aux prémices d’un Oui futur.

Des comités départementaux de résistance républicaine à l’Union européenne (CDR-RUE) – cf. www.cnr.rue.fr – se mettent progressivement en place. Ils réunissent quelques groupuscules, mais aussi des individualités révoltées par les dérives d’un système à délégitimer sans appel. S’informer de l’existence et des points de vue de ces comités présente un réel intérêt. Même si quelques divergences quant à leurs formulations peuvent se faire jour, c’est la convergence sur un objectif commun qui importe dans un premier temps.

Nos ancêtres ont commencé par prendre la Bastille. Ils savaient ce dont ils voulaient se débarrasser. Certes, il fallut un siècle pour que s’établisse la République, mais elle advint.

Aux pires moments de l’occupation nazie, nos aînés du Conseil National de la Résistance surent outrepasser leurs divergences idéologiques pour jeter ensemble les bases d’un avenir meilleur.

« Dans le cadre d’élections réellement démocratiques, l’abstention est toujours une erreur, puisqu’elle laisse le champ politique où s’organisent les enjeux de pouvoir aux mains de ceux qui ont gagné le combat électoral. En revanche, dans le cadre d’élections non démocratiques, comme les élections européennes, la règle s’inverse. Y participer revient à cautionner l’abandon de tout enjeu et de tout combat politique. Les boycotter revient à délégitimer une institution illégitime, et par conséquent à lui enlever de la force. Les classes dominantes et dirigeantes ont les mains libres précisément parce que les institutions supranationales de l’UE ont remplacé les souverainetés nationales. C’est pour cela que l’enjeu principal des élections européennes sera l’abstention. Les classes dominantes auront les yeux rivés sur cet indicateur, car celui du résultat des listes est secondaire. En participant à cette mascarade électorale, toutes auront légitimé le système de Bruxelles. Les seuls citoyens à avoir clairement délégitimé l’UE seront ceux qui s’abstiendront. Si le vote aux élections européennes n’a jamais réussi à obtenir le moindre résultat politique, une abstention de 70% en France serait un coup de tonnerre politique ôtant toute crédibilité à l’Union européenne. » (extrait du site cnr.rue.fr)

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commentaires

JLFouchard 24/05/2014 15:24

Oui les traités ont verrouillé le débat au sein de l'Europe , oui ils ont été parfois obtenus par une manipulation indigne, mais toute manipulation démocratique se paie un jour ou l'autre. Les fissures de cette gouvernance européenne apparaissent. Il faut continuer la résistance, mais pas dans des groupuscules qui n'ont aucune chance d'établir le moindre rapport de force - n'est pas Victor Hugo qui veut!- alors, pourquoi ne voterais-tu pas par exemple Front de gauche, qui, parle exactement comme toi: " Dire non au système en place n'est en aucun cas dire non à l'Europe, Non au fonctionnement de cette Europe-là..ne nous laissons pas abuser par d'éventuels aménagements à la marge, tout juste bon à perpétuer ce qui existe"...voilà pour quoi je vote...et voilà pour quoi tu ne votes pas ...allez comprendre !!!

Blogue-note de Jean Klépal 24/05/2014 16:03

Bien sûr, n'est pas Victor Hugo qui veut. Il n'en demeure pas moins qu'il demeure une très belle figure emblématique, un remarquable exemple (j'ai aussi parlé de Thoreau et de La Boëtie, des maîtres, mais minoritaires hélas). Oui, le Front de Gauche tient un discours tout à fait recevable, mais... il accepte la servitude volontaire du jeu de dupes qui nous est imposé.
Il est un moment où, j'en suis persuadé, il faut rompre, refuser, dire NON à cette mascarade à laquelle on nous soumet. Les propos de Valls sont clairs, quel que soit le résultat ça ne changera rien. L'élection du Président de la Commission ne se jouera pas au Parlement, contrairement à ce qui est prétendu. Ce sont les chefs d’État qui décideront seuls. Et puis, quelle différence de fond entre Junker et Schulz ? La radio - France-Inter - aujourd'hui encore ressasse le slogan "C'est vous qui décidez et personne d'autre", quelle foutaise, quel mensonge ! NON et NON, ça suffit.

JK 05/04/2014 11:07

Mais ce parlement n'est qu'un leurre, une tromperie, un faux-semblant. Il n'a aucun pouvoir, il ne sert que d’attrape-nigaud. La preuve est faite, hélas, que de l'intérieur, c'est à dire à partir de ce parlement postiche, rien n'est possible car la Commission est une forteresse inexpugnable, dans le système actuellement en place. Les dés sont pipés, ne pas se prêter à la duperie me parait le seul moyen de tenter de dégonfler l'imposture. Il ne s'agit pas d'abstention, il s'agit de boycott, il s'agit de saper la forteresse ! Accepter l'illusion du vote n'est que renforcer dans son existant ce qui existe.

plagnol 05/04/2014 10:51

C' est la commission européenne qui est illégitime parce que non élue ;le parlement européen , lui , est le parlement de l' Europe légitime , démocratique ?. C' est de l' intérieur qu' il faututter au travers des élus . L' abstention est évidemment la pire des positions ,c'est laisser la place libre à des partis qui eux vont faire des voix ( le FN) ; la critique du parlementarisme est toujours douteux et dangereux ; en allant voter on peux toujours éviter le pire . . Une fois de plus je m' insurge contre le nihilisme de l' abstention ...............il faut se battre à l' intérieur des systèmes représentatifs ; être dedans et non pas dehors ......

JK 09/04/2014 20:13

Il est vrai que le distinguo n'est pas facile à opérer, il n'en demeure pas moins que je ne prône pas l'abstention mais le boycott. Si cela ne change rien aux apparences, l'intention n'a pas grand chose à voir. Le boycott résulte d'une démarche volontaire de refus de l'existant et non pas d'une marque de désintérêt, dont l'abstention serait l'expression.
Oui, l’Europe est une belle idée fédératrice. L'ennui tient au fait que jusqu'à présent c'est la concurrence financière et commerciale qui prévaut entre les Etats membres, et que cela ne va pas dans le sens d'une communauté réelle en train de se fortifier.
L'Europe peut être facteur de progrès, la réconciliation avec l'Allemagne suffirait, entre autres, à le démontrer.
Les reproches que l’on peut faire à Bruxelles sont des vétilles par rapport à tout ce qui touche à des principes de fonctionnement faisant fi des règles les plus élémentaires de la démocratie.
Le pouvoir discrétionnaire de la Commission est tel que je ne perçois aucune avancée du côté du Parlement, simple chambre d'enregistrement ou leurre destiné à masquer une insupportable réalité. Technocrates ou non, Jacques Delors ou pas, ce ne sont pas les personnes qui sont en cause, c'est bien au contraire avec un système terriblement autocratique qu'il s'agit de rompre. Je ne crois pas du tout aux améliorations progressives, sans cesse allègrement récupérées pour que rien de fondamental ne change. Pour moi, il est grand temps de donner un coup de semonce. L'Europe est un enjeu beaucoup trop fort pour que nous acceptions de continuer à la laisser s'abimer.
Envoyer à Bruxelles des députés convaincus et courageux, oui, certes, mais où les trouver ?
Il est un moment où il faut clamer haut et fort une claire désapprobation en disant NON ça suffit !
Si une campagne s'affirmait suffisamment en faveur du boycott, je pense que l'ambigüité par rapport à l'abstention pourrait se dissiper. Nous n'en sommes qu'aux prémices. Voter pour s'opposer au FN, si compréhensible cela soit-il, me parait non convaincant. L'opposition frontale au FN ne fait en réalité que conforter son habileté récupératrice et lui fournir des arguments. Il s'agit d'inventer autre chose, pour déplacer le champ de l'affrontement et tenter de lui couper l'herbe sous le pied.

Jacques ROUSSET 09/04/2014 11:41

Mon cher Jean,

Je me permets de faire quelques commentaires sur ton appel à l'abstention pour les élections européennes.
La construction de l'Europe est une belle idée mais très compliquée car il faut que les pays-qui se sont concurrencés et, souvent, battus au fil des siècles- acceptent de renoncer petit à petit à une partie de leur souveraineté et que, parallèlement les citoyens se sentent européens autant que français, allemands, espagnols etc.
On en est encore loin mais il serait injuste d'affirmer qu'aucun progrès n'a été fait.On reproche à l'administration de Bruxelles d'être beaucoup trop lourde ce qui n'est pas exact quand on la compare à celle de grandes villes comme Paris. On lui reproche aussi de s'occuper de trop de petits dossiers non stratégiques ce qui est un peu vrai.
Le fonctionnement n'est sans doute pas assez démocratique mais, néanmoins, les pouvoirs du Parlement se développent petit à petit et son plus importants aujourd'hui qu'hier et seront plus importants demain qu'aujourd'hui.grâce à des élus européens, à certains gouvernements comme le nôtre, et à certains technocrates qu'on condamne facilement mais dont Jacques Delors est un magifique exemple.
Envoyons à Bruxelles des députés convaincus et courageux qui défendront une vision ambitieuse de l'Europe, allons voter pour démentir le risque de l'abstention.
Ne pas voter, c'est laisser le champ libre des extrémistes anti européens comme le FN en France.

Pour uns fois, je ne pense pas comme toi ce qui n'enlève rien à notre solide et confiante amitié.

A très bientôt.

Jacques

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