Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 07:54

Monter à la Capitale, deux à trois fois par an les meilleures années, est toujours occasion de butiner pour le marseillais d’adoption que je suis. Paris offre tant d’opportunités qu’à chaque fois le temps s’y contracte et se densifie. Phénomène étrange, c’est à Paris qu’il faut aller pour bénéficier d’offres aussi riches que diverses. Paris donne le silence à la France me déclara un jour un visiteur italien de passage en Provence. J’entends déjà l’objection : la convergence parisienne diminue puisque le Louvre se déconcentre.

Certes, mais même au printemps une hirondelle ne peut suffire.

Paris, donc.

Deux expositions majeures parmi bien d’autres, une soirée théâtrale parmi bien d’autres.

Au Musée d’Orsay, une confrontation Van Gogh-Antonin Artaud.

Après avoir franchi un sas où les mots d’Artaud décrivent un curieux ballet lumineux, une salle consacrée au portrait nous immerge en Van Gogh. Présentation somptueuse d’autoportraits traités comme autant de paysages, colorés, nerveux, tourmentés, habités. Une véritable traversée du miroir, à la rencontre de l’outre visible. Egalement présentés le Père Tanguy, le Facteur Roulin, Madame Roulin. C’est absolument fascinant. Comment se détacher de ces regards ? Chaque coup de pinceau, chaque touche de couleur juxtaposée à ses voisines, composent un étrange kaléidoscope. Les toiles ont beau être archi connues, la magie opère à plein. A elle seule, cette salle dont les murs sont ponctués de citations du Van Gogh le suicidé de la société rédigé par Artaud en 1946-47 justifierait la visite.

Dans ses paysages et ses natures mortes – scène au jardin public d’Arles ; fauteuil canné et bougie ; forêt tempétueuse ; tournesols coupés… - l’écriture s’affirme. Elle cerne, délimite, précise, signe la fiévreuse tourmente. L’allée des Alyscamps où les peupliers sont transformés en torchères happe et saisit sans possibilité de garde.

Humble et pressé, Van Gogh témoigne avec passion de sa quête de l’indicible. Il n’a peint aucun grand format. Ses dessins sont tous d’une absolue pureté à la recherche de l’essentiel, une salle leur est consacrée.

Une autre salle est réservée à Artaud, photos, extraits de films, documents et dessins hallucinés.

Cette exposition s’achève à l’orée du mois de juillet.

Avec une très grande rétrospective Bill Viola, les Galeries du Grand Palais s’ouvrent pour la première fois à l’art vidéo. Né à New York en 1951, l’artiste se plait à déclarer qu’il est contemporain de la vidéo.

De fait, il est peintre né avec la vidéo (« la vidéo et moi, nous avons grandi ensemble »), c'est-à-dire qu’il continue la grande aventure de l’Art avec d’autres moyens. Il compose ses images – parfois de véritables fresques - très souvent en référence à l’histoire de la peinture (Goya, Bosch, Giotto, les Flamands…) et utilise la caméra comme d’autres un pinceau. Avec la vidéo, nouveau medium récemment apparu, il remonte aux sources mêmes, il déroule le temps comme le faisaient les lecteurs de volumen avant que ne soit inventé le codex, ancêtre du livre actuel. Il utilise des couleurs technologiques et numériques au lieu de pigments ou de préparations en tubes.

Bill Viola est sans doute le seul à avoir su s’approprier le medium vidéo pour découvrir de nouveaux modes d’expression comme jadis le firent les peintres du quattrocento avec la peinture à l’huile. Son œuvre est empreinte d’une forte spiritualité, elle interroge les grandes questions de notre humanité.

Cette remarquable exposition s’achève courant juillet, un catalogue fort intéressant, riche de textes clairs et éclairants, l’accompagne.

Au Théâtre des Abbesses, Le Faiseur, cinq actes en prose de Balzac écrits dans les années 1840, durant la monarchie de Juillet, règne de Louis-Philippe. Un spectacle exceptionnel, comédiens, travail d’acteurs, mise en scène, scénographie, d’une incroyable cohérence, d’une très grande qualité. Le texte est d’une confondante actualité, un siècle et demi à l’avance il nous met en présence des dérives les plus actuelles du capitalisme : rôle souverain de la Dette, passage à l’économie virtuelle avec la Bourse, affairisme et mensonges tous azimuts. Un filou à l’énergie sans limite attend Godeau (sic) comme un sauveur…

Les représentations s’achèvent à la mi-avril, on peut toujours se reporter au texte publié dans la collection GF de Flammarion (Balzac, Le Faiseur, 5,80 €).

Partager cet article

Repost 0
Published by Blogue-note de Jean Klépal - dans Artaud ; Van Gogh ; Bill Viola ; Balzac
commenter cet article

commentaires

martine P 10/04/2014 17:38

T'as gagné tu m'as donné envie de voir tout. Maintenant je vais essayer d'entrainer l'Armand.
Rebises

Marie jeanne 09/04/2014 10:21

l'eau à la bouche !!!

Mr Post 09/04/2014 09:44

Merci d'avoir partager ces bons plans.
Paris reste le centre névralgique.. A bientôt