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27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 19:42

- Contre les élections (Babel essais, 2014, 219 p., 9,50 €)

- Sur le sens et l’usage du mot « Gauche » (Lignes 2011, 59 p., 9 €)

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J’ai déjà parlé de David van Reybrouck le 28 mai dernier, dans un papier intitulé « Elections et pratique démocratique véritable ». Il s’agissait d’un compte-rendu d’entretien entre l’auteur et un journaliste de Médiapart. J’indiquais la prochaine lecture de son livre. Voici donc :

Une remarque liminaire d’abord, le titre choisi ne me semble pas des meilleurs. La négation Contre les élections est en effet inductrice d’un contresens possible. Ce livre n’est pas un brûlot anti système, mais plutôt une réflexion approfondie sur la nature et le caractère de la démocratie élective et l’avantage que représenterait pour elle le recours à des pratiques ménageant un tirage au sort, en lieu et place d’élections systématiques à tous les échelons de l’édifice politique.

Les élections n’ont jamais été conçues comme assise démocratique de la vie politique, bien au contraire leur instauration correspond à un réflexe aristocratique consistant à tenir le plus à l’écart possible le tumulte populaire. Dès les origines de la République, une oligarchie a confisqué le pouvoir, aujourd’hui encore celle-ci défend bec et ongles ses privilèges. Montesquieu : « lorsque la souveraine puissance est entre les mains d’une partie du peuple, cela s’appelle une aristocratie ».

Limiter la démocratie aux élections, dont elles seraient le parangon, c’est évidemment la réduire à une peau de chagrin. Ce n’est pas parce que l’on vote qu’on est dans un système démocratique, et ce n’est pas un hasard si la confiance dans les institutions démocratiques réelles diminue à vue d’œil. La question se pose désormais : à partir de quel niveau d’abstention une saine méfiance se mue-t-elle en véritable aversion ? Alors que l’intérêt pour la politique est fortement établi et que la confiance dans le monde politique disparaît, le risque d’explosion est manifeste.

Le fondamentalisme électoral tel qu’il est instauré menace gravement la démocratie, les dérives totalitaires affublées de maquillages électoraux se profilent à nouveau à notre horizon. L’évangélisation démocratique urbi et orbi au nom de la mise en place d’élections est une épouvantable mascarade, pas seulement en Afrique ou au Proche-Orient.

Les démocraties occidentales sont confrontées simultanément à une crise de légitimité et à une crise de leur efficacité. Il est permis de se demander de quoi les gouvernements nationaux sont encore capables par eux-mêmes. La politique, qui a toujours été l’art du possible, s’est muée en art du microscopique. On monte en épingle des questions futiles au lieu d’analyser sérieusement les problèmes réels.

La fatigue démocratique donne lieu à des diagnostics différents :

- le populisme met en cause exclusivement les politiciens ;

- les technocrates imputent les dysfonctionnements à une insuffisance de pouvoir des spécialistes ;

- les antiparlementaristes tenants de la démocratie directe blâment la démocratie représentative.

Tandis que le populisme est dangereux pour la minorité, que la technocratie est dangereuse pour la majorité, et que l’antiparlementarisme est dangereux pour la liberté, un quatrième diagnostic commence à poindre, celui de la nécessité du renforcement de la démocratie représentative. Mais celle-ci est par essence un modèle vertical, alors que le XXIe siècle s’horizontalise de plus en plus avec les réseaux informatiques. Dès lors, « continuer de s’accrocher uniquement aux élections revient presque à enterrer délibérément la démocratie. »

Des remèdes sont-ils envisageables ? L’auteur se fait l’apologue du retour en force du tirage au sort, hérité pas seulement de l’Antiquité, comme fondement d’une démocratie délibérative. Par démocratie délibérative, il convient d’entendre un système où les citoyens non seulement votent pour des politiciens, mais parlent entre eux et avec des experts, ce qui ne peut manquer d’accroître leurs compétences et d’aiguiser leurs réflexions.

Des exemples de processus participatifs créateurs d’un renouveau démocratique sont présentés et analysés. Ils se situent au Canada, aux Pays-Bas, en Islande et en Irlande. Tous ont eu lieu dans la décennie passée.

Fort de ces expériences, il semblerait que le nécessaire renouveau démocratique passe par l’instauration d’assemblées délibératives tirées au sort. Un mouvement de pensée serait en train de s’instaurer. Des propositions sont formulées pour l’instauration progressive d’un partage entre élection et tirage au sort, présenté comme une formidable école de démocratie.

« La panique que suscite très fréquemment l’idée du tirage au sort montre à quel point deux siècles d’un système représentatif électif ont installé dans les esprits une pensée hiérarchique, la conviction que les affaires publiques ne peuvent être gérées que par des individus exceptionnels... » Mais après tout les réserves sinon les oppositions farouches à l’instauration d’un tirage au sort ne diffèrent sans doute en rien des objections autrefois invoquées pour tenir les paysans, les ouvriers ou les femmes à l’écart du droit de vote.

Si décisifs dans l’élaboration des pensées politiques, les sondages d’opinion à partir d’échantillons aléatoires sont-ils très différents d’un tirage au sort ? La différence majeure tient au fait, cependant, qu’un sondage d’opinion jauge ce que pense le public quand il ne réfléchit pas, alors qu’une réflexion délibérative permet d’estimer ce que les intéressés pensent quand on leur donne l’occasion de réfléchir.

Beaucoup à puiser dans cet essai pour tenter de sortir un tant soit peu des autoroutes habituelles de la pensée.

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Dyonis Mascolo s’intéresse à la signification et à l’utilisation du mot « Gauche ».

Le texte proposé par les éditions Lignes est la reprise d’un article paru dans Les Temps Modernes de mai 1955. Son actualité demeure.

Pour Mascolo, droite signifie acceptation des choses telles qu’elles sont, tandis que gauche veut dire refus. Mais évidemment le refus manque de l’évidence et de la fermeté de ce qui est. Il faudrait pouvoir tout refuser en permanence. En fait, ce qui distingue droite et gauche est toujours superficiel, arbitraire et hasardeux, il ne s’agit que d’opinion.

Se dire de droite ou de gauche n’est en fait qu’une posture bourgeoise, « jamais un révolutionnaire ne s’avisera de dire qu’il est de gauche. » Ainsi le mot gauche signifie non-révolutionnaire. Cela étant, il apparait que le réactionnaire de gauche est simplement moins réactionnaire que le réactionnaire de droite.

« ... la gauche, douteuse, instable, composite, inconséquente, en proie à toutes les contradictions... » va de ceux qui n’osent pas être absolument de droite, à ceux qui n’osent pas être franchement révolutionnaires.

Il poursuit : la question du refus n’appartient qu’aux possédants. Celui qui n’a rien n’a rien à refuser, il ne lui viendrait pas à l’esprit de se dire de gauche. En fait, la gauche n’a pas de concept particulier. Les intellectuels sont riches de leur culture, ils sont prisonniers « du cloître mental qu’est la bourgeoisie. » Mascolo enfonce le clou : dès lors qu’ils acceptent le système en bloc, même s’ils multiplient les actes dits de gauche, ils sont de droite et le demeurent.

Ici apparaissent l’ombre de François Mitterrand et le spectre du PS tel que nous le connaissons.

L’inconséquence idéaliste équivaut bien sûr les contradictions capitalistes.

C’est une illusion totale que de considérer que les comportements de gauche mènent à une attitude révolutionnaire. Ne serait-ce que parce que l’entreprise révolutionnaire se présente comme l’instauration d’un ensemble de limites. Ainsi être de gauche ne peut être qu’opposition à la révolution.

L’idée préconçue qu’a de l’homme celui qui se dit de gauche correspond à un idéal injustifié. Si l’homme de gauche s’entend avec le révolutionnaire, cela ne peut être que l’effet d’un malentendu.

Un texte bref, dense et décapant, permettant de se remettre les idées un peu en place et de s’affranchir du mensonge que véhicule le théâtre de Guignol de l’opposition entre la Droite et la Gauche, telle que nous la connaissons depuis trop longtemps.

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