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25 septembre 2014 4 25 /09 /septembre /2014 14:53

Un désir renouvelé d’écriture avec l’ami Alain Sagault, très subtil aquarelliste et bénéfique agitateur d’idées.

Une difficulté de concrétisation.

Comment démarrer, comment aborder ce thème, récurrent, presque obsessionnel ?

Une réflexion essentielle à entretenir, à reprendre. Aussi difficile que tenter de saisir une présence qui échappe en permanence. La présence de l’inconnaissance.

Il faudrait développer.

Le silence néglige le désordre de la vie. Il l’ignore. Il se passe très bien de cette turbulence. Il se tient aux limites d’un autre monde, comme un arrière-pays perdu peut-être, une trame inatteignable, ou bien un temps d’amont mystérieusement soupçonné. Il s’agirait alors de ressentir et d’accompagner nos émotions. C’est-à-dire de suivre le lien nous guidant au-devant de nous-même.

Le silence permet sans aucun doute de se passer de l’incompréhensible nécessité du recours à la parole d’un Dieu, quel qu’il soit. (C’est cela qui d’évidence effraie Pascal.)

Grandeur du silence.

Pureté cristalline du silence.

Quête d’une indispensable sérénité.

L’art nous permet de cheminer vers ce lieu de la blessure secrète représentée par le souvenir d’un Âge d’or, d’un Eden, voire d’un Paradis perdu. Ulysse nous dit combien difficile se révèle le retour, mais il nous en dit également la possibilité.

Peinture :

Emprunté à l’Invitation au voyage de Baudelaire, Luxe, calme et volupté, œuvre de Matisse, nous montre combien malaisée se révèle parfois l’invocation aux origines. Cette peinture assez maladroite parce que trop volontariste souligne le flouté des sentiments et la vanité de la raison raisonnante. Sa puissance évocatrice n’en demeure pas moins. La force attractive d’un ailleurs imaginé l’imprègne.

Avec les Nymphéas, Monet nous guide dans une patiente reconstruction d’un temps retrouvé de l’harmonie éblouissante des lumières et des ombres colorées. Jeu de la souvenance d’un bien-être initial, d’où nous provenons, vers lequel nous nous acheminons sans doute au terme de bien des vicissitudes.

Par-dessus tout, le vide saturé du paysage idéal ou Paysage hongrois, peint à fresque au quattrocento par Masolino pour le palais Branda, à Castiglione Olona, probablement l’un des tout premiers paysages sans représentation humaine, illustre le puissant saisissement que nous impose parfois la contemplation de la création. Cette fresque nous renvoie aux merveilleux paysages de silence dont abondent l’Ecosse, l’Irlande, la Galice ou encore la Toscane.

Sculpture :

L’Aurige du musée de Delphes, et le buste de Néfertiti conservé dans un des musées de Berlin, dégagent une telle force qu’une tranquillité bienfaisante s’installe dès lors que nous les rencontrons.

Musique :

Le trille d’un oiseau.

Jouissance effarée du vide en soi.

Qui d’autres que les artistes ou les écrivains pour satisfaire ce besoin de beauté et de profondeur ?

« Il n’est pas à la beauté d’autre origine que la blessure, singulière, différente pour chacun, cachée ou visible, que tout homme garde en soi, qu’il préserve et où il se retire quand il veut quitter le monde pour une solitude temporaire mais profonde... » (Jean Genet – L’atelier d’Alberto Giacometti – L’Arbalète éd. 1963)

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Published by Blogue-note de Jean Klépal - dans Art et silence
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commentaires

Marie Jeanne 28/09/2014 15:09

Merci à vous deux, Alain Sagault et toi, pour ces beaux textes sur le silence.
Mon humble témoignage, des nuits dans le désert marocain et une certaine traversée en voilier sur Rome la nuit sous la voie lactée du plein été.
ravie de votre nouvelle envie d'écriture en duo

Alain Sagault 29/09/2014 12:54

Merci, Marie-Jeanne, de ce commentaire, qui m'amène à vous livrer en écho quelques lignes de cette recherche au long cours silencieux :

Regina delle Alpi, da Massimo, 22 luglio 2014
Notte stellata…
Me reviennent ce soir-là ces moments d’immense présence où surgit un silence, non pas bruyant, mais une clameur, la clameur du silence, qui s’installe, comme la fois où j’ai perçu pour la première et quasi l’unique fois (il y en a eu une seconde, moins forte), physiquement, dans mon être tout entier, la Terre dans l’espace, suspendue dans l’univers et entourée de tous côtés par l’espace ; je n’étais plus les pieds sur terre, en train de regarder au-dessus de moi la voûte étoilée, j’étais allongé sur la terrasse du Typhonium, l’univers tout autour de moi et de notre petite planète, et je percevais sa petitesse et sa rotondité.
Ce sont ces moments essentiels où tout d’un coup, ce n’est même pas qu’on n’a plus envie de parler, c’est qu’on ne peut plus parler, et en fait qu’on ne peut même plus penser, on n’en a plus besoin, de penser, on est d’un coup relié à l’infini et par là même à l’éternité.

Alain Sagault 27/09/2014 16:52

Voici, tout à trac et brut de décoffrage, ce que m'inspire ton texte :
Il y a un peu plus d'un an, une nuit étoilée m'a ramené au silence. Depuis, je lance de petits cailloux à sa surface miroitante, et j'écoute les vibrations qui s'agrandissent autour de chaque minuscule impact en cerces concentriques, toujours plus loin, et peut-être à chaque fois un peu plus profond.
Le silence en moi résonne comme une cloche dont l'écho mourant n'en finit plus de renaître, et d'engendrer d'autres échos, nouveaux mondes issus des plus anciens.
À ton tour, tu appareilles, hissant bien haut la voile du silence ! Larguons les amarres, et laissons les alizés incliner nos antennes « aux bords mystérieux du monde » transcendental…
Le monde du silence n'a ni cartographie ni guide, notre seule présence tendrement têtue en ouvre les portes.
Ne levons pas trop tôt le voile, garder le silence sied à qui tente de le faire parler.
Pour l'heure, laissons le dernier mot à l'un des rares écrivains dont la parole en moi installe et féconde le silence, André Suarès, qui écrit dans Voyage du Condottiere :
« La perfection s’achève dans le silence. »