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7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 08:26

Dans le numéro 1321 de Politis[1], semaine du 2 au 8 octobre 2014, figure un dossier relatif à l’endoctrinement de jeunes gens en faveur du Jihad. La présidente fondatrice du Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’Islam – CPDSI -, ainsi que le président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires – Miviludes -, témoignent l’un et l’autre à partir d’entretiens de terrain et d’études qu’ils mènent.

Remarque liminaire : les adolescents qui partent pour la Syrie relèvent avant toute autre considération de l’enfance en danger. [2]

Les intéressés appartiennent souvent à des familles athées, appartenant aux classes moyennes ou supérieures, quelques familles juives ou chrétiennes sont touchées, très peu de musulmans.

La fourchette d’âge concerné se situe entre 14 et 28 ans. Ces adolescents ou jeunes adultes expriment une très forte volonté de rupture avec leur milieu naturel.

Ce n’est que progressivement qu’ils se radicalisent dans une pratique religieuse, comme sans doute tout néophyte quelle que soit l’appartenance.

Les filles présenteraient plutôt naïvement un côté « Mère Teresa », c’est-à-dire venir en aide aux démunis, tandis que les garçons chercheraient une communauté fraternelle et virile. Certains d’entre eux déclarent ne pas se sentir de place dans la société et souffrent d’une absence de père. Pour eux tenir un discours irréductible représente un espace de substitution très réel à leur mal-être.

Le risque d’une « dérive sectaire » peut donc correspondre à différents symptômes : rupture sociale, rupture familiale, atténuation de l’identité individuelle, relations paranoïaques avec l’entourage...

Un processus d’endoctrinement mafieux, très pernicieux, affecte aussi bien les filles que les garçons via Internet et Facebook, réseaux très fréquentés, bien plus efficaces que la contagion par les mosquées ou la prison.

Ce processus dépasse la question religieuse, l’Islam n’est qu’un maquillage habile :

« 80% des familles qui m’appellent sont athées, très peu maghrébines ou issues de l’immigration » (Dounia Bouzar, directrice fondatrice du CPDSI).

Voici une remarque qui met à mal le postulat simpliste selon lequel le développement du Jihad s’expliquerait tout bonnement par une frustration maladive d’anciens colonisés revanchards.

Il ressort de tout cela qu’en fait nous sommes confrontés à quelque chose d’analogue à ce que pratiquent les sectes. Le faux et le vrai sont constamment mêlés pour troubler et embrigader des esprits fragiles à partir d’une réalité désormais alimentée par les massacres perpétrés par Bachar El Assad en Syrie, ainsi que par l’impact de l’impunité d’Israël entretenue depuis des décennies par les gouvernements occidentaux.

Le cynisme et la duplicité occidentale à l’égard de la politique colonialiste d’Israël, l’absence de sanction vis-à-vis de son mépris constant des règles du droit international, rendent ipso facto les Etats-Unis ainsi que la France complices des tueries perpétrées à Gaza. Cela d’autant plus que la politique de la France est peu lisible.

La rage de vengeance ne connaitra aucun répit tant que durera le conflit israélo-palestinien.

Quelle qu’en soit la nature, toute opération occidentale au Proche-Orient est assimilée à une entreprise coloniale contre laquelle tous les moyens de lutte sont bons. L’aventure irakienne enracine cette conviction.

Même si les interventions contre les barbares criminels sévissant dans cette région s’imposent, personne ne pourra empêcher des adolescents désorientés épris d’un idéal de justice de penser que les bombes visent avant tout des Arabes au secours desquels il est urgent de se porter. L’emploi de la force armée ne peut suffire à lui seul. Si nous en restons là, il ne servira qu’à envenimer les choses et, en fin de compte, à faire le jeu de la barbarie.

La seule voie de recherche d’un apaisement se trouve dans l’urgente obligation de contraindre enfin Israël à la raison, par la diplomatie et une très forte pression politique dont le boycott de ses productions peut augmenter l’efficacité.

Ce n’est pas un préalable, c’est une nécessité absolue.

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1 Politis est un hebdomadaire engagé dans un combat en faveur d’une économie sociale et solidaire et d’une démocratie participative. La précarité chronique de sa situation financière tient à son souci d’indépendance.

2 Un récent article de presse révèle qu’au Danemark la méthode douce est préférée à la sanction. Attitude très différente de ce qui se pratique en Grande-Bretagne ou en France.

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Published by Blogue-note de Jean Klépal - dans JIhad ; Israël ; Proche-Orient ; Sectes
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