Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 décembre 2014 7 21 /12 /décembre /2014 23:36

(Les réflexions qui suivent ne sont que le fruit d’un ressenti et d’échanges par-ci par-là, donc très subjectives. Il se pourrait néanmoins qu’elles correspondent à une navrante réalité.)

---------------------------------------

En 2013 Marseille fut Capitale de la culture.

Un an après la clôture de cette année particulière, la question se pose de repérer ce qu’elle a pu apporter. Mis à part le succès incontestable de la création du MuCem, devenu l’un des hauts lieux de la ville, et la réussite du Musée d’Histoire, il ne semble pas que la vie culturelle locale ait été durablement modifiée par l’événement, bien au contraire.

Pour une fois Marseille ne serait pas à part, elle se situerait à l’image de la France.

D’un côté les discours officiels, de l’autre la primauté des enjeux personnels, dans un climat d’ignorance ou de très faible intérêt pour ce que pourrait signifier le concept de Culture, terme générique regroupant des données hétérogènes, sinon incompatibles. En l’absence de vision officielle, que ce soit à Marseille ou au plan national, il est permis de se demander aujourd’hui où se trouve la volonté politique en faveur d’activités dont les retombées économiques sont délibérément ignorées bien que potentiellement très importantes. Serait-ce à cause de leur faible impact électoral, à court terme ?

A ce manque de volonté politique s’ajoute à l’évidence une pathétique absence de connaissances de la part des élus, pour ne pas parler d’ignorance crasse, parfois prétentieuse. Être élu rend légitime à parler à tort et à travers de tout et de rien. Rôle épiphanique de l’onction électorale.

Après le lyrisme des envolées malruciennes concernant la célébration du patrimoine universel, puis la poétique déclinaison languienne d’un catalogue de produits culturels tout venant destinés à saupoudrer la société, nous avons eu droit à une gestion au coup par coup, de plus en plus malingre.

Certes les moyens financiers sont très réduits. En a-t-il jamais été autrement ? Souvenons-nous de l’objectif ministériel de l’obtention de 1% du budget national, pour exister et fonctionner.

La différence principale tient depuis des années au désengagement progressif au plus haut niveau de l’État. Il fut un temps où s’exprimait, même limitée, une réelle volonté politique en faveur de la Culture. De Gaulle, puis Mitterrand, y étaient l’un et l’autre fort attachés. Depuis, il ne s’agit plus que de gestion boutiquière à court terme, une réflexion sur les enjeux fondamentaux est totalement exclue, sinon devenue impossible par manque de compétence. Les nominations aux postes clés semblent constituer le principal souci des ministres successifs.

Droite et pseudo gauche développent un discours analogue. La soumission aux industries dites culturelles mondialisées tient lieu de politique. On ne cherche plus qu’à mollement défendre une certaine exception...

Ministère de la Culture et services locaux dédiés, où que ce soit, ont progressivement perdu toute crédibilité. Leurs représentants sont allégés de toute influence politique. Ils ne sont généralement plus que les relais de ce qu’imposent quelques potentats du monde de la finance. Si bien qu’il est permis de s’interroger sur la raison d’être de ce Ministère gadget. L’ambition fait totalement défaut, la Culture n’est désormais qu’un slogan publicitaire auquel personne ne croit plus vraiment. La structure gonflable dégonflée de la Place Vendôme et la présence de Jeff Koons à Beaubourg n’arrangent pas l’affaire. Elles illustrent à merveille la décrépitude du système.

Il en fut, il en est ainsi à Marseille, sauf pendant la période du mandat de Robert Vigouroux (1986-1995), successeur de Gaston Defferre à la Mairie. Sans doute contestable à bien des égards, R. Vigouroux avait des ambitions dans ce domaine, et il a su s’entourer de compétences, aujourd’hui disparues.

Dès lors, plus rien, sinon du verbiage et de l’affichage en trompe l’oeil. L’état des musées et les expositions qu’ils proposent éventuellement clament la déshérence la plus profonde.

Depuis l’automne 2013, la ville ne compte plus qu’un seul cinéma labellisé Art et Essai.

2013, l’année capitale, a superbement ignoré la création artistique locale et régionale. Les acteurs impliqués dans la vie culturelle, dans leur grande majorité, ont été tenus à l’écart. Il semblerait que l’ensemble des opérations se soit soldé par un gâchis financier. Des associations porteuses d’initiatives, des groupes d’artistes, des projets, sont en grande difficulté. Des appels à l’aide se multiplient, la survie de structures diverses pose question. Loin d’avoir été vivifiée, la Culture s’appauvrit par manque total d’intérêt de la part des responsables institutionnels.

Alors que la ville compte des acteurs importants de la recherche, de la création et de la diffusion de la musique contemporaine, alors qu’elle abrite des initiatives exemplaires en faveur du livre et de la lecture, le peu d’attention que suscite cette richesse dans les cercles du pouvoir local continue à surprendre.

Après tout, cela n’est pas grave. On enchaîne.

Marseille a été désignée Capitale européenne du sport en 2017. Comme les trains en gare, une capitale peut en cacher une autre. Les appels à projets sont d’ores et déjà lancés. La Municipalité peut se réjouir, faire parler de soi à l’extérieur est évidemment essentiel. Peu importe ce qui se passe intra-muros. Plus belle la vie...

Allez, bon Noël et Joyeuses Pâques !

Marseille demeure fascinante comme le souligne mon récent papier sur ce blogue (7 décembre), Marseille, une image différente.

Partager cet article

Repost 0
Published by Blogue-note de Jean Klépal - dans Politique culturelle ; Marseille
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal
  • Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal
  • : Remarques, réflexions, parti-pris et jets de vapeur sur la vie qui va et ses détours.
  • Contact

Recherche