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15 février 2015 7 15 /02 /février /2015 09:49

Souvent méconnus, les artistes et les passeurs de culture sont nombreux. Bien peu, sinon aucun, accèdent à la notoriété de têtes de gondoles labellisées par le marché. En majeure partie, ils œuvrent loin des projecteurs et représentent un terreau indispensable à la vie de leur cité ou de leur région. Ils constituent patiemment une trame représentative de notre histoire culturelle.

C’est malheureusement cette histoire qui est systématiquement négligée, sinon ouvertement sabotée par les agents de l’inculture officielle. L’urgence pernicieuse de l’actualité et de l’instantané l’emporte de plus en plus, ce qui conduit la plupart d’entre nous à ne plus porter attention aux actions significatives, ni aux germes à saisir. Cela d’autant plus que les relais ou bien disparaissent asphyxiés faute de moyens, ou bien s’adaptent pour survivre. Çà et là, comme un vestige rongé par le temps, quelques îlots demeurent accessibles à une poignée d’interpellateurs insoumis non résignés.

Les arts plastiques sont particulièrement touchés par ce phénomène de cécité collective.

Il y a bien sûr le premier marché, servi par la presse, les foires, les fondations érigées à la gloire de leurs fondateurs, les galeries à la mode et les principaux musées. On y retrouve toujours les mêmes vedettes difficilement localisables entre bimbeloterie décorative, produits de luxe, ou art confus. Entretenu en permanence, le rideau de fumée est très dense.

En marge de cela existe tout un monde de la création artistique parfaitement ignoré des officiels, sinon méprisé.

Certains de ces artistes parviennent à vivre à peu près convenablement grâce à une relative notoriété. Ils attirent l’attention d’amateurs curieux, souvent passionnés. Ils ont leurs réseaux de diffusion et mènent en général une aventure résolue, dans une relative solitude. Il y a là tout un monde bouillonnant d’idées, de propositions, de regards pertinents. Parmi eux, nombreux sont les travailleurs acharnés. Profondément engagés dans leur art, ils continuent vaille que vaille et accumulent souvent une œuvre considérable.

Sensibles à telle influence, réagissant à tel moment, à tel événement, s’appropriant une démarche particulière, s’inscrivant dans un sillage qu’ils explorent, soucieux d’aller le plus loin possible dans leur champ d’expérimentation, ceux-là prolongent leur temps, qu’ils accompagnent.

Leurs œuvres témoignent de ce qui compte de manière sourde à une époque donnée. Ils sont les capteurs sensibles des forces latentes dans leur environnement. Formes, couleurs, matériaux, procédés, disent le moment dans lequel ils s’expriment. Sédiments de vies exemplaires, une extraordinaire richesse s’accumule en catimini.

Qu’advient-il lorsque disparait l’un de ces artistes ?

L’émoi est aussi grand que les promesses de revanche et les regrets. Et puis rapidement s’installe la chape de l’oubli, celui que le défunt a connu de son vivant. Il arrive que l’acharnement d’un proche parvienne à entretenir faiblement le souvenir, quitte à s’abuser sur l’écho qu’il pourrait susciter. Mais la tâche est si immense... Faire connaître le dialogue avec son siècle et l’univers de quelqu’un qui n’y parvint pas vraiment de son vivant est une tâche hors de proportion.

Du nouveau, c’est sans cesse du nouveau qu’il nous faut !

Que vaut cette nouveauté si elle est hors sol, si elle n’est pas ancrée dans une histoire dont elle procède ? L’histoire est le terreau de la culture. Savoir d’où l’on vient, ce à quoi on se confronte, ce qu’on accepte, ce que l’on rejette, y a-t-il quelque autre moyen efficace pour se situer et s’orienter ?

A quand le temps de galeries, de musées, d’éditeurs d’art spécialisés dans la recherche et la présentation de tout ce qui a été, que nous avons manqué, qui a structuré les périodes d’où nous venons, nous permettant de mieux comprendre où nous sommes et qui nous sommes ? A quand les hommages rendus à tous ces créateurs sans renom suffisant, aujourd’hui mal connus, sinon franchement méprisés, mais déterminants ?

Respect évident dû au cheminement de l’esprit.

Pas des rétrospectives de tel ou tel, mais plutôt un état des lieux en incessant devenir : « Ce que nous n’avons pas su voir, ni considérer » à telle période récente ferait un beau cycle d’expositions à imaginer.

A quand l’obligation faite à tout étudiant des Ecoles d’Art de s’informer sur l’humus local, c’est à dire ce qui s’est fait là où il se trouve ? Cela s’appelle la richesse patrimoniale, et aussi l’histoire des idées. Les négliger est un honteux décervelage.

Il est clair que la perte de mémoire est un appauvrissement, et que l’encourager, ou même simplement l’accepter, est une atteinte grave à l’esprit.

(Ce papier est consécutif à une conversation récente avec Jean-Jacques Ceccarelli, un des artistes majeurs de la scène marseillaise)

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commentaires

electricite paris 17/02/2015 09:44

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.
Cordialement

Micheline (de Montréal) 15/02/2015 13:26

Le Noel de Figaro - 1989
Je vois que tu restes passionné pour ce qui t'occupe merveilleusement depuis fort longtemps.
J'ai devant moi au moment d'écrire ces lignes le collage de ton ami le peintre Ceccarelli que je salue en passant et à lui et à toi je transmets avec mes salutations et bien amicalement,
UN'ABRACCIO.
Miguelina

Dorléans 15/02/2015 12:59

Il est heureux, Jean, qu'un complice parisien m'ait fait suivre ce blog, ce qui m'a d'ailleurs permis de découvrir le précédent puisque Overblog a visiblement de nouveau choisi de me désabonner. Je vais donc devoir me réabonner pour le cinquième fois. Les cons nous cernent, mais non contents d'être cons ils sont nuisibles. Ami, je te salue. jcd

eric rolland 15/02/2015 10:10

merci Jean pour cette pensée, cette vérité qui est certainement porteuse d'espoir. Bien à toi

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