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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 12:23

Ce mois de janvier 2015 est bien vite passé, tellement chargé, tellement brutalisé, tellement suffocant, mais peut-être pas si surprenant.

Plus que tout, ce sont les manifestations spontanées du mercredi 7 au soir qui m’impressionnent. Inorganisées, sans mot d’ordre, elles sont apparues dans l’ensemble du pays, issues des profondeurs d’une émotion et d’une appréhension considérables. La brutalité du choc fut motrice, là et sans doute seulement là un véritable partage, une union dénuée de calculs face à l’horreur s’est révélée, une manifestation de deuil. Indiscutablement un véritable rejet, fort, profond, authentique, marque d’un incoercible besoin d’un autre climat. Quelque chose comme l’instantané d’une explosion.

Vint ensuite le dimanche suivant le temps d’une manifestation de consensus entre proches, mobilisation assez confuse patronnée par un État récupérateur (comme il se doit). Un slogan d’identification aux victimes (toutes les victimes ?) - « Je suis Charlie » -, sorte d’impératif introduisant un formidable quiproquo idéologique, source semble-t-il de désarroi aujourd’hui.

Que faire ? Où en sommes-nous ?

Une vision pseudo-consensuelle, très floue, parait survenir dans cette République ségrégationniste qui est la nôtre, où la méfiance (c’est peu dire) vis-à-vis d’une fraction de la population estimée dangereuse domine. Il convient de reconnaître à ce propos la force et la rareté de la parole d’un Premier Ministre osant dire l’existence de fait d’un apartheid social en des lieux où l’Égalité et la Fraternité n’ont jamais existé.

Moment d’indiscutable lucidité, parviendra-t-il à en faire autre chose qu’une envolée oratoire ?

L’État et l’ensemble de son personnel, les appartenances politiques, les statuts, importent peu à ce moment, sauront-ils impulser autre chose que des mesures répressives, contre-productives si elles ne sont pas accompagnées d’une réflexion et de décisions conduisant à une remise en question radicale de nos pratiques et de nos modes de vie en commun ? Il ne semble pas que pour le moment nous en prenions le chemin, alors que des enfants sont soumis à la question policière et qu’obligation a été faite de se soumettre au rituel imposé d’une minute de silence dont le non-respect serait un quasi délit. Qui peut raisonnablement croire qu’une obligation non éclairée d’une discussion approfondie puisse convenir à des adolescents dont les conduites de contre-dépendance sont une des caractéristiques, en tout temps, en tous lieux ?

Quelques remarques anodines dont la prise en compte ne l’est sans doute pas :

- Il ne s’agit pas seulement de 17 victimes mais de 20 morts (17 victimes + 3 assassins), tous français. Les assassins sont issus de notre système éducatif.

La prise en compte de la diversité immémoriale des origines des constituants de la Nation française est urgente. Non, les Gaulois ne sont pas nos ancêtres communs. Non, le Christianisme n’est pas notre unique berceau.

Une remise en question fondamentale des programmes et des pédagogies s’impose.

La laïcité est autre chose qu’un slogan de combat, une réflexion approfondie à son sujet est une nécessité absolue.

- Que propose d’autre aujourd’hui notre société au plan de l’idéal, de l’idéologie, sinon le culte du seul quantitatif ? Le capitalisme tel qu’il est devenu, créateur infini de nouveaux besoins, nouveaux et incessants gadgets, entraîne un terrible repli sur soi, une indifférence mortifère à l’autre, parfois franchement de la haine. Seule une écoute et une parole véritablement partagée peuvent tenter de modifier peu à peu l’horreur de cette situation.

L’aveuglement officiel, la pusillanimité des gouvernants de tous bords, face aux conséquences de la mondialisation et aux désastres écologiques en cours, conduit à la catastrophe.

Comment un monde dans lequel le rapport entre population globale et répartition de la richesse est totalement inadmissible peut-il ne pas aller à sa perte ?

Songeons que le Global Wealth Report établi par le Crédit Suisse publié en 2014 donne les proportions suivantes :

0,7% de la population mondiale possède 44% de la richesse (biens financiers),

10% de la population possède 90%,

et 70% de la population ne possède que 2,9% de cette même richesse.

Le monde va si mal que le Pape, fait inouï, en arrive à admonester publiquement la Curie. A-t-on jamais vu ça ?

La dérive est globale, la décrépitude universelle. Le djihadisme est la seule idéologie mobilisatrice disponible sur « le marché ».

Aucune mesure cosmétique adoptée le nez à la vitre ne pourra jamais convenir à quoi que ce soit.

Tout cela ne peut qu’immanquablement déboucher sur une violence de plus en plus forte.

Hier, à la radio, une phrase saisie au vol a retenu mon attention :

« Voguer sur de l’espérance inassouvie »

Quelle perspective pour qui veut ou aspire à gouverner !

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Published by Blogue-note de Jean Klépal - dans Attentats ; Enseignement ; Idéologie
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commentaires

Alain Sagault 02/02/2015 17:49

Tu fais bien de rappeler que les minutes de silence imposées (et particulièrement à des ados) sont contre-productives. Je n'aurais pas dit que les assassins sortent de notre système éducatif, mais de notre système tout court ! C'est tout un ensemble, dont l'école n'est qu'un élément et pas forcément le plus important. Tu le résumes bien en parlant de la primauté du quantitatif, aussi inconcevable que stupide… Nous avons besoin de revenir à la qualité, sans laquelle il n'est ni idéal ni espérance possibles, juste la lutte féroce pour toujours plus… de néant !

Carcanagues 02/02/2015 16:12

Pourquoi pas ? On n'est pas dans le scoop mais tout ce qui est dit peut être dit. On n'oublie pas le refrain incontournable contre le méchant capitalisme père de toutes les injustices. On a un peu l'impression de déjà lu, mais la répétition est aussi une méthode pédagogique. Loin de moi l'idée d'une quelconque justification sans appel de ce que nous connaissons aujourd'hui, mais étant un affreux relativiste, je sais que, bien sûr, la société aurait pu évoluer en suivant un meilleur chemin, toutefois nous aurions pu aussi connaître pire comme dans bien des pays qui ont eu le "bonheur" d'échapper au capitalisme.
Pour l'heure l'islamisme (à ne pas confondre avec l'islam) m'apparait comme un cancer en métastase qu'il faut essayer de contrer, même si, dans une certaine mesure, l'occident peut être comparé à un fumeur qui se plaint du cancer du poumon
Bon, moi aussi, me voilà qui me remets à radoter.
BC

Micheline (de Montréal) 02/02/2015 14:41

Cher Jean,
Il nous tarde ici à 20 sous zéro BRRR de nous retrouver à une terrasse dans votre Marseille désordonnée et folle mais chaleureuse aussi. Vivement l'été! Le christianisme n'aurait-il pas rendu possible une sorte de système passablement démocratique où les femmes sont libres et deviennent médecins ou avocates et se promènent cheveux au vent ( cioè weather permitting). En tant que femme issue du Christianisme capitaliste, je ne me porte pas trop mal merci. Que pensent dans leurs fosses communes les millions de morts de l'ex URSS? Pas capitalistes, hé que non? Dans nos rêves, le socialisme de rêve... On attend toujours. Mais la liberté d'entreprendre reste dans certains pays, même en France, tu as toi-même créé quelques entreprises à une époque, la liberté d'expression dans l'art... Des victoires que d'autres religions voient d'un mauvais oeil. On fait fort dans l'imagerie grâce à nos libertés. La consommation excessive, programmée, désespérante et qui crée en vitesse l'obsolescence et de nouveaux gadgets à acheter... ne rend pas absolument impossible un petit recul, un début de réflexion et la minimisation des frais. J'ai lu l'an dernier en France, car j'aime toujours ce beau pays, surtout l'Auvergne, il est vrai, ''Le vrai génie du christianisme'' et je n'irais pas
jusqu'à conseiller de le lire, chacun choisit ses lectures, mais en tout cas MERCI D'ÉCRIRE, de BRASSER et D ENCOURAGER À RÉAGIR.
BISES,
M

Blogue-note de Jean Klépal 02/02/2015 18:34

Comment peut-on être aussi aveugle à ce qui nous entoure et tellement centré sur soi-même ?

Blogue-note de Jean Klépal 02/02/2015 18:32

Comment peut-on être aussi centré sur soi-même et totalmeent

joseph sabbagh 02/02/2015 13:26

au fait, Calins d'yeux est le pluriel de clin d'œil :)

joseph sabbagh 02/02/2015 13:24

Calins d'yeux à Jean
Je ne sais pas de qui est cette phrase, mais elle me convient bien, d'autant plus que la société que j'ai créée et dirigée de 1986 à 2009 s'appelle Optim Resources
"J'appelle optimiste un homme qui, après avoir regardé en face la maladie, le vice, la misère, la mort, mais aussi le dévouement, l'amour, l'immolation consentie de tant de créatures, demeure fidèle à la plus difficile de toutes les vertus : l'espérance."

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