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7 avril 2015 2 07 /04 /avril /2015 15:21

Un livre récent présente une tentative de description argumentée des méfaits du Ministère de la Culture alors qu’il s’est constitué en ministère de la Création, à partir de 1982-1983.*

Bien que de construction assez maladroite, l’ouvrage fourmille d’indications précieuses pour illustrer et comprendre comment peu à peu nous sommes passés en trente ans d’un ordre strictement bureaucratique à l’instauration d’une « barbarie financière ». Autrement dit, comment les grands marchands et les grands collectionneurs se sont arrogés le droit de décider « de ce qui est de l’art ou n’en est pas ». Comment peinture, sculpture, gravure, ont été progressivement occultées.

On y voit disparaître par volonté délibérée l’enseignement de la peinture et du dessin, jusqu’à faire des peintres une espèce en voie de disparition, de même que nous assistons à l’emprise progressive de la nouveauté pour la nouveauté, grâce à une efficace culture de la « communication ». Ce qui se traduit par l’anémie totale de la notion d’art au profit de la gadgetisation, sorte de vapeur ambiante.

Aujourd’hui la politisation des questions artistiques est telle que le parallèle avec l’art officiel dogmatique des commissaires soviétiques ne parait nullement abusif. L’Art Contemporain, celui de l’avant-gardisme institutionnel, vampirise les lieux traditionnels de conservation et de monstration que sont les musées ou les palais nationaux.

Les attributions de crédits, l’emploi de l’argent public, sont opaques, les conflits d’intérêt sont monnaie courante avec la centration des pratiques sur les marchands et les institutions, et non pas sur les artistes. On fabrique de la valeur financière à partir d’un élevage intensif d’artistes officiels jetables, volaille qui ne peut exister qu’à force de soumission et de servitude.

« Pour des raisons administratives en France, et financières dans le reste du monde, l’art a perdu son autonomie .. . (alors qu’)à la Renaissance la peinture était parvenue à acquérir, de haute lutte, la même noblesse que les arts libéraux, malgré l’usage servile de la main... ».

Les lignes de conclusion méritent d’être citées intégralement, elles donnent la tonalité générale de l’ouvrage :

« S’il y a consensus pour reconnaître l’utilité d’un ministère ayant pour mission de veiller sur le patrimoine et de mettre la culture à la portée de tous les citoyens, en revanche des voix s’élèvent, de plus en plus nombreuses, pour dénier à ce ministère un droit qu’il s’arroge avec de plus en plus d’autorité depuis trente ans : celui de diriger la création.

Nous voulons un art libre. »

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* Aude de Kerros, Marie Sallantin, Pierre-Marie Ziegler : 1983-2013 Années noires de la peinture ; Pierre-Guillaume de Roux, éd., 2013 ; 210 p., 23 €

Une tentative de mise à mort bureaucratique de la peinture – Récit –

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commentaires

Mr Post 08/04/2015 10:11

Merci encore pour ce partage.
La lutte continue mais à quelle prix? et pour combien de temps?
es ce que nous arriverons à corriger le tir, c'est à dire inviter les personnes à se faire une propre idée de la création même si celle ci n'est pas répertoriée dans les revues hype en papier glacé. Restons donc alerte & critique. Prendre le risque de la découverte & de l'expérimentation. Et si on prenait le risque d'avoir un coup de cœur sans l'avis de certains...
Quand aux artistes non institutionnels, la vie reste compliqué, elle est même menacée parfois.
Comment boucler les fins de mois qui comment le 15? Certains ont même de sacré coup de blues, mais on essaye quand même d'avancer.
Heureusement que certains certains partages remettent du baume au cœur.