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11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 09:15

Noël 2014.

Face à cette montagne ardéchoise piquetée de hameaux, la question des origines s’impose. La seule qui vaille sans doute en ce moment, en ce lieu.

D’où venaient-ils, qui étaient-ils, ceux qui les premiers bâtirent, ceux qui nous précédèrent en ces parages ? Mais aussi qui sommes-nous, nous qui avons entrepris ce retour au désert, passée la mi-temps probable de notre vie ?

1975, mon choix du Grand Luberon demeuré alors le plus sauvage ; 2014, un neveu, son choix de l’Ardèche profonde.

A chaque fois un balcon sur la montagne. Alors que le paysage semble fini, il s’ouvre le plus largement à l’imaginaire. Le monde n’est pas limité puisqu’il y a quelque chose à découvrir au-delà de la ligne de crêtes. L’horizon n’est jamais une extrémité.

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Ardèche, Luberon, les dragons du Roy chassèrent sans merci les parpaillots infâmes. Terres de résistance et d’affirmation de soi. Farouches et déterminés, leurs traces affleurent partout. Ils demeurent, ils se perpétuent ; leurs bourreaux ne sont plus que vague souvenir.

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Deux pays coexistent, celui des médias, l’officiel, et celui du plus lointain.

A celui-ci ne parviennent que des rumeurs. Là on prête l’oreille, attentif cependant au cours des saisons, aux variations de climat. On lit couramment autre chose. L’anecdote y a peu de place.

Les plis du terrain, obstacles révérés, retardent la modernité dévastatrice.

Liaisons autoroutières, pistes d’envol, usures précoces programmées, tout cela est su, parfois expérimenté, toujours tenu à distance.

Juste ce qu’il faut pour entretenir la rudesse du véritable.

Un retour à des sources fantasmées, d’autant plus nécessaires qu’embrumées.

A la recherche de la beauté simple des choses élémentaires.

Vitalité radicale du dépouillement fruit de la distance.

Il faudrait toujours trouver un bout du monde pour s’établir au plus près de soi.

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Déjà préalable, un long détour par la campagne normande, plaisir du jardinage, des plantations, de la nature véritable, celle qui exige des savoir-faire simples et décisifs, travaux manuels sans recours, ceux dont mon grand-père et un oncle maternels me firent le témoin attentif de mon enfance puis de ma jeunesse. Souvenirs latents à l’affût d’une occasion pour resurgir. Régal de la fatigue physique et de l’accomplissement de gestes élémentaires si nécessaires à un équilibre. Gestes issus d’un amont immémorial, aussi imprécis que fascinant.

Quoi de plus navrant qu’un individu tristement emprunté ?

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Vint ensuite le Luberon et la bienfaisante explosion de ses découvertes. Des bouffées d’oxygène permettant de se tenir à distance raisonnable de l’habituel commun.

Au pays d’Apt, la route joue à saute-colline, elle lorgne la Voie Domitienne et ses Bégudes. Hannibal et ses éléphants, César Jules et ses légions, ont tutoyé ces pentes.

Une « Maison d’art avec paysage », des allées et venues d’amis artistes, expositions, lectures, musique ; en contre-bas un jardin, sorte de porte ouverte sur la vie et la création. Disponibilité à ce qui se présente, la joie simple et profonde de parvenir à s’offrir sa propre vie.

Jardiner, c’est comme écrire, qui est comme peindre.

Semer, planter, biffer, élaguer, greffer, déplacer, replanter, arracher, protéger, entretenir, conserver.

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Puis Marseille. La ville sans nom, la non ville, la ville patchwork, la ville autre monde. Mer, vent, soleil, rochers, collines, chaque soir les oiseaux jouent avec la lumière.

Les rocailles qui enserrent la ville, la tiennent à l’écart, et l’orientent vers le large, incitent au vagabondage des idées.

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Printemps 2015.

La terrasse requiert quelques soins. Notes anciennes oubliées et retrouvées dans un dossier poussiéreux, les bacs laissés à eux-mêmes fécondent des surprises. Les reprendre, relire leur fouillis, découvrir, nettoyer, barrer, biffer, compléter, modifier pour questionner le regard. Il y a à faire, beaucoup à faire.

Quelque chose s’accomplit. J’ose reprendre le jardinage de mes délaissés. L’horizon se déplace légèrement.

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Published by Blogue-note de Jean Klépal - dans Voltaire ; Ardèche ; Luberon ; Marseille
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commentaires

Alain Sagault 26/05/2015 10:32

Beau texte, clair et profond, qui éveille chez le lecteur que je suis heureux d'être de nombreux échos, passés ou présents… Juste celui-ci : le jardin, notre oasis contre la laideur et pour la magique éclosion annuelle de la beauté : hier j'ai planté les capucines et une azalée de Chine, admirable création artistique longuement mûrie par des jardiniers-poètes. Pour quelques instants, souvent renouvelés, me voilà, tout simplement, comblé. Reparti dans le bon sens – le sens de la vie.

Micheline (de Montréal) 11/05/2015 14:09

Comme témoine occasionnelle, je serais tentée d'ajouter au chapitre du Lubéron, des fêtes que personnellement je n'oublierai jamais. La chaleur humaine, mais aussi le Champagne, les amis de tous horizons, et mes malaises, moi un peu paumée, en France où j'étais tellement étrangère qu'il m'aurait été commode de faire de ma seconde langue, mon unique expression, pour que je puisse quitter le grand dérangement que me causait l'ambiance débridée, joyeuse, spirituelle et étonnante.
Tes - alors - 70 ans. Et oui, mais tu poursuis ton chemin comme une force pas si tranquille mais tout de même. .. ''Va vers toi-même'', nous enjoint une médecin française re-re-re convertie et installée confortablement au Québec. Pour moi ce sera à la bordure du Mont-Royal, sur un banc, en pleine forêt au coeur d'une ville, aux petites heures du matin d'un été qui peut être chaud à Montréal, que je tenterai d'y aller, vers moi-même, en fixant un arbre et un bout de ciel bleu. POURSUIVONS NOS VOYAGES et j'ajouterai comme un yogi indien: Occupe-toi bien de ton corps si tu veux que ton âme ait envie d'y rester... Bises,
Micheline