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18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 07:42
Exposer à l’Abbaye de Silvacane, en Provence

La Provence s’honore de l’existence de trois abbayes cisterciennes, dites les trois sœurs.

Le Thoronet, abritée au cœur d’une forêt méditerranéenne, à l’arrière du Massif des Maures, entre Brignoles et Draguignan ; Sénanque, nichée dans un vallon près de Gordes, entre Luberon et Monts du Vaucluse ; Silvacane, au bord de la Durance, face au versant sud du Luberon, qui accueille des concerts du festival de piano de La Roque d’Anthéron, ainsi que des expositions de peinture.

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Cet été, Serge Plagnol y présente en majesté une « Suite pour Silvacane ».

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Exposer à Silvacane n’est pas une mince affaire tant le lieu impose son austère sobriété.

Il ne saurait aisément s’agir de se satisfaire d’y présenter des peintures comme dans quelque autre endroit plus ou moins neutralisé. Bien sûr la transgression provocatrice à la mode est toujours possible ; son incongruité ne manquerait pas alors d’éclater au grand jour du si fréquent chaos contemporain.

La beauté de Silvacane tient à sa rigueur ascétique, source de perfection et fruit d’un désir d’absolu. Ici, un dépouillement volontaire semble requis. Le Cistercien exige de lui-même, mais aussi de qui le côtoie. La confrontation à l’édifice est toujours saisissante. Elle impose à chaque fois un temps de silence respectueux, un moment de repli sur soi nécessaire à une acclimatation à la fréquentation de l’essentiel, quelque brève qu’elle puisse être. Ce n’est qu’après cela qu’il devient possible d’entrer pour progressivement habiter les espaces successifs. L’approche minérale commande la discrétion de la présence humaine.

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Lorsque la proposition d’exposer ici lui fut exprimée, Plagnol perçut immédiatement l’importance de l’enjeu. Un choix radical lui est immédiatement apparu nécessaire. Certes, il lui faudrait sélectionner des peintures compatibles avec l’endroit, mais aussi surtout en concevoir spécialement quelques-unes. Un défi très stimulant.

Comprendre pour s’approprier. Pour cela, d’abord écouter l’important équilibre du silence des espaces offerts, le dialogue muet entre le bâti et l’environnement naturel. Comment s’y prendre autrement que par des repérages minutieux propres à débattre avec le génie du lieu ?

Ses carnets de croquis, nombreux, ses relevés de situations, ont permis au peintre de saisir peu à peu les données du défi à relever. Il a renoué avec ce temps d’avant où art et architecture étaient appelés à se rencontrer pour dialoguer. L’Italie abonde en exemples de ces bienheureuses conjonctions. Plagnol est méditerranéen, profondément ancré dans l’histoire de la peinture, italienne notamment.

D’abord des toiles verticales très sobres. Un chromatisme dépouillé, des blancs, des gris, des noirs, pour une saisie de l’impassible rigueur de l’édifice, et aussi du renoncement à toute ornementation. Toute distraction est bannie. Ce qui pose d’emblée la question de l’esthétique en art.

L’austérité force le brillant coloriste que l’on sait à un exercice inusité. Il explore et choisit de se soumettre au-delà de ses champs habituels. Il s’efforce et parvient. Fort honorable combat au service de la peinture et de l’architecture.

Vient ensuite un temps où l’humain périssable mais éternel habite le sacré de sa présence discrète. Se présentent alors des peintures colorées, signes furtifs d’une occupation humaine, légendaire et divinisée. Ces peintures sont parfois à deviner, leur retenue force l’attention du visiteur attentif. Celle-ci participe de la gloire de l’intemporel.

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(J.K. – Texte de présentation de l’exposition)

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Une exposition à ne pas manquer :

Jusqu’au 30 septembre, tous les jours, de 10 h à 18 h.

Abbaye de Silvacane – La Roque d’Anthéron, Bouches du Rhône.

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