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26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 10:50

Migrations, fuites éperdues, naufrages, meurtres, anonymat, faim, solitude, barrières, murs de défense, barbelés, préjugés, principes, idéologies, limites, résistances, violences, absolutisme, vols, destructions, droit du plus fort, peurs, rejets, exclusions, privilèges, mensonges, pusillanimité, cynisme, police, administration, rétention, enfermement, expulsions, routine... notre époque est décidément très riche et très inventive.

Tout cela se révèle et s’incruste non seulement dans nos modes de penser, nos façons de vivre, mais aussi notre environnement urbain. Les traces qu’impriment les citadins sur leur milieu en témoignent.

La ville élabore une histoire secrète, elle raconte notre monde, souvent à notre insu.

Un livre paru l’été dernier, présenté sur ce blogue, aborde ces questions sous l’angle de la photographie du non habituellement vu.[1]

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Photographe urbain, Alain Nahum traque en permanence ce qui échappe et pourtant fait sens.

Il photographie aussi bien des passages piétons sans cesse meurtris par le piétinement et les véhicules, que des rebuts divers abandonnés au trottoir, ou des affichages sauvages où s’inscrivent surtout le désir d’exister et le besoin de rompre une solitude. Les témoignages ainsi établis rendent compte d’histoires cachées, humbles et éphémères, que l’on ignore couramment. Ils renvoient à un imaginaire dans la lignée du surréalisme, grand pourfendeur de frontières entre les genres.

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Par le biais d’une saisie des limites implicites, entre des populations et des mondes différents, ces œuvres constituent un témoignage des métamorphoses continues de la cité.

Si, grâce à l’apprentissage du regard, l’une des fonctions de l’art est de nous alerter sur le monde qui nous entoure et la place que nous y tenons, l’apparition d’un nouveau centre d’intérêt mérite d’être signalée.

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Depuis quelque temps apparaissent, pas seulement à Paris, des amoncellements de sacs blanchâtres emplis de gravats et débris divers. Jusqu’à présent lorsque des travaux d’entretien ou de rénovation avaient lieu, nous voyions apparaître de lourdes bennes métalliques, que des camions spécialement équipés venaient relever. La circulation automobile devenant de plus en plus difficile ce type de collecte tend à disparaitre, au bénéfice de ces sacs blancs, relativement aisés à manier.

Le regard que l’artiste leur applique pousse à une réflexion sur les notions de rejet, de mise en quarantaine, de regroupement forcé, de barrières frontalières ou non, de repli sur soi, mais aussi de résistance et de refus.

Le chevauchement des sacs empilés, silhouettes souvent recroquevillées à l’abri du caniveau, clame l’isolement et la détresse de ces petits groupes de pauvres hères que nous rencontrons désormais presque à chaque encoignure. Ils font partie d’un quotidien que nous ignorons le plus souvent, auquel nous nous habituons doucement. La détresse est à notre porte, elle ne gêne que dans la mesure où elle encombre.

Les empilements saisis au hasard de leur découverte évoquent la force sourde des murailles cyclopéennes de Mycènes, la violente inanité des frontières (déjà soulignée par Pascal), l’inutile prétention des forteresses médiévales ruinées par les assauts.

La ville nous oppose la métaphore de notre aveugle et impuissante prétention à demeurer figés dans notre arrogance imbécile.

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Clichés Alain Nahum ©

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[1] Alain Nahum-Jean Klépal « Émergences – regards sur la ville », Parenthèses éd., juin 2015.

Métaphores urbaines
Métaphores urbaines

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