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24 décembre 2015 4 24 /12 /décembre /2015 16:39

Dans le Neuf-Quinze, gazette quotidienne du site Arrêt sur image, du 22 décembre 2015, ces quelques lignes très explicites :

« Ne savent que ceux qui veulent savoir. Ne sont informés que ceux qui souhaitent s'informer. C'est vieux comme l'information. Est-ce une raison pour baisser les bras ? C'est pour les autres, qu'il faut faire le travail, répond Samuel Laurent, chef décodeur au Monde, les millions de personnes "qui partagent de bonne foi des choses fausses". Autrement dit, le faire pour qui en voudra bien. Lancer de petites bouteilles à la mer. Sans se laisser paralyser par la question de l'efficacité. »

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Oui, il s’agit bien de ne pas se lasser, de ne pas céder au climat ambiant, de ne pas se laisser gagner par la pression des médias dominants. Il n’y a pas que Marine Le Pen, son vieux papa teigneux et sa vorace jeune nièce. Il n’y a pas que Bernard Tapie, inoxydable Zorro, et l’annonce de son tonitruant retour. Il n’y a pas que Hollande et ses finasseries opportunistes, Sarkozy et son agitation pathogène. Les mécomptes de Christine Lagarde ou de Michel Platini ne sont pas les seules informations à évaluer au diapason de la pitoyable pensée immédiate, formatée et cadenassée.

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Si l’on veut savoir, il suffit d’ouvrir yeux et fenêtres. A condition, bien entendu, d’en éprouver le désir, et d’en accepter le risque, qui est celui de la réflexion et de la lucidité. Un coup d’air frais peut parfois perturber ; il se révèle cependant toujours tonique.

Que peut-on alors apercevoir ?

Au-delà des raisons de se lamenter, de s’alarmer avec juste raison à propos d’un avenir immédiat plus que préoccupant, des signes encourageants, épars, divers, humbles, sont à saisir, à notre portée comme un terreau fertile n’attendant que sa mise en culture.

Culture, quelle ambiguïté ! Non seulement ce qui est acquis, dont on fait son miel, mais également ce qui va progressant en se développant, ce qui favorise la croissance. Ce qui colore et enrichit la vie même, surtout peut-être, la plus courante. Ce qui aide à vivre debout.

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Pourquoi ne pas scruter de temps à autre le versant ensoleillé, trop souvent négligé ? (En veillant toutefois à ne pas tomber pour autant dans l’angélisme.)

Aussi surprenants qu’un vol d’étourneaux, des signes sont perceptibles à qui regarde ou écoute. Des signes de refus du fatalisme, des signes d’attention non seulement à soi, mais aussi à l’autre, comme un sursaut. La vie quotidienne, pas seulement à Marseille, en est tissée. Des gestes très simples, souvent maladroits, des petits rien, et alors ? Ils existent. Tout n’est pas perdu. L’entraide, la solidarité, la simple cordialité au jour le jour, ça existe. On ne le dit sans doute pas assez car les pisse-vinaigre et autres augures de malheurs ont en permanence pignon sur rue. Il faut s’accrocher. Il faut dire Non, et regarder ailleurs. Ou bien entretenir les éléments de sa propre servitude et creuser sa propre tombe.

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Sanglés, bottés, décorés, les Matamores ne sont jamais que des colosses aux pieds d’argile. Leur hargne tient au sentiment qu’ils ont de leur fragilité. Ce qui, à l’évidence, les rend dangereux. Refuser d’amplifier leur voix, de la relayer, compte une incroyable puissance. Songeons à ce que deviendraient ces nains de jardin si la clientèle leur faisait défaut. Ne faire que s’opposer aux pervers, malins, et autres malades assoiffés de pouvoir, en les dénonçant, ne sert qu’à les renforcer dans leur existant. Les ignorer (ce qui ne veut pas dire en oublier l’existence ; il convient bien sûr de demeurer vigilant) et inventer des conduites de détour, telles que des propositions alternatives, est bien plus efficace. S’attaquer de manière frontale au mur le transforme en muraille imprenable hautement justifiée. Le contourner le rend dérisoire, inutile.

Commençons par là !

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L’Art, l’écriture, sont une réponse lorsqu’ils tentent d’aller à l’essentiel, qui est de s’interroger en permanence et de se garder des certitudes. Art et écriture, des viatiques.

Les bouteilles à la mer naviguent dans les marges. C’est dans les intervalles, dans le discret ancré sur des choix profonds, des choix de vie autres que ceux d’emprunter les voies rapides des certitudes officielles, qu’il convient de butiner.

Généralement auréolé de la peste des apparences, rien d’officiel sans doute ne vaut.

Des artistes opiniâtres, des créateurs, travaillent, des amateurs passionnés tentent de les repérer et de les accompagner. Des personnes ancrées dans le refus de toute vérité révélée alimentent des réseaux d’échanges de réflexions, d’idées, de propositions alternatives. Des protestations, des initiatives parfois surprenantes, se font jour.

Le monde court à sa perte, dans le même temps, il tente de se réinventer. Tendons l’oreille, observons ce qui se passe ailleurs, à côté de nous.

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Cacochymes, les partis sont à l’agonie. Ils sont aux mains de morts vivants. La politique pue la charogne ; Le Politique est en passe de renaître de ces monceaux de cendres.

Plus que jamais, ouvrir grands les yeux et les oreilles, plus que jamais cultiver l’intransigeance, plus que jamais place à l’Art, place à la création, formidables ferments de résistance.

« Réveillons » : cette période de l’année offre l’occasion de prendre ce terme au mot.

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commentaires

Thierry Savini 26/12/2015 17:33

Merci Jean pour ce texte. Merci pour tout tes textes, mais particulièrement pour ce dernier que j'ai
abondamment partagé. Merci pour ce regard orienté vers là où les éclairages officiels ne sont pas - et de la pensée qui en jaillit. Merci enfin pour la vigilance et l'espoir.

J. Klépal 26/12/2015 17:41

Merci Thierry de ce commentaire chaleureux et encourageant, qui tend à justifier la bouteille à la mer qu'est ce blogue.