Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 13:34

Bien que puissamment occultées par le silence médiatique, des raisons d’espérer existent.

Actes Sud a publié en novembre 2014 un livre d’entretiens particulièrement riche. [1] Lionel Astruc, journaliste écrivain spécialisé dans les thèmes de l’écologie, des filières de matières premières et de l’économie sociale et solidaire, est allé à la rencontre de Vandana Shiva, figure emblématique de l’écologie et du mouvement altermondialiste, qui s’inscrit dans la grande tradition indienne de résistance et de combat pour l’indépendance. Il s’agit dans son cas d’une opposition radicale à l’oppression de la mondialisation financière.

>

Le livre fourmille de réflexions et, surtout, d’exemples de luttes menées, pas seulement en Inde, pour reconquérir la souveraineté alimentaire, notamment en favorisant les petites entreprises agricoles, mieux à même de produire davantage et de meilleure qualité que les conglomérats de la monoculture.

Il s’agit avant tout de reconstruire partout dans le monde une économie locale solide favorisant les circuits courts de proximité, ainsi que la consommation d’énergies fossiles. Cette préoccupation d’un démarche de transition se fait jour dans de nombreux pays. [2]

>

PRINCIPALES SÉQUENCES DE L’OUVRAGE

>

- L’imposition de méthodes agricoles chimiques intensives appauvrissent les sols et, à terme, diminuent les rendements des exploitations, alors que l’agroécologie préserve les ressources en eau, protège la biodiversité et lutte contre le réchauffement climatique.

Seule la taille humaine d’une exploitation permet l’attention pour autrui et pour la nature. L’industrialisation de l’agriculture et la gestion financière avide dégradent non seulement la nature, mais aussi la communauté des hommes.

C’est évidemment à nous, citoyens, qu’il appartient de nous débarrasser de la culture supermarché selon laquelle l’alimentation y est moins chère. Alors qu’en réalité les coûts cachés colossaux induits sont pris en charge au travers de nos impôts.

>

- La question de l’approvisionnement alimentaire est si importante qu’elle suscite des violences redoutables, souvent indûment prêtées à d’autres facteurs. Exemples : La rébellion égyptienne a scellé son unité autour du slogan « Pain, liberté, justice sociale » ; ce sont des fermiers qui ont lancé ce mouvement en Syrie ; en Tunisie, l’immolation d’un vendeur de légumes fut le déclencheur du Printemps arabe ; au Penjab des émeutes ont eu lieu dans les années 60, la modernisation de l’agriculture avait détruit la sécurité alimentaire et attisé le terrorisme.

>

- Reconquérir la souveraineté alimentaire, impératif majeur face à la biopiraterie du brevetage du vivant.

En liaison avec de nombreuses ONG et divers mouvements d’agriculture biologique, de nombreux combats ont été, sont encore, menés, certains victorieux. Exemples du riz basmati, du margousier (arbre utilisé en Inde pour ses vertus médicinales et antiseptiques), du blé indien pauvre en gluten, des diverses variétés d’aubergines, pour lesquels des procès ont été gagnés contre des géants de l’agrochimie, dont Monsanto

La lutte contre les règles du commerce international édictées par l’OMC, les lois hygiénistes dont l’objectif est de limiter les marchés de producteurs, la propriété intellectuelle du vivant, est impitoyable.

Des alternatives se mettent en place à travers la liberté des graines et les circuits courts. Exemple de la création de « jardins partagés » à... Rome.

>

- La guerre des matières premières fait rage. L’accès à l’eau en est une illustration flagrante. La volonté de privatiser l’eau a donné lieu en Italie, en 2010, a un débat farouche. Le 28 juillet 2010, l’Assemblée générale de l’ONU a affirmé que l’accès à une eau potable est un droit fondamental. (Reste maintenant à faire valoir ce droit.)

Exemple de la lutte victorieuse menée en Inde contre une usine Coca-Cola épuisant les nappes phréatiques dans le Kerala. Le combat se poursuit actuellement dans d’autre Etats de l’Inde, Coca-Cola utilisant tous les moyens pour maintenir son activité dans le sous-continent. Nécessité donc d’une mobilisation permanente.

Autre exemple, l’intervention de l’armée pour imposer une aciérie dans le centre du pays. Ce conflit a entrainé d’effroyables violences à partir de 2005. [3]

>

- La liberté des semences, enjeu capital.

Les mensonges publicitaires de Monsanto, la complicité des États, et les contre-performances des semences hybrides, comme des OGM, font l’objet d’un développement argumenté au terme duquel on comprend comment les paysans perdent peu à peu leurs liens avec la nature pour devenir des « exploitants » basculant insensiblement vers le non-sens. Ils se transforment peu à peu en simples consommateurs de graines très coûteuses, sources d’un endettement redoutable.

>

- La biodiversité agricole s’oppose à la standardisation souvent imposée par le secteur de la distribution, uniquement soucieux de faciliter la transformation des produits.

Exemple des pommes, des pommes de terre, des tomates.

Un réseau de banques de semences paysannes, associé au mouvement antimondialiste centré sur l’apprentissage de l’agriculture biologique, compte des initiatives sur les cinq continents. La prise de conscience de la valeur de l’alimentation locale commence à progresser. Un jour elle parviendra à inquiéter sérieusement l’industrie agro-alimentaire.

« Rechercher des produits issus de l’agriculture biologique fait partie des actions positives que les citoyens occidentaux peuvent accomplir... »

>

- Le lobby de l’industrie agrochimique veut faire des semences un marché captif grâce au « brevetage du vivant ». Depuis 1987, les laboratoires se sont regroupés et Monsanto a quasiment acheté tous les semenciers du monde. Dans le sillage du Mahatma Gandhi, Vandana Shiva a fait de la graine l’emblème de la lutte pour libérer les semences. Elle expose clairement en quoi le brevetage du vivant, qu’elle nomme biopiraterie, constitue une grave atteinte au droit des paysans, comme à la biodiversité. Puis elle détaille les différentes techniques du lobbying aux USA et en Europe.

Cela étant, force est de constater que très nombreux sont les pays opposés aux OGM. La bataille vaut donc d’être ardemment livrée.

Des « alternatives semencières » d’échange et de sélection des semences paysannes existent un peu partout dans le monde, y compris aux Etats-Unis. Un réseau de reproducteurs de semences libres se développe non seulement en Inde, mais aussi en Europe du sud et du nord, en Australie, en Nouvelle-Zélande et au Japon. Une « Alliance planétaire pour la liberté des semences » s’élabore. Faire connaître les initiatives pour démonter les mensonges pseudo-scientifiques est essentiel.

Un chapitre entier est consacré au rôle déterminant des femmes, et aux valeurs féminines, dans cette défense active de la nature et de la biodiversité.

>

Le livre se termine sur un ensemble de réflexions relatives à la pratique d’une démocratie véritable et à l’activisme coopératif que cela suppose.

Mobilisation et désobéissance vont de pair. La désobéissance civile est « la traduction en actes » du concept de la non-violence, si cher à Gandhi. Chacun est détenteur d’une part de la responsabilité universelle qui nous incombe vis-à-vis de notre entourage, de notre pays, et de la planète.

« Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde » (Gandhi).[4]

« Notre société contemporaine est organisée autour d’un mensonge. Or, le mensonge est comme une solution chimique sursaturée : déposez une seule goutte de vérité et l’ensemble se cristallise tout entier autour d’elle, inéluctablement » (Vandana Shiva).

>

>

Un livre majeur à lire et à faire connaître.

Un livre porteur d’un espoir raisonnable.

Un livre proprement roboratif prouvant que la mélancolie télégénique d’Alain Finkielkraut ne saurait l’emporter.

>

---------------------------------------------------------

>

[1] Lionel Astruc : « Vandana Shiva, pour une désobéissance créatrice – entretiens » Actes Sud éd. 2014, 191 p., 19 €

[2] A son modeste niveau, le remarquable marché paysan hebdomadaire que je fréquente assidument à Marseille s’inscrit dans cette problématique. Avec ses 28 producteurs soutenus par une clientèle convaincue, il incarne une évidente volonté politique, si dérangeante que les institutions locales cherchent à le contenir en limitant son extension. L’un de ses créateurs anime une association d’appui à la formation agricole au Cameroun.

[3] Cette volonté d’accaparer des terres agricoles n’est pas seulement propre à l’Inde. Elle se manifeste notamment en Afrique mais aussi chez nous ou les Zones A Défendre (ZAD) sont nombreuse, Notre-Dame des Landes, barrage de Sivens, entre autres.

[4] Prétexter l’inertie du système n’est qu’un argument fallacieux pour s’autoriser à ne rien faire.

Partager cet article

Repost 0

commentaires