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26 janvier 2016 2 26 /01 /janvier /2016 09:54

Une suffisance imbécile porte un homme politique de temporaire premier plan à déclarer « expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser. »

Cet éloge de l’obscurantisme me pousse par un curieux détour à réfléchir aux conséquences de certaines démarches artistiques.

Y a-t-il une relation, n’y en a-t-il pas ?

Peu importe, des œuvres m’apparaissent de manière fugace, l’occasion est à saisir. Une réflexion, si stupide soit-elle, peut ouvrir une voie imprévue. Saisissons-là.

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Grossièrement, parlant de peinture, une classification à coups de serpe s’installe.

Certains artistes me donnent l’impression de fermer les portes après eux, parfois même de les verrouiller à leur insu. Cela tient peut-être au fait qu’ils ont accédé à l’indépassable, qu’ils s’en rendent probablement compte, et que ce faisant ils revendiquent leur exemplarité, sans pour autant vouloir nécessairement faire le vide après eux. Leur virtuosité, leur maîtrise, leur soif insatiable d’expérimentation, peuvent constituer autant d’obstacles, et n’engendrer alors que des épigones, trop souvent médiocres hélas.

D’autres ouvrent des voies, sans toujours le savoir, proposent, hésitent, bousculent, témoignent de leurs recherches et de leurs expérimentations. Ce qui ne les rend pas forcément ni moins ambitieux, ni moins péremptoires que les premiers.

Ceux-là fondent parfois des parentés, sinon des lignées. Ils défrichent, ils ont alors une postérité.

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Nulle hiérarchie, simplement un regard différencié, très personnel donc subjectif et parfaitement contestable, sur ce qui établit nos écarts au monde.

Par bonheur, l’intérêt porté aux œuvres ne dépend nullement de cet ordonnancement simplificateur.

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Parmi les premiers, ceux qui ferment, je citerai quelques noms, à titre d’exemples, à titres divers :

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- Inscrit dans le sillage du Caravage, Georges de Latour, et sa diabolique habileté à jouer de la lumière et de ses effets. Il atteint en permanence un point d’orgue. Il ne peut qu’être copié, en aucun cas prolongé. Il est là en majesté, où on ne peut pas aller plus loin.

- William Turner, son audace proprement éblouissante éclate comme une évidence imparable. Comment se confronter à lui sans s’appauvrir ? Turner, c’est un choc violent asséné en pleine face. On en sort groggy. Le seul moyen de s’en remettre, c’est de le contourner, de l’éviter, tout inoubliable qu’il soit. Trop fort, trop brutal, trop exalté, pour envisager de se mesurer à lui.

- A un niveau bien plus modeste, Pierre Soulages, dont la virtuose trouvaille technique trouve en elle-même son accomplissement. Exemple du découvreur atteignant rapidement la limite de sa découverte.

- Répond aussi à l’appel Georges Braque, dont une récente rétrospective à Paris a remarquablement servi l’extraordinaire unité d’une œuvre aussi forte qu’opiniâtre. Sa rigueur intellectuelle s’exerce évidemment au détriment d’appropriations déductives. Massif, solitaire et déterminé, il est là, témoigne, et n’en demande pas plus.

- Curieusement, Van Gogh prend place dans cette liste. Ses déchirants éclats, ses diffractions, n’appartiennent qu’à lui. Comète au ciel de la peinture, il irradie de sa marque ce qu’il tente. Il engendre un désir de prolongement, mais ne donne naissance qu’à des épigones travaillant laborieusement sur tel ou tel aspect de sa quête. Il est trop grand.

Viennent ensuite deux cas singuliers : Magritte, Picasso.

- René Magritte, exemple parfait d’un artiste pas spécialement doué, mais doté d’une intelligence aussi brillante qu’incisive. Il s’efforce de peindre la pensée et ses détours. Ses énigmes et jeux de mots ravissent l’esprit. Ils pétillent mais n’en demeurent pas moins des exercices de style, parfaitement réussis, clos sur eux-mêmes. Magritte ouvre larges les portes à l’esprit vivace, il les lui claque à la gueule sitôt que franchies. Bravo, rideau, silence.

- Pablo Picasso, monstre dévoreur hyper doué, ne laisse aucun relief à déguster après son passage. Et comme il passe partout... Rien ne lui échappe, sa boulimie est totale. Il explore et jardine ses maîtres, sans aucune retenue. Il repère, capture, détourne, transforme, s’approprie toute forme artistique passant à sa portée. Rien ne le retient, il réussit en tout, partout. Un culot monstre. Il a constamment forcé dans leurs limites tout ce qui tombait sous sa patte. Vertigineux. Il montre que tout est possible et va au bout de tout.

Il ne peut que susciter des imitateurs, nécessairement pâlots. Mieux vaut l’éviter, si on est peintre.

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Voyons un peu maintenant l’autre versant, celui à partir duquel apparaissent des voies à explorer. Nombreux sont les noms qui se pressent. Brièvement :

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- Caravage se présente en premier lieu. Sa liberté d’interprétation des textes sacrés, le choix de modèles pris dans son entourage immédiat, et non pas idéalisés, son désir d’affranchissement des contraintes, son traitement contrasté des ombres et de la lumière, ont fait de lui l’un des artistes dont le sillage a profondément marqué des générations de successeurs. Il est un point de départ.

- La subtilité de Nicolas Poussin, Romain d’adoption, sa recherche de la simplicité et de l’équilibre, retentiront jusqu’à l’époque contemporaine, chez Cézanne en particulier.

- Cézanne, donc, qui se disait « le primitif d’un art nouveau », à propos duquel Picasso s’exclamera « Il était comme notre père à nous tous. C’est lui qui nous protégeait... ». Cézanne l’ouvreur de portes par excellence.

- Avec sa façon de considérer la nature, l’humain et les édifices érigés par lui comme un ensemble mystérieux, Giorgione a inauguré un immense terrain de recherche pour la peinture. Il se situe à un point d’origine. Il introduit le syncrétisme dans l’art.

- Visionnaire, maître du fantastique, Dürer a joué un rôle de passeur capital entre la culture médiévale et les apports de la Renaissance, entre l’idéal méditerranéen et la tradition germanique.

- Par sa miraculeuse modestie, son refus de l’anecdote et du pompeux, Vermeer nous invite à la contemplation de la tranquille beauté du familier. Il renouvelle et apaise le regard. Il procure un silence méditatif à la peinture. Peut-être n’a-t-il jamais représenté que des natures mortes où la douceur humaine et la solidité des objets se confondent. Ce faisant, ses œuvres sont toutes d’ouverture.

- Une étape décisive fut franchie notamment grâce à Claude Monet, qui conquit définitivement la liberté pour les peintres et la peinture, en offrant à chacun, artistes et public, le bonheur de s’immerger dans l’art.

- Il faudrait aussi citer plus précisément Goya, Frantz Halls, Francis Bacon, Pierre Bonnard, Vélasquez et Rembrandt certainement...

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Pourquoi cette évocation à mailles très lâches ?

Sans doute parce que la pression des idioties, comme des atrocités, requiert un souffle second.

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Published by Blogue-note de Jean Klépal - dans Peinture ; Art
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commentaires

plagnol 26/01/2016 11:09

Expliquer etc ... la phrase citée n' est évidemment pas très habile ....mais elle est sortie de son contexte ....dans expliquer entraine excuser par l' explication du déterminisme " social , culturel , sociologique " ..." des terroristes ," qui justement n' explique pas tout : l' explication des faits par le déterminisme peut entrainer inconsciemment un début de " justification " . enfin , bref , Valls , puisqu'il s' agit de lui n' est pas un obscurantiste ( à mes yeux ) , il est un peu psycho rigide et stressé ....bon enfin si çà fait plaisir de taper en permanence !! ..........Pour se détendre , quand à la peinture , il y a des espaces ouverts ou fermés proposés par les peintres , chacun ont leur valeur ,,; il y a des espaces qui ouvrent sur des filiations , d' autres plus monolithiques ....il est difficile d' en faire des catégories définitives , les appréciations sur les formes sont sujettes à variations selon l' époque ( notre regard sur tel ou tel peintre n' est pas le même selon telle ou telle époque et sa peinture peut se raviver , influencer à nouveau tel ou tel jeune peintre ; donc une peinture peut ouvrir ou fermer des espaces selon le moment )

J. Klépal 26/01/2016 14:46

Oui, bien entendu, les classifications n'ont pas d'autre valeur que de permettre échanges et débats. Elles correspondent sans doute à un besoin de compréhension, d'appréhension, des œuvres. Que le regard varie ne fait aucun doute. Caravage fut longtemps tenu pour quantité négligeable...
Ouvrir, fermer, c'est aussi de l'espace du tableau qu'il s'agit : cadre/pas d'encadrement ; tableau contenu entièrement dans son format ou incitant à un vagabondage au-delà des limites formalisées. Bonnard peignait surtout de vastes toiles libres, ce n'est qu'après qu'il décidait du format.
Ce qui importe en particulier c'est de considérer combien, et comment, les choses s'enchaînent tout au long d'une histoire continue, perpétuellement enrichie par ses sinuosités. Tout cela à partir de questionnements fondamentaux, car touchant à l’essence même de ce que nous sommes.
Heureusement l'Art et la Peinture !

Bertrand 26/01/2016 10:47

Ah Jean, c'est un plaisir de t'entendre ! de suivre tes points de vue enrichissants sur le monde ! de bénéficier de ton optimiste dans cette période de recul !

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