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16 avril 2016 6 16 /04 /avril /2016 10:15

Au fil de leurs avatars, Il pourrait se faire que nous assistions à l’agonie des pratiques politiques telles que nous les connaissons depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Le système électoral se révèle de plus en plus décalé, de plus en plus inadapté. L’élection du Président au suffrage universel lui a asséné un coup fatal en réduisant à rien une représentation parlementaire en faillite, composée en majeure partie de morts vivants, des zombies. La fonction présidentielle elle-même est désormais gravement atteinte. Les deux derniers quinquennats, au moins, ont porté des coups terribles à son prestige comme à son autorité.

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Ce n’est pas un hasard si l’idée du remplacement partiel du système électif par un tirage au sort progresse dans de nombreux esprits. Carriérisme, cumul, incompétence, mensonges et laisser-aller en font le lit. Estimée folle et irréaliste il y a encore peu, la proposition commence à devenir discutable (Voir "Contre les élections", David Van Reybrouck - Actes-Sud éditeur).

Peu à peu, la question de la désobéissance civile s’impose, parfois avec virulence. Elle irrigue largement le champ des contestations en quelque point de l’éventail politique que ce soit.

La Nuit debout en est une des expressions la plus visible.

Palabres, discussions à perte de vue, logorrhée verbale ? Prurit juvénile ?

Des pratiques nouvelles sont en train de poindre. Ces pratiques ne peuvent en aucun cas se satisfaire d’une simple adaptation de l’existant. D’un remplacement de la 5e République par une 6e, par exemple. Il s’agit d’abord d’inventer un autre jeu, très différent, ensuite viendra nécessairement le temps de la fixation de règles encore inconnues. D’abord s’exprimer, découvrir le formidable pouvoir de la parole fondatrice d’une pensée dégagée des conditionnements actuels, élaborer ensuite. La « démocratie » sous la forme que nous connaissons a certainement vécu.

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La question de l’après se pose, de toute évidence. Elle viendra à son heure, en faire un préalable serait condamner l’entreprise à un échec certain. Il ne s’agit pas d’élaborer un contre-modèle, mais bien plutôt d’explorer un ailleurs porteur de modèles non encore envisagés. Ce n’est qu’une fois la Bastille prise que l’on a pu s’interroger sur la situation nouvelle créée et les étapes à envisager. Un siècle à peu près fut nécessaire pour consolider la République.

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La désobéissance civile ne saurait se réduire à un irrespect de la loi parce qu’elle est la Loi. C’est l’invention d’un nouveau rapport à la loi qui est en jeu. Passer de l’obéissance inconditionnelle imposée par la contrainte, à une obéissance réfléchie (ce qui existe déjà d’ailleurs dans le devoir reconnu de se soustraire à un ordre lorsqu’il est manifestement inadmissible).

Pris au dépourvu, le Pouvoir ne dispose que de deux voies pour faire face : la violence et la disqualification méprisante.

La violence est mise en exergue dès qu’un « dérapage » est signalé. Elle est alors immédiatement accompagnée de la disqualification : la violence est toujours uniquement le fait de « casseurs ». La presse fait ses choux gras de la moindre affaire. L’entretien de la peur est évidemment un vieux fonds de commerce qui rapporte toujours (jusqu’à quand ?).

La violence n’est-elle pas dans la majorité des cas surtout un résultat ? Le déploiement policier justifié par le maintien de « l’ordre public » est-il autre chose que la manifestation première de la violence, au même titre que la soumission forcée au dictat des puissances financières, et son corollaire le chômage ?

Chacun sait que violence implique automatiquement contre-violence... La violence des manifestants n’est sans doute qu’un moyen, pas le meilleur, j’en conviens, mais rien de plus.

La contestation non violente tire sa force de sa capacité à prendre au dépourvu un Pouvoir qu’elle discrédite. Un potager Place de la République...

L’embarras manifeste des caciques de la vie politique face au phénomène Nuit debout mérite d’être souligné. Le Président lui-même déclare trouver « légitime que la jeunesse, aujourd'hui par rapport au monde tel qu'il est, même par rapport à la politique telle qu'elle est, veuille s'exprimer, veuille dire son mot ». Merveilleuse et touchante compréhension, quel brave homme !

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En parallèle, la difficile question du rapport à la police se pose avec quelque acuité. Exploitée, contrainte, corvéable à merci, la police n’est pas exempte de tensions. De récentes manifestations de policiers viennent de le souligner. S’attaquer frontalement à elle ne peut à l’évidence que la renforcer dans ce qu’elle est, puisque conçue et organisée pour cela.

Le mur est construit pour résister aux attaques. Vouloir le détruire est souvent vain et exténuant. Examiner comment l’ignorer et le contourner pour le rendre inutile, au moins inopérant, représente une démarche plus exigeante, mais à terme beaucoup plus efficace. Les conduites de détour permettent d’envisager des perspectives nouvelles.

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Comment éviter de retomber dans l’ornière de ce que l’on rejette ? L’enjeu est là.

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commentaires

Micheline (de Montréal) 16/04/2016 13:35

Quand un quart des jeunes sont au chômage, il ne faut plus chercher un travail bien rémunéré pour tous; la mondialisation a rendu cela impossible pour nos pays riches.... Mais le soutien possible de l'état et l'exercice d'activités ''sensées'' et '' satisfaisantes'' pour le corps et son cerveau, et si possible moyennement utiles pour la société: mais seulement après avoir renoncé à une bonne partie des biens matériels dont ma génération a appris à penser qu'ils sont indispensables. Vaste programme à 7h00 du matin, au premier café. Bonne journée!

Dorléans 16/04/2016 12:01

Le constat est certes enthousiasmant mais il se trouve que, même depuis mai 68, les oligarques ont encore renforcé les moyens de se protéger (car ils ne veulent à aucun prix perdre leur job) et qu'ils ne se laisseront pas dépouiller de leurs pouvoirs sans se battre. Enfin, je veux dire en faisant se battre pour eux leurs nervis. Et puis, dans le pire des cas, ils en ont mis à gauche et s'il faut partir ils partiront, comme Ben Ali par exemple. Mais pourquoi abandonner lorsqu'on a tout, se disent-ils entre eux, quand il suffit de tirer dans le tas. Peut-être faut-il se demander s'il ne serait pas judicieux de tirer les premiers. Il suffira ensuite de ne jamais oublier que la nature profonde de tout un chacun est de n'être qu'un humain. Et alors là…

capron 19/04/2016 08:33

Vaste programme. Pour y arriver, il faudrait modifier totalement la nature de l'Homme et lui extirper son goût du pouvoir autoritaire,son égoïsme,ses désirs insatiables de profits.
Sans ces salutaires interventions il est à craindre qu'il ne retombe dans les mêmes travers sous des formes différentes.
Je ne crois plus à la démocratie tant que les cons et les salauds conserveront le droit de vote.

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