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3 juin 2016 5 03 /06 /juin /2016 14:09

Une langue, c’est bien connu, se nourrit d’emprunts. Le grec et le latin essentiellement sont à l’origine du français, ce qui n’empêche nullement d’autres métissages. Le génie d’une langue est de digérer ces emprunts en les accommodant à sa manière.

C’est ainsi que le bowling green anglais est devenu le boulingrin, le packet boat, le paquebot et le riding coat, la redingote. Etiemble a donné ces exemples dans son pamphlet fameux Parlez-vous franglais ? (1964). Fin lettré, sinologue distingué, il s’insurgeait contre le mauvais traitement infligé au français par un mésusage fruit d’inculture et d’un snobisme atterrant. Depuis lors, le développement de l’informatique n’a fait qu’empirer la situation. Le sabir s’est imposé jusqu’à régner en maître. Le globish a pris valeur internationale.

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Dans la livraison du Monde diplomatique datée juin 2016, l’écrivain Benoît Duteurtre[1] s’inscrit dans le sillage d’Etiemble.

Sa contribution s’intitule La langue de l’Europe. Elle mérite le détour, comme dirait le Guide Michelin. Elle donne une bonne mesure de la pavlovisation des esprits dirigeants européens en ces temps où la question de l’identité nationale est l’un des chiffons rouges de la vie politique, pas seulement hexagonale.

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B. Duteurtre rapporte le déroulement d’une réunion à Bruxelles, fin mars 2014, durant laquelle le Président Obama a fait bénéficier son auditoire de ses recommandations. La rencontre s’est déroulée en anglo-américain, elle indiquait combien le plurilinguisme de l’Union Européenne était balayé au profit de l’anglais obligatoire. Le temps était révolu où J-F Kennedy envisageait un discours en allemand ou une conversation en français avec les administrations des pays vassaux.

Mieux, le 28 avril 2014, « avant les dernières élections au Parlement européen, la chaîne Euronews (...) organisait un débat ente les chefs de file des principaux groupes politiques de l’Union. Les quatre candidats étaient de nationalité belge, luxembourgeoise, et allemande (...) Tous parlent impeccablement l’allemand et trois sur quatre le français – les deux premières langues maternelles de l’Europe ... Pourtant, ce débat européen allait se dérouler entièrement en anglais sous la houlette d’un journaliste américain et d’une journaliste britannique... quatre locuteurs germanophones et francophones relèguent leurs langues au rang de patois et préfèrent aligner de longues phrases en anglais, avec la fière assurance de candidats à la gouvernance mondiale. »

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La conclusion de l’article comporte une interrogation et un constat.

« Imaginerait-on que la Chine, les Etats-Unis, la Russie, ces entités avec lesquelles l’Europe prétend rivaliser, s’expriment dans une autre langue que la leur ? »

« Délaissant celles des fondateurs (le français, l’allemand, l’italien...), renonçant au plurilinguisme qui a longtemps caractérisé ses institutions (l’Union Européenne) s’en remet à la langue du plus lointain de ses partenaires : le Royaume Uni, membre de l’Union sur la pointe des pieds et qui, bientôt, n’en sera peut-être plus, ôtant toute justification à cet extraordinaire privilège. »

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[1] J’ai présenté son livre La nostalgie des buffets de gare sur ce blogue en septembre 2015

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Published by Blogue-note de Jean Klépal - dans Langue Identité Soumission
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commentaires

Olivier 05/06/2016 18:18

La qualité et la richesse du langage c'est important !
Quel régal que de pouvoir prendre connaissance de tout ces concepts, tout ces univers,
de ceux qui nichent aux creux en reliefs, et qui font de nous Chacun.
Les dévoiler, les partager au travers de la langue.
Les mélanger.
Un French kiss en somme..

Alain Sagault 05/06/2016 11:58

Vivement le chinois ! Au moins, l'écriture est superbe.
Dieu sait que j'aime l'anglais, mais c'est le seul immigré illégal que j'aimerais voir reconduit à la frontière, et fermement !

dionnemiche@hotmail.com 03/06/2016 16:44

En effet, le représentant du théâtre de la Bastille, qui présentait récemment le RIGOLETTO, discutant en coulisses avec le metteur en scène germanophone (je crois), n'a pas semblé étonné que ce dernier lui réponde en anglais approximatif au lieu de le faire dans sa propre langue. Heureusement pour nous, le Français parlait français. OUF. Ici à Montréal, hier encore dans un sympathique petit resto une jeune serveuse bilingue chinois - anglais m'a fait comprendre avec un grand sourire qu'elle ne parlait pas français. Well... c'est le rocher de Sysiphel, le français en Acadie et au Québec et ailleurs au Canada. De vaillants et courageux défenseurs poursuivent ce combat-là MAIS les milliers de jeunes Français qui choisissent de venir vivre ici, font que nous réentendons du français là où on ne l'attendais plus. BONNE JOURNÉE MALGRÉ TOUT.

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