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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 07:30

L’idée est née du constat que l’écrit est toujours le complément du dispositif exposition. D’abord les œuvres, assorties de quelques commentaires, ensuite l’accès aux publications les plus diverses. Ce schéma classique accompagne un désir d’approfondissement supposé chez le visiteur, en même temps qu’il sépare les genres.

Et si, une fois, on tentait d’inverser les facteurs ? Ce qui voudrait dire que l’on accorderait presque autant d’importance à l’écrit qu’aux œuvres.

Que serait une exposition où l’accent serait mis d’entrée de jeu sur l’écrit préalable, ou au moins concomitant, à la vision des œuvres ?

Que serait une exposition où un amateur auteur de nombreux textes inviterait quelques-uns des artistes auxquels il prête attention ? Et qui par conséquent mêlerait les genres ?

Il fallait en parler avec des artistes, les convaincre. Il fallait ensuite trouver un lieu susceptible d’accueillir le projet.

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Les noms de trois artistes avec lesquels j’ai plus particulièrement commis divers écrits, livres entre autres, apparurent d’emblée :

- Alain Nahum, cinéaste et photographe dont les images magnifient le non-vu habituel ;

- Serge Plagnol, peintre exigeant, ami des écrivains ;

- Alain Sagault, aquarelliste fort attachant, également homme d’écriture.

L’accord s’établit assez aisément pour une aventure commune, à définir.

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La Galerie Art Est Ouest[1] est un lieu convenant à une exposition plurielle. Ses responsables prêtèrent une oreille attentive au propos. Le chemin d’une rencontre appropriation restait à parcourir. Des échanges nourris, fructueux, permirent peu à peu de donner corps à la chose. Si la radicalité initiale est tempérée par les contraintes d’une mise en œuvre, l’intention demeure, nette et très perceptible.

Il s’agit de clairement montrer qu’écrire, donc donner à lire, affûte le regard. Il s’agit également de montrer que le franchissement des frontières entre les genres, c’est-à-dire les transgressions, ne peut qu’enrichir l’imagination. Ce que nous savons bien depuis Dada et le Surréalisme, notamment.

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Voilà pourquoi « Vagabonder l’Art » intitule l’exposition à venir. Il s’agit de prendre des chemins de traverse pour célébrer la valeur affective de l’art. Les hiérarchies instituées prennent des allures de vieilles lunes, apprenons à façonner les traits d’union qui nous conviennent ! C’est le trait d’union qui détermine la nature de la relation.

Carambolages était justement nommée une exposition insolite aux Galeries du Grand Palais, à Paris, au printemps dernier[2].

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L’art, qui est tout sauf la marchandise triviale que certains affairistes voudraient imposer, tire l’une de ses plus grandes forces de sa capacité à féconder des relations oublieuses des particularismes et des chapelles. La beauté de la pratique artistique tient surtout à ce qu’elle suscite en chacun. Elle permet des rencontres poétiques inattendues. (L’exposition que le très parisien Pompidolium consacre cet automne à René Magritte en affirme la preuve, éclatante.)

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Non seulement photo, peinture, aquarelle, écriture, vont se trouver réunies, mais aussi la vidéo, puisqu’une ancienne élève d’un lycée des quartiers nord de Marseille, désormais étudiante, va présenter le film qu’elle a réalisé autour des acteurs de l’exposition. Elle propose au spectateur une confrontation privilégiée entre les propos tenus et les œuvres présentées.

Des étudiants en BTS sont conviés par l’un de leurs professeurs à réaliser l’ensemble des cartels. Là aussi le vagabondage fertilise.

Il s’agit clairement de déplacer les regards, de les rendre mobiles, de favoriser des analogies en prenant appui sur l’inaccoutumé.

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Les trois artistes accueillis par la Galerie Art Est Ouest pratiquent un aller-retour permanent entre art et littérature. Ils s’inscrivent dans une vaste lignée remontant au Moyen-âge gothique où le mélange peinture écriture est courant.

Plus près de nous, Proust, Zola, Rilke, conversent avec les œuvres, tandis que Victor Hugo s’affirme excellent dessinateur, qu’Antonin Artaud évolue sans cesse d’un domaine à l’autre, que Raymond Queneau réalise gouaches et aquarelles, et que Picasso se fait à l’occasion auteur dramatique.

Les frontières sont souvent fluctuantes entre peinture et écriture, et fort nombreuses les analogies langagières, en tous cas.

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Deux rencontres avec le public (dates non encore arrêtées) ponctueront l’exposition :

- un débat : Écrire pour affûter le regard ;

- une réflexion - Montrer une œuvre d’art - en présence d’étudiants en BTS et de l’un de leurs professeurs (Lycée Saint-Exupéry, Marseille).

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Comme on dit dans les milieux branchés Save the date, autrement exprimé A vos agendas ! C’est pour novembre.

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[1] Galerie Art Est-Ouest - 22 cours Franklin Roosevelt – 13001 Marseille, à une portée d’arquebuse de l’Église des Réformés. Exposition « Vagabonder l’Art », 8-26 novembre 2016.

[2] Carambolages, sous la direction de Jean-Hubert Martin, livre-objet, Réunion des Musées Nationaux, 2016.

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commentaires

Jean Klépal 01/10/2016 16:58

Il me semble qu'on est déjà arrivé à cette extrémité de ne rien montrer pour mieux affirmer l'intention profonde de l'artiste (le white cube...). Si l'écrit ne sert qu'à afficher des intentions ou un mode d'emploi, il s'apparente à une logorrhée dénuée de tout intérêt. Vacuité, quand tu nous tiens.

Marie Monguet 01/10/2016 15:52

Il est évident que chacun de nous est "une multitude", que l'être humain, par définition contrairement au robot, est "inétiquetable", inclassable, indéfinissable.
Mais que penses-tu des oeuvres actuelles qui nécessitent une explication et pourrait donc se limiter à afficher l'intention de l'auteur, voire, le mode d'emploi à la place de l'oeuvre ? A ce soir, peut-être.
Amitié

Huard 22/09/2016 13:28

Très bon texticule !!!

luc rouault 22/09/2016 10:36

Bravo, Jean! Là, dans l'ouverture poetique au monde, tu excelles!
Merci.