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27 décembre 2016 2 27 /12 /décembre /2016 12:41

La ritualisation durable du vide, ou de l’affectation, a évidemment de quoi confondre. Il en va de même de l’indigence prétentieuse et agressive des illuminations communales, dérisoires barrières au délabrement social, onéreuses obscénités dispensant de tout effort de pensée, de toute action marquante.

Fin décembre 2013, je publiais un texte d’humeur. Légèrement remanié, il demeure aujourd’hui.

Chaque année à la même époque se reproduit la comédie des vœux lancés à la volée, aussi gratuits que dénués d’intérêt.

Il fut un temps, celui de mon enfance et de ma jeunesse, j’y souscrivais avec application, avec plaisir même. Les papeteries, quelques librairies, regorgeaient de propositions. Choisir des cartes particulières, parfois insolites, composer le texte ad hoc, souvent parfaitement insipide, choisir les destinataires en évitant d’en omettre, procéder aux expéditions, constituaient une occupation singulière. Il s’agissait souvent de se rappeler à quelqu’un que l’on n’avait pas vu l’année écoulée et que ne l’on ne verrait sans doute pas avant longtemps.

 

Avant que les cartes ne devinssent d’usage, il convenait de visiter les personnes concernées. Les cartes de vœux permirent à la fois de se dispenser des visites traditionnelles, comme de l’entretien de relations purement formelles. Elles établirent peu à peu un geste en passant, n’engageant à rien, ménageant toutefois les susceptibilités supposées.

Les correspondants anglophones tiraient en général les premiers, l’usage voulait qu’ils envoyassent des Christmas cards ou des Season greetings que nous recevions avec joie et curiosité peu avant Noël. Je me souviens des guirlandes décoratives que nous composions avec elles. Leur nombre constituait un enjeu.

Pour nous, la coutume était plutôt des Cartes de Nouvel An, à expédier juste après Noël, en veillant à ne surtout pas dépasser la première quinzaine de janvier.

 

Longtemps l’usage s’est perpétué de disposer à la vue des familiers les cartes reçues. Un plateau de commode, un coin de bureau, un manteau de cheminée, constituaient des lieux appropriés à l’exposition. La fierté se nourrissait de la quantité et de la variété disposées.

La formule postale s’est progressivement tarie. Internet y est pour beaucoup avec sa faculté de se substituer au courrier traditionnel, qu’il bouleverse en le renouvelant.

Cet épuisement va sans doute de pair avec une prise de conscience de la vanité de ces échanges ritualisés, souvent aussi creux que banals : le bonheur, la santé, la réussite, « l’inversion » de la courbe du chômage, le « retour de la croissance », et autres fadaises …

 

Autant échanger des cierges auto-inflammables.

Sanctus, sanctus... Credo ergo sum...

Que la tradition se perde n’est sans doute pas un mal en soi, pour autant qu’elle cède à une vérité, à une authenticité, et à une permanence de relations appréciées et régulièrement entretenues.

Laissons aux officiels et aux candidats de tous poils dont c'est le métier le soin de parler pour ne rien dire.

Cadeau respectueux du silence.

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Published by Blogue-note de Jean Klépal - dans Rituels Tradition Langage Relations sociales
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capron 06/01/2017 19:23

Meilleurs voeux de santé tout de même.Pour le reste .....débrouille toi
Pierre

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