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22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 09:00

 

 

Latin : Timor – oris, la crainte. Timere, craindre.

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“Elle voit l’évidence, et c’est pourquoi elle est folle.” (Le cardinal Cisneros à propos de la Reine Jeanne la Folle, in Le cardinal d’Espagne, Henry de Montherlant).

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La quantité ne constituant nullement un but en soi, ce blogue connait une audience convenable car régulière et fidèle.   

L’important est surtout de rencontrer de-ci de-là quelques lecteurs attentifs, c’est à dire consentant l’effort de lire un texte dans son entier, et non pas adeptes de l’arrêt sur un mot ou à une expression pour vitupérer vite fait un tout non pris en compte.

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Je ne prétends pas détenir quelque vérité, ceci dit j’aime lancer des propositions, parfois hardies, comme on jette un caillou à l’eau pour apprécier le léger remous suscité. Un geste pour  déclencher un effet, pour distraire le masque de l’uniformité apparente, pour tenter de modifier un peu le paysage, ne serait-ce que temporairement.

« Il reste toujours une trace de la chose effacée. »

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Des assentiments sont parfois formulés, plaisir instantané mais peu susceptible de développement, voire d’enrichissement du propos. Une sorte d’accusé de réception, fort utile en tant que tel, car encourageant.

Le texte a cheminé, il a provoqué quelque écho, des lecteurs sans doute désireux de se l’approprier lui consacrent un peu de leur temps. Peut-être certains relaieront-ils. Ce n’est déjà pas si mal. Faire circuler la parole est une action nécessaire à la conduite de la pensée.

Le lecteur attentif, sérieux, existe donc bel et bien. Il est aux aguets, sa vigilance commande une rigueur. C’est à lui que je m’adresse d’abord. Il justifie de poursuivre.

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Se présentent aussi des commentaires critiques.

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Lorsqu’ils sont étayés et argumentés, ce sont évidemment les plus enrichissants. Ils permettent de revenir, de réfléchir, d’avancer, de préciser.

Vertu incomparable du dialogue et de l’écoute attentive, c’est-à-dire respectueuse des différences. Seul moyen d’envisager de parvenir à un terrain d’entente, ce qui suppose une part de doute intime, admise et reconnue par chacun des interlocuteurs pour ce qui le concerne.

Je crois que... Je suis persuadé de... Je sais que..., oui, mais jusqu’au point limite de mes certitudes, dans lesquelles j’admets une zone de fragilité. C’est là que le dialogue progresse.

Place pour des ajustements, des mises au point, des réflexions complémentaires, propres à faire avancer l’un comme l’autre.

Situation idéale car vraiment porteuse.

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Il advient aussi que les critiques s’apparentent à des pétitions de principe. Des affirmations dénuées de nuances, intempestives, péremptoires, parfois agressives, formulées comme des rejets primaires, sans appel possible.

Aucune argumentation sérieuse, des exclamations, des indignations, des oukases, des procès d’intention. Une ignorance délibérée des faits gênants. Il s’agit en général moins de dogmatisme que d’aveuglement volontaire, de refus d’envisager un point de vue différent de l’accoutumé, d’un évitement de l’émergence d’une pensée critique. Quelque chose d’assez pathétique.

Ce type de critique porte en lui-même son inutile insignifiance.

Il apparait souvent avec clarté que le lecteur-proférateur, sans doute limité par un incontournable a priori, achoppe sur un terme, une expression, lu en toute hâte. La lecture rapide, en diagonale, le caractérise volontiers. Se déclenche immédiatement chez lui une allergie totale à l’attention et à la réflexion. Le réflexe pavlovien fonctionne à plein. Le stimulus engendre la hargne, obère la réflexion.

Il me semble avoir souvent à faire dans ce cas à quelque esprit timoré pour lequel toute proposition sortant de son cadre de références habituelles entraîne un véritable désarroi, sinon une crainte majeure dont il convient de se débarrasser au plus vite. La présentation tranquille de faits indiscutables ne parvient qu’à redoubler l’effroi.

Reconnaitre l’existence opératoire de ce que l’on redoute d’entendre pourrait à l’évidence mettre à bas le fragile édifice des croyances, donc les fondements d’une existence. Il s’agit presque d’un sauve qui peut. La rigidité de pensée s’érige en bouclier protecteur.

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Quoi faire de cela ? Il est peu de parade lorsque la passion l’emporte. Le temps du silence advient peut-être, en aucun cas la réplique immédiate. La polémique rôde, prête à épandre sa stérilité.

Alors que l’inefficacité de la démarche est inscrite dans la cristallisation mentale initiale, à quoi bon répondre ?

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Nous baignons depuis des décennies dans un monde anxiogène où l’entretien de la peur est un souverain moteur. L’alarmisme se présente comme une arme décisive aux mains des principaux responsables politiques. Il s’agit presque d’une castration chimique. Peur du lendemain, peur de l’autre, peur de l’inconnu, mise en place de mesures de sécurité à n’en plus finir, révélations souvent mensongères...

« Après moi, le chaos », affirmation qui ne date pas d’hier.

La peur du bouleversement du mode de pensée et surtout de la perception de l’existant fonctionne à plein régime. Le déni de la réalité est solidement établi.

Les choses, les faits, les événements, sont appréhendés, mais jamais pour ce qu’ils sont en réalité. Il arrive même qu’ils aient tort au regard des confortables certitudes accumulées.

Lorsque la réalité dérange trop, elle est tout simplement ignorée ou interprétée, minorée, dans un sens apaisant.

L’aveuglement choisi est un puissant mécanisme de défense. Il se traduit par la censure pure et simple ou bien par une conduite de détour consistant à affirmer que les choses sont plus complexes qu’il n’y parait, qu’aujourd’hui est très différent d’hier, que toute comparaison est impossible, etc.

La mise en question de l’honnêteté intellectuelle ou morale de celui qui affirme des choses dérangeantes intervient fréquemment. Délégitimer l’émetteur permet de réduire à néant l’objet du propos. Ce qui revient à planter des aiguilles dans une poupée pour conjurer le sort.

Politique de l’autruche.

Libre à chacun de s’enfouir la tête dans le sable du refus et de l’ignorance salvatrice. Mais alors n’attendre que de l’indifférence, en retour.

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Rien de surprenant dans tout cela. Reportons-nous une fois de plus à La Boétie et à son Discours de la servitude volontaire (rédigé en 1546/48) :

« Les hommes nés sous le joug, puis nourris et élevés dans la servitude, sans regarder plus avant, se contentent de vivre comme ils sont nés et ne pensent point avoir d’autres biens ni d’autres droits que ceux qu’ils ont trouvés ; ils prennent pour leur état de nature l’état de leur naissance. »

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Malgré la lassitude, poursuivons et développons le dialogue avec tous ceux qui nourrissent une réelle curiosité d’esprit associée à une part de doute propre à les préserver de la cécité angélique si appauvrissante !

 

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commentaires

capron 23/01/2017 19:26

Toujours un régal de te lire, même si je ne pose pas de com'. à chaque chronique.
Bien à toi