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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 08:39

Il s’agit d’un carnet ouvert  en 1983, des textes, des dessins, continué, abandonné, poursuivi jusqu’en 1992, un jour intitulé Sottises, en référence aux soties d’antan. 

Vertu particulière des Carnets auxquels il est essentiel de se confier. Témoins, jalons, mémoire prête à jaillir, vieilles malles abondantes des greniers de la vie. Souvenirs sans lesquels aucune approche réelle de soi n’est possible, ils sont notre humus.

Sans humus, le présent n’est qu’un décor, les Villes nouvelles en témoignent.

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Etrange permanence des propos picorés au hasard des pages, citations, remarques, départs de pistes :

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- L’infaillible façon de tuer un homme, c’est de le payer pour être chômeur (Félix Leclerc, chanteur compositeur québécois). (1983)

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- Ce qui est inscrit dans l’esprit des hommes est plus difficile à changer que ce qui n’est inscrit que dans la matière (Thierry Gaudin).

- L’inquisition comme technologie de contrôle social est un crime métaphysique. Le crime métaphysique touche aux fondements mêmes de la société, il se reproduit à travers l’histoire. Le crime de droit commun reste singulier dans le temps et dans l’espace (Thierry Gaudin).

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- Si l’on pense trop, c’est que l’on pense mal, si l’on pense mal, c’est que l’on ne pense pas (J-P Sartre, 1960, conférence à l’Ecole Polytechnique).

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- L’histoire est le dernier mythe des sociétés modernes. C’est une manipulation arbitraire pour inventer (arranger) une vision globale de l’univers (d’après Lévy Strauss).

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- Il n’y a plus d’autre système de gouvernement viable que celui de la cure générale de sommeil (Philippe Muray).

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- Qui sème des églises pendant des siècles finit, inévitablement, par placer des vases avec des fleurs en plastique sur les frigos (Antonio Lobo Antunes, « Le cul de Judas »).

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- Discerner l’éternel dans la patience du quotidien (Jean Vautrin, « Un grand pas vers le Bon Dieu »).

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- Se méfier des prévisions, surtout quand elles concernent l’avenir (Proverbe anglais).

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- Je ne conçois l’hexagone qu’inscrit dans la sphère (Paul Morand).

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- Ici vit un homme libre, personne ne le sert (Albert Camus).

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- Planter un clou, c’est déjà imiter quelqu’un (José Artur).

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- Les preuves fatiguent la vérité (Georges Braque).

- L’artiste a quelque chose à avouer (marchand de tapis, souk de Marrakech, 1988).

- L’exactitude n’est pas la vérité (Henri Matisse).

- Parmi les grandes découvertes artistiques contemporaines la plus astucieuse est l’invention de l’inventé (Pol Bury, « Bouvard et Pécuchet précurseurs des avant-gardes »).

- Tout sert pour faire des tableaux, aussi les tableaux des autres (Enrico Baj, peintre et sculpteur).

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- La notion de culture s’est avilie au point de n’être plus qu’une variété dégénérée de la communication (Jean Clair, « Paradoxe sur le conservateur »).

- Paris donne le silence à la France (visiteur italien, 1992).

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- C’est parce qu’il fabrique de l’ombre que j’aime le soleil.

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- Venise : ici la folie des hommes a engendré la beauté. Venise n’est pas à voir, mais à recevoir.

- Venise : cette fantastique mosaïque hétérogène compose un ensemble tellement harmonieux. A quelques siècles de distance, New-York lui répond. (1987)

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- Se faire à soi-même le cadeau de sa vie. (1987)

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- Passé, opinions, croyances, établissent le bilan de ce que nous sommes. (1989)

- Le désert c’est la richesse absolue. (1989)

- Aller à son rythme, hors des sentiers battus, là où tout commence et jamais ne finit.

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- L’époque vidéo-chrétienne, ou la vie cathodique illustrée. (1987)

- L’incommunicabilité est un concept né de la société de communication.

- Rasoirs jetables, produits jetables, allant de soi, idées toutes faites, pensée jetable. (1989)

- L’envie de parler ne supplée jamais l’absence de pensée.

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- Assumer un rôle social, une œuvre de fiction.

- Se dire expert et se prononcer au nom de son expertise, c’est admettre que l’on a cessé de penser.

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- La vie donne tout juste le temps de s’installer dans le provisoire.

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- Politique, le mensonge social absolu.

- D’où qu’ils soient, les hommes politiques se disculpent. Le pays va mal. (1991)

- Quand l’homme désespère l’homme, la voie est ouverte à tous les faux-semblants. (1990)

- La bourgeoisie a inventé l’hypocrisie au 18e siècle, puis l’hygiène, au 19e.

- Le pouvoir socialiste sera comptable à jamais d’avoir coupé les ailes à toute ambition. D’avoir sapé la part de rêve. D’avoir anéanti la possibilité de toute utopie. D’avoir tout rabaissé, banalisé, rendu médiocre, quotidien, inintéressant. D’avoir éradiqué toute possibilité de croyance. Après lui, avec lui, plus rien n’est désormais crédible (1991).

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- Les réponses abondent, quelles nouvelles questions se poser ? (1990)

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- Croire, c’est admettre l’ignorance comme la seule possibilité de certitude.

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- Mode et modernité sont contraires. La mode est consommation et fuite en avant. La modernité est présence sereine au monde contemporain.

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- Le romantisme de Picasso, le classicisme de Mondrian.

- Velásquez, Les Ménines ! Comment oser s’occuper, parler, de peinture après cela ?

La fonction idéalisante de la peinture, jusqu’à Velásquez, qui a cherché à capter le spontané de la vision. Qui, donc, a dû inventer une nouvelle peinture : technique du brossage non lissé, du détail non rigoureusement figuré, mais suggéré par un jeu d’ombres, de lumières, de taches colorées. (1989)

- Comparaison entre les volutes de chair chez Rubens, et les périodes oratoires ultérieures de Bossuet.

- L’art contemporain ne représente pas quelque chose. L’œuvre se présente dans une opacité réflexive : la vitre n’est plus transparente, elle s’offre elle-même au regard.

L’art contemporain comme expérimentation très étendue de l’opacité de l’œuvre d’art.

- L’œuvre se construit activement à partir de la vérification de souvenirs ou d’images mentales. Vrai pour l’artiste, comme pour l’amateur, qui re-connait une œuvre comme artistique ou simplement documentaire.

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- L’anecdote tue tout. (1990)

- L’actualité présente de moins en moins d’intérêt.

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- Le sens est toujours lié au contexte : « l’addition pour le 2 », « on va rendre visite à l’ulcère du second »... les images artistiques soclent et précisent ce que nous sommes, là où nous sommes.

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- En se peignant lui-même sur la toile, le peintre ajoute à sa vision des choses ce que les choses croient de lui. Il peint ainsi une vision totale constamment recherchée (Velásquez, Rembrandt, Courbet, Picasso...)

- Sans souvenirs, pas d’imagination.

- L’image ne tire pas sa valeur de la perfection de la ressemblance, mais de l’efficacité qui lui est reconnue dans un contexte donné. Valeur des effigies, des symboles, des formules magiques. Si l’image est parfaite, c’est que son efficacité le commande. Un schéma peut suffire. Le pouvoir des images est tel que parfois elles sont incomplètes (Egypte ancienne), de manière à leur interdire toute vie autonome.

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- Parfois, ce qui se vend ce n’est pas l’œuvre, mais son prix.

- Le pouvoir d’intimidation et d’illusion de l’art actuel.

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- L‘art comme effort conscient – et patient – pour ne pas donner son consentement à l’ordre du monde, pour ne pas se résigner à la passivité intellectuelle et morale.

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- La réalité c’est le flou, l’apparence. Ainsi le réalisme s’oppose au vérisme, qui tend à décrire ce que l’on sait et non pas ce que l’on perçoit.

La précision d’un fait ou d’un personnage ne peut être que légendaire.

- Le tableau s’offre immédiatement au regard. Cette immédiateté de la peinture la rend hermétique. Entièrement présent d’un coup, le tableau peut laisser croire qu’il n’est rien d’autre.

Voilà pourquoi on n’en a jamais fini avec la peinture.

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- L’œil et le pinceau de Franz Halls broutent le sujet. Son irrespect technique bouscule le formalisme vériste. Il annonce une liberté tard venue.

- A la Défense, des sculptures entre la tour Coface et le Sofitel, Bernard Venet etc.

C’est froid, c’est voulu, c’est bien élevé. Même le végétal est aseptisé, irréel, non crédible.

C’est comme du persil dans les naseaux de la tête de veau. Ça ne sert qu’à souligner l’absence d’âme.

Calder et Miró sur la grande dalle, c’est autre chose. Ce sont des provocations toniques, qui jurent et qui pètent.

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- La culture, une manière d’être au monde : conservation fétichiste du passé ; kaléidoscope mental ; encyclopédisme sauvage ; etc.

- Sous prétexte de rendre le passé accessible à tout le monde, on le profane en le banalisant.

 

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commentaires

SAGAULT 15/03/2017 17:03

Merci pour ce kaléidoscope mémoriel.
Tout change sans cesse, pour mieux retrouver l'essentiel sous toutes les formes où il s'incarne.
"Sans souvenirs, pas d'imagination", dis-tu. C'et la clef de l'improvisation : pas de fleurs ni de fruits sans racines.
L'agitation contemporaine si semblable à celle du malheureux qui, tombant d'un gratte-ciel brasse l'air dans l'espoir de se mettre à voler, je me demande si elle n'est pas la suite logique de notre obsession de ce que nous croyons être le « présent », fantasme insaisissable, dont dans notre frénésie de consommation nous avons oublié qu'il n'advient à chaque instant que par la présence d'un passé assumé et d'un futur projeté. Qui ne vit qu'au présent est un mort-vivant. La vraie vie, c'est la présence, permanente renaissance du présent perpétuel.