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30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 16:23

Jean-Jacques Ceccarelli, artiste patient et opiniâtre, aussi exigeant que généreux, aux propos toujours vivifiants, une figure incontournable de l’art actuel bien au-delà de son Marseille natal, vient de rendre les armes, vaincu par un crabe qui le tourmentait depuis un long moment.

La nouvelle était attendue, comme toujours, elle prend au dépourvu.

J’ai eu la chance de le rencontrer il y a plusieurs décennies. J’ai eu la chance d’exposer son travail, et même de créer avec lui une œuvre un peu secrète. Il me semble qu’il m’a accordé de l’amitié et qu’il a manifesté quelque intérêt à nos échanges. Il n’était pas homme à feindre.

Comment lui rendre hommage alors que nous sommes très nombreux à lui adresser bientôt un ultime adieu ?

L’idée m’est venue de reprendre quelques-unes des notes écrites à l’occasion de nos rencontres, comme la trace d’une conversation informelle.

Diverses périodes de son travail sont évoquées.

- 1 -

Ne partant jamais d’une idée préconçue, l’artiste s’applique à des séries dont le cours du temps constitue la matière principale.

Il part d’un premier geste, observe et constate ce qu’il advient. Il s’efforce alors d’accompagner le surgissement en cherchant un équilibre parfois très instable. Les formes se groupent, s’articulent, s’enlacent, se modifient selon leur gré. Le dessin se constitue en un en-cours permanent, comme un journal intime auquel chaque jour apporte son épisode.

Lorsqu’un format parait abouti, il convient de poursuivre sans délais, dans la continuité immédiate. L’artiste se fait ainsi témoin permanent de son propre travail. Ses dessins jouissent d’une forte autonomie, ils vivent une vie bien à eux. La minutieuse progression qui les relie rend toujours saisissant l’ensemble.

L’immuable écoulement des instants s’écrit sans discontinuer, il se prolonge, il se développe. De curieuses chorégraphies immobiles s’organisent (le mouvement n’est pas trop ce qui l’intéresse), des glissements graduels s’imposent en un jeu thématique dont l’existence procède de la capture d’éléments qui s’engendrent mutuellement. Le dessin d’origine est peu à peu altéré, comme absorbé par son devenir : il rencontre et provoque des identités variables par le jeu d’enfouissements, de disparitions, de transparences veloutées ou d’interventions multiples.

Progressivement, de la pensée, du silence, du labeur, apparaissent pour qui s’attache à considérer ces suites de travaux. L’indécis, l’évanescent, l’entre-deux prennent sens, une sorte de fondu enchainé permanent se manifeste.

Une même écriture se développe ainsi d’années en années avec une saisissante cohérence. L’œil s’empare de la main pour lui indiquer à partir de quoi elle peut rebondir. L’attention se fixe sur des détails et des complémentarités, initiateurs possibles d’histoires nouvelles à laisser venir.

Ceccarelli exige de lui-même comme de l’autre. Souvent impitoyable, parfois redoutable, son propos est toujours vivifiant, parce que juste.

Il prolonge parfois son travail par la réalisation de livres hors normes, exemplaires uniques ou très peu nombreux.

Il réalise également de curieux objets indéfinis, des boites magiques ou de mini totems, à partir d’éléments glanés au hasard de cueillettes urbaines. Etranges cadeaux qu’il aime à offrir.

Il s’est aussi essayé à l’art de la céramique en compagnie de spécialistes de Moustier.

Sa correspondance privée est toujours véhiculée par de très délicates cartes postales qu’il confectionne à partir de macules, et adresse régulièrement à quelques heureux destinataires.

- 2 -

L’application de Jean-Jacques Ceccarelli possède quelque chose de monacal. Elle est lentement attachée à la poursuite acharnée d’un travail de découverte progressive de ce qu’il se présente, à mesure que celui-ci se développe. Elle fait penser à la quête d’excellence comme à la patience des moines copistes. Le support employé est à peu près toujours le même, un papier pur chiffon découpé selon deux ou trois formats invariants auxquels sont proposés selon les périodes, de la gouache, des collages, du brou de noix, des jus de rouille, des transferts, des frottages ou des poussières de pastels, ainsi que de la durée.

- 3 -

Dans son atelier de la rue Estelle, Ceccarelli poursuit un travail opiniâtre de guetteur de formes.

Au fil des années, il fixe sur de grands formats de papier l’évolution patiente de ce qu’il lui apparaît. La continuité assidue de sa démarche saisit. Il y a beaucoup d’acharnement là-dedans. Après une longue période où des flaques plus ou moins orientées déterminaient ce qu’il devait advenir, des formes humanoïdes, vagues pantins plus ou moins colorés et hachurés, se présentent depuis plus d’une année.

Jean-Jacques ne part jamais d’une idée préconçue. Il pose un premier geste et constate ce qu’il se passe, qu’il s’efforce d’accompagner, en équilibre instable. Les formes se groupent, s’articulent, se modifient indépendamment de l’artiste, semble-t-il. Sa seule contrainte est celle du format d’accueil, toujours identique. Son dessin est comparable à l’écriture quotidienne d’un journal de bord. Il sait qu’il doit chaque jour ajouter un nouvel épisode, mais il ignore totalement de quoi il s’agira. Il se contente d’accepter et de recueillir. Lorsque le format lui semble abouti, il arrête et entame le suivant, dans la continuité immédiate. Il se constitue ainsi comme témoin de son propre travail, ses dessins jouissent d’une réelle autonomie.

- 4 -

Les formes qui viennent en ce moment s’apparentent plutôt aux silhouettes des danses macabres, celle de La Chaise Dieu en particulier, allure générale et comportements. Voilà bien des années, il dessina des séries de gisants, qui semblent aujourd’hui réapparaitre avec un aspect plus leste cette fois. L’humour y trouve une place. Si le mouvement devait s’inscrire, il ne serait lisible que dans la relation des planches successives, sortes de plans séquences. Son attention se fixe plutôt sur des détails et des complémentarités, possibles initiateurs d’histoires nouvelles à saisir, à laisser venir.

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Nous sommes nombreux, Jean-Jacques, honorés de ton estime, à apprécier ton talent, ton intelligence, et ton exemple de rigueur cohérente.

Adieu et Merci !

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Published by Blogue-note de Jean Klépal - dans Jean-Jacques Ceccarelli artiste
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commentaires

Micheline 30/04/2017 18:09

Cher Jean, Tous les jours, de mon ordi, mon regard se pose sur le tableau de 1989 de Ceccarelli, Le Noêl de Figaro. Nous l'avions acquis en 1992 si ma mémoire est bonne. J'y suis très attachée
Le mouvement et le concentré d'énergie qui se dégage comme une force contenue mais prête à quitter son cadre m'apporte chaque jour un nouvel élément. L'artiste laisse une oeuvre, et les amis perdent un ami. Je pense bien à lui, mais à toi aussi, en ce moment.