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22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 18:54

Comme d’autres, j’ai vécu le temps de la campagne présidentielle avec un intérêt croissant, allant de l’indifférence totale à une décision de vote clairement assumée au nom d’une fidélité à ce que j’estime essentiel.

Cela après bien des hésitations, voire un réel désarroi débouchant sur un malaise profond ne correspondant à aucun souvenir de situation analogue.

Cette période fut empreinte d’invraisemblables péripéties survenant à jet presque continu. De révélations en dénégations, de mensonges en confirmations, de postures éphémères en lâchages spectaculaires, de faux-semblants en dissimulations honteuses, d’évitements en oublis, l’arsenal complet des vilénies fut étalé sur la place publique.

De très nombreuses décisions d’abstention proviennent sans nul doute d’un écœurement généralisé. Peu à peu une angoisse collective s’est diffusée puis installée, au bénéfice de pressions de tous bords. La raison s’est mise à vaciller, cédant le pas à des comportements de panique. Nous nous trouvions dans une situation d’urgence face à un péril majeur. L’entretien de la peur mené de main de maître pendant plusieurs années rencontrait un champ d’application inespéré.

Des images inattendues du passé me sont apparues lors de ces semaines si chargées. Troublé par leur survenance les évocations dont elles sont porteuses me paraissent suffisamment fortes pour en faire état. Il ne saurait toutefois être question de songer à les présenter comme des analogies probables. Cela serait abusif. Le seul fait qui puisse importer tient au moment de leur résurgence ; les associations d’idées ne se forment pas par pur hasard.

Au lecteur de décider de leur éventuel degré de pertinence, ou de les ignorer.

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Juin 40 : En provenance de Blois, nous étions parvenus aux rives de l’Adour ma mère et moi, après quelques vicissitudes fort peu originales au moment.

Bien qu’enfant alors, je me souviens de la demande d’armistice par un pouvoir aux abois.

Il s’agissait d’une reddition et d’une soumission aux conséquences d’une absence totale de maitrise des situations antérieures. Le Front populaire balayé par ses adversaires, miné par ses dissensions, avait échoué. Après de nombreuses rodomontades les responsables du désastre prétendaient sauver la mise en abandonnant la lutte. Une honte rageuse et apeurée se mêlait à un profond sentiment d’impuissance. Pétain faisant don de sa personne à la France (sic) était l’homme providentiel dont le pays défait avait besoin. S’en remettre à lui allait de soi pour le plus grand nombre. Il fallait un chef vénérable à une nation atterrée. Ce fut ma première rencontre, marquante, avec la notion d’homme providentiel...

1940 – 1944 : Face à l’inéluctable une politique de collaboration s’exerça sans aucune vergogne. Il s’agissait de tenter de sauver le peu qui pouvait l’être. La recherche et l’entretien d’un moindre mal en quelque sorte. Eviter le pire ! Ce qui revenait à admettre la servitude, voire à l’entretenir et à la favoriser.

Les exigences croissantes de l’occupant ne fortifièrent que très progressivement la résistance, très minoritaire au départ. La répression eut loisir de se mettre en place et d’exercer sa violence.

Août 1944 : Libération, chasse aux collabos, recherche de boucs émissaires et justice expéditive, révélation  de résistants de la dernière minute.

Ces souvenirs imagés se sont présentés par bouffées d’autant plus surprenantes qu’inattendues, entre les deux tours de l’élection présidentielle.

Le tout sur la toile de fond d’un échec cuisant de la pseudo gauche dénaturée depuis des décennies ; naguère si bien illustrée par Guy Mollet.

2017 : Cette soi-disant gauche a échoué, sinon trahi les causes qu’elle prétend défendre depuis des lustres. Elle est en miettes. Lassitude, fatalisme, perte de repères, absence de projet réel, la caractérisent. Elle tente maladroitement de faire pression, de développer une  propagande en faveur du moindre mal.

Ses tentatives de résistance et de regroupements tournent à vide, comme son discours.

Une partie de ses représentants se réjouit à nouveau de l’élection d’un « homme neuf ». Certains   vont même jusqu’à défendre la constitution d’un gouvernement de compromis, ce qui somme toute n’est pas très loin de la collaboration d’antan et du gouvernement pétainiste d’union nationale.

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L’audition très récente des « Chants des guerres que j’ai vues », composés par Heiner Goebbels sur des textes de Gertrude Stein écrits en 1942-43, vient de réactiver cette impression de déjà-vu fortement éprouvée au cours des toutes dernières semaines.

Ces chants ont fait surgir des impressions de soirées glauques, lourdes de craintes ; celles de l’occupation. L’attention à tout bruit suspect propre aux temps feutrés de l’inquiétude, de l’insécurité, et du mensonge.

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Poursuite de l’Etat d’urgence, gouvernement par ordonnances, célébration appuyée des forces armées, jeunesse du Chef, carrière foudroyante... Vite un manuel d’Histoire, y aurait-il quelque précédent à examiner de plus près ? Oui, c’est entendu, l’Histoire ne se répète jamais à l’identique...

Braves gens, dormez en paix.

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commentaires

Alain Sagault 23/05/2017 09:21

Entre deux maux, le pire est presque toujours de choisir le "moindre". Le plus gros ne peut guère que se dégonfler à l'usage, le plus petit (parce que le plus "neuf", laissez- nous rire de ces nouveautés surannées, pneus rechapés qu'on nous vend en effet au prix du neuf !) veut sa faire aussi gros que le bœuf et y parvient souvent !
S'abstenir peut et doit être un engagement, et ceux qui remplissent leur "devoir" en sentent bien le danger, qui dans certains cas résonne comme une claque sur leurs joues d'hypocrites, d'où sans doute leurs réactions furibondes…

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