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29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 16:33

(Cet article sera publié en deux fois ; en voici le début. La suite sous huitaine environ)

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Comment ne pas s’étonner de tout ce que l’on découvre en écoutant et en regardant autour de soi ?

Rien n’est évident, tout est surprenant. Comment ce qui EST se trouve-t-il possible ?

L’inimaginable en permanence au pas de la porte.

Comment parler de notre vie humaine, incompréhensible événement ? Pourquoi cette éphémère parenthèse ? Pourquoi Moi et pas un Autre ?

Quelle est cette si puissante illusion de Soi qui nous anime ?

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Le bonheur, fantasme absolu, germerait peut-être de l’inévitable survenue du malheur.

Alors attendre avec soumission une issue inévitable et l’accepter ?

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Chercher à trouver réponse coûte que coûte tient du défi, de la provocation, de la volonté de s’affirmer. Dans la plus aimable des hypothèses peut-être, d’un déni niaiseux.

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Sous une forme faussement simpliste, Allan Watts, philosophe de la côte ouest, pose les questions essentielles, dont celle de l’opérationnalité immédiate, la seule vraiment à notre portée :

Qui sommes-nous ?

D’où venons-nous ?

Où allons-nous ?

Qui va faire la vaisselle ?

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Il est un moment où surgit le besoin de tenir à distance ce qui retient, ce qui empêche la tranquillité, ce qui nourrit inquiétude, angoisses, colères, dépits et ressentiments.

Comment ne pas moquer les obligations issues des usages et des codes sociaux de l’hypocrite bienséance du respect de ce qui se fait, parce que cela se fait ?

Messieurs laissez pisser le mérinos... (Louis XIV, Galerie des glaces, Versailles ?)

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La sage et paisible certitude de ce qui doit arriver accompagne le détachement progressif des illusions mondaines généralement entretenues par la culture des apparences. Masques et bergamasques animent le carnaval des illusions. Parler de la vie, c’est nécessairement parler de la mort, qui en est partie « prenante ».

Chercher à pallier cette évidence revient au choix d’un refuge infantile.

La vie comme patient apprentissage de son interruption. Celle-ci est inscrite dès le premier vagissement, origine du compte à rebours.

Il ne peut s’agir que d’un épisode à parcourir du mieux possible, pour se préparer à le clore sans regret ni acharnement inutiles. Comme on quitte la table, une fois rassasié et satisfait. « Merci, c’est bien comme ça, j’ai eu suffisamment, le compte est bon. »

Tendre à tranquillement affronter l’ultime en étant au clair avec soi-même, voilà qui occupe toute une vie. Venu sans rien, l’idéal serait de s’en aller de même. De partir léger, allégé. Le light est parait-il moins nocif. Puisque la mort est le port ultime, autant s’y aventurer avec un bagage léger. Se charger ne peut rien éviter. Le surcroit est toujours retenu à la douane, en pure perte.

Se désentraver de soi n’est pas une mince affaire. Le risque est grand de se prendre les pieds dans la sournoiserie du tapis et de vouloir vainement s’accrocher à la tenture effondrée.

Montaigne, inégalable maitre de bon sens.

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Que vaut le souci de transmission au-delà du simple témoignage d’une manière d’être différent, loin d’une tentative de fixation d’un éventuel souvenir ?

Transmettre quoi que ce soit conserve-t-il un sens alors que tout se modifie désormais si vite ? L’abondance partout vantée et proposée clame la puissante vertu de la sobriété.

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Anerie de la notion d’important, qui n’est qu’accumulation d’accessoire par rapport à l’essentiel, seul digne d’interrogation.

Outre l’huile d’olive, quel est l’essentiel dans la ratatouille ? Sans huile d’olive peut-on toujours prétendre à une ratatouille ? Cela étant, la manière fera que ce sera ou non une « bonne » ratatouille. La manière dira ce qu’il est simplement important de ne pas oublier pour que les saveurs et les couleurs y soient.

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Transmettre autre chose que des savoirs indubitables et des savoir-faire solidement établis se justifie-t-il autrement que par un désir absurde de contribuer à l’entretien de l’illusion de la capacité de penser ?

Aujourd’hui existe un enjeu majeur, celui de la permanence d’un esprit critique. La lucidité connait un prix élevé, elle ne s’accommode pas de l’usage d’expédients aussi inutiles qu’inefficaces.

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Le maintien de l’idée d’un avenir possible réside, entre autres, dans la connaissance sauvegardée des origines. Une fois perdue la mémoire, l’espèce risquerait d’être ballotée par le flot des événements immédiats, dénuée de tout recul possible, livrée décérébrée à la barbarie renaissante, elle serait promise à sa perte inéluctable

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L’histoire de la philosophie est une fameuse pierre à fusil. Les thèmes essentiels ont été plantés dès l’antiquité. Ils n’ont donné lieu depuis qu’à des répétitions et variations horticoles : greffages, bouturages, marcottages, clonages même. Chercher à engendrer un système prétendu nouveau procède de l’illusion, de l’abus de pouvoir, ou de la vanité.

Attention aux OGM de la pensée, comme au brevetage de l’eau chaude.

Etre philosophe, c’est d’abord vivre en philosophie et non pas faire de la philosophie comme on fait la cuisine : un peu de ceci avec un peu de cela, et laisser mijoter à feu doux. Peut-il jamais s’agir d’autre chose que de mettre en accord actes et pensées ?

On  est d’abord philosophe pour soi. Les anciens savaient cela beaucoup mieux que nous.

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Tendre sinon vers le Rien, du moins vers le Peu.

Tendre vers cette neutralité bienveillante, issue de l’absence de raison sérieuse de pencher pour ceci plutôt que pour cela. Admettre les influences, les accepter pour ce qu’elles sont, souvent malencontreuses, mais inévitables. S’en tenir autant que possible à distance. En tout cas y veiller. Se méfier de l’empire des émotions, tout en sachant les savourer pour ce qu’elles apportent de fraîcheur spontanée, notamment dans le domaine artistique, viatique incomparable, indispensable au passage d’une rive à l’autre.

Fichu programme !

Comment atteindre ce minimum du Peu ? L’exercice est si difficile qu’il convient de s’y employer sans grande relâche.

L’indifférence, qui n’a pas grand-chose à voir avec le désintérêt, n’est nullement exclusive de rejets véhéments ou de réactions en forme de jets de vapeur. S’indigner procède d’une nécessité absolue, permet le maintien d’un équilibre, si dérisoire soit-il.

S’indigner comme respirer. Qui se ferait une gloire de respirer ?

Le monde va si mal qu’il convient de pester, sachant que cela ne sert qu’à libérer des humeurs malignes. Nécessaire homéostasie.

L’indifférence nous permet sans doute de supporter le poids de ce qui nous dépasse. Elle nous garderait du donquichottisme.

Tout accepter, pour autant ?

Tout, sauf l’inacceptable, c’est-à-dire ce qui met en cause notre nature profonde.

Notre moi biologique connait parfaitement cette exclusive. Il lutte en permanence contre tout intrus mettant son intégrité en péril.

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Insupportable la prétention à vouloir dominer.

Combien faut-il être stupide pour vouloir l’emporter à tous les coups.

Se prétendre maître et possesseur d’autre chose que de soi-même est ridicule, sinon intolérable.

Aspirer à devenir maître et possesseur de soi constitue déjà un immense défi.

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Descartes, et l’interprétation qu’on en a faite, nous égare. Le chantier n’est jamais clos. Pas question de retraite anticipée, ici, ni de maison de repos autre qu’éternel. En attendant, poursuivre le débat parce qu’on ne peut pas raisonnablement l’éluder.

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Descartes inutile et incertain ( ?)

L’homme n’est pas c qu’il est, il est ce qu’il se fait ( ?)

Si l’homme n’est ni ange, ni bête, qu’est-il alors ?

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Jésus n’a pas ri sur la croix, parait-il. Sans doute eut-il mieux fait.

Cette abstention justifie-t-elle de s’interdire la joie, de rechercher la mortification, et de se sentir coupable d’exister en raison d’un péché originel ?

Pour ce que rire est le propre de l’homme.

Rire, s’esclaffer, humaine condition, absolue, nécessaire.

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Malgré d’innombrables progrès matériels, le monde va si mal depuis si longtemps, qu’il apparait vain de vouloir en changer le cours. Mais l’utopie...

Et pourtant elle tourne.

De nos jours beaucoup de hâte pour l’irrémédiable. Non contents de s’attaquer à eux-mêmes en d’interminables guerres fratricides où les monothéismes servent de poudre à canon, les hommes s’attaquent à la planète.

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La rencontre comme antidote possible ? Trinquer du mot pourrait fertiliser à peu de fais l’indispensable utopie. Capacité de la parole, si puissante que souvent elle effraie.

Pouvoir de négation et opposition non violente, les partager, font plus que force ni que rage.

Sancho Pança, Leporello, Sganarelle, champions d’évidences.

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Vanité absolue de la quête de marques de réussite. Les galons n’ont jamais fondé l’autorité réelle. Pas plus que le chromes ne font la qualité de la voiture, ni les parures la beauté ou la générosité.

A quoi bon les colifichets sociaux ?

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(à suivre)

 

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commentaires

Blogue-note de Jean Klépal 02/07/2017 12:23

Quelle salve inattendue d'évocations et de références !
Merci.

Arnaud FORGERON 02/07/2017 11:21

Bonjour,

Même Zarathustra redescend des cîmes où son aigle tournoie dans l'ascension des mondes.

*

remontée

prendre conscience

faire acte
de remonter

bientôt se voir pousser des ailes
au bout des sens

ne pas savoir comment cela s'est immiscé
dans notre vie de tous les jours

quelle sensation fut la première

quand fut posé le premier pas

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patience
sur ce chemin de terre

d'ocres
de terre d'ombre

prémices

correspondances

porosités

s'émerveiller


enfin

(Chemin de Rineve, éditions Encres Vives, collection Encres Blanches)

*

La vie est un miroir
Se reconnaître en lui,
Tel est, pour ainsi le nommer, le désir premier,
Auquel nous ne faisons qu'aspirer. 

Friedrich NIETZSCHE, Pforta, 1858.

Il y a ce double (?) cheminement intérieur et ce besoin (?) d'animal social, cette confrontation à l'autre par l'établissement de règles, puis un besoin de gestion, de commandement du vivre ensemble.
Vivre dans l'ubiquité de ces deux chemins est peut-être un méandre menant à un certain bonheur.

Il me semble d'ailleurs que ce point est un enjeu politique très ancien et qui a déjà fait pas mal de dégâts, changer les choses dans son environnement proche, à échelle réduite (un certain girondisme, aussi un certain anarchisme) où vouloir l'universalité ou tout du moins agir sur une géographie bien plus vaste (comme l'échelle d'un pays, d'un continent par exemple).
Relire Montesquieu est d'ailleurs éloquent sur ce sujet.

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Monter, grimper...mais se hisser ? Oh ! Combien c'est difficile. Le coup de rein lumineux, la rasante force qui jaillit de son terrier et, malgré la pesanteur, délivre l'allégresse. 

(René CHAR, Eloge d'une soupçonnée)

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Moi aussi je n'attends que le vent. Qu'il s'appelle amour ou misère, il ne pourra guère m'échouer que sur une plage d'ossements. (L'enclume des forges, Antonin Artaud)

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La liberté était au sommet d’une masse d’obéissances dissimulées et de conventions acceptées sous les traits d’un leurre irréprochable.
( René CHAR)

Cordialement

Micheline 30/06/2017 03:36

''Nous on pense, en France''. Et bien, cher Jean, ça faisait un petit moment que j'attendais ces morceaux là! MERCI. Voilà qui nourrit et qui réjouit à la fois. Pour le sujet de la mort, les mois qui se sont écoulés depuis celle de mon compagnon de vie me la rendent parfaitement acceptable. Sans dire comme Brel: J'arrive. Je sais que j'accepte tranquillement ce grand événement mystérieux et inéluctable.

SAGAULT 29/06/2017 21:06

Merci d'aller à l'os, via Montaigne et Pascal, pour revenir autant que faire se peut à l'essentiel : le jeu de la vie et de la mort, constamment en marche (inutile de citer ma source !) et si souvent dénié, occulté, trafiqué.
Sur un tout autre ton, mon dernier petit recueil, qui paraîtra enfin la semaine prochaine, aborde le même sujet brûlant, sous un titre qui pose une question plus enfantine qu'infantile : ÇA DURE LONGTEMPS, LA MORT ?
À titre de fraternel accompagnement, je te livre ici les quelques lignes qui le présentent en 4e de couverture :
Le Tarot n'a pas de nom pour la mort : nous ne pouvons la connaître tant que nous sommes en vie. Et c'est à son existence que nous devons la nôtre…
Elle nous accompagne, l'indispensable camarde, inséparable camarade de toute vie, compagne silencieuse dont la présence absente donne à notre existence son sens et son goût.
Autour d'elle a crû ce recueil de petits morceaux de « vraie » vie, puzzle dont les pièces ne s'emboîtent plus et qui du coup montre autre chose, qui était là tout le temps sous l'image ternie d'un quotidien émoussé par l'habitude et la résignation : la joie féroce de vivre, toujours présente, au besoin déguisée, même dans la douleur.
Être là, le savoir, en jouir et s'en réjouir, privilège offert par la mort à la vie…
En guérir aussi, par la funambulesque alchimie du gai rire. Sous la mort, l'humour !

Blogue-note de Jean Klépal 29/06/2017 22:03

Joli commentaire, fort bienvenu, et naturellement en phase, comme il se doit entre nous.