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20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 18:12

A Marseille, le Musée Regards de Provence révèle jusqu’à la mi-novembre un ensemble de peintures de Joseph Inguimberty (Marseille 1896 - Menton 1971).

Après un début de carrière prometteur, lauréat de divers salons nationaux, il séjournera en Indochine de 1925 à 1946, où il participera activement à la création et au développement d’une Ecole des Beaux-Arts du Viêt-Nam, à Hanoï. De retour en France, il n’aura de cesse de chercher à fixer paysages et lumières de Provence.

Que ce soit en France ou en Indochine, sa capacité à saisir les gestes et attitudes corporelles des travailleurs des champs, des dockers de Marseille, ou de personnes diversement occupées, est remarquable. De même que son sens de la lumière.

L’hommage que lui rend cette exposition témoigne essentiellement de la constance de son travail. Fidèle à la tradition de l’Histoire de l’Art, il s’inscrirait plutôt dans un post-impressionisme.

Modeste, mais déterminé à suivre sa voie, il se tient à l’écart de la mode des révolutions formelles propres à son temps. Cette détermination a peut-être contribué à son choix d’une installation en Extrême-Orient pendant plus de vingt ans, loin des turbulences avant-gardistes parisiennes.

Jeune, il fut tenté par des études d’architecture. L’attrait pour cette discipline est particulièrement évident dans sa grande toile de 1923 (il a 27 ans) intitulée Déchargement du plâtre (230x435 cm). La composition parfaitement équilibrée, l’ancrage au sol et la tension physique des dockers, la puissance des chevaux, sur fond de cathédrale Major, en font un véritable morceau d’architecture monumentale, dans le style de l’art déco des années 20.

Les scènes tonkinoises constituent souvent une orchestration de touches colorées. L’agencement complexe des paysages de rizières, et l’articulation des masses montagneuses, témoignent d’un remarquable souci de l’essentiel, comme d’un sens de la composition. Ce qui éclatera, une fois revenu en France, dans de nombreuses vues de cargos et de paquebots, à quai au port de La Joliette, peintes dans les années 50. Les audaces d’agencements ou de sobriété expressive sont alors parfois surprenantes de culot et de réussite.

Nous retrouvons fréquemment son goût pour l’urbanisme rural ou urbain dans plusieurs peintures de son retour en Provence (paysages et villages - Saorge, posé à flanc de montagne comme des claviers face à un buffet d’orgue -,  toitures de Villeneuve-lès-Avignon, vues de Menton ou de Marseille, port, collines, calanques).

Habitué des paysages écrasés de soleil, sa palette est faite de couleurs sourdes, parfois ternies par un grisé que connaissent bien tous ceux qui ont l’expérience d’une lumière de plomb.

Le choix des sujets témoigne toujours d’une humilité certaine. Il rend compte de ce qu’il voit, comme il le voit, il ne cherche nullement le sensationnel. Il décrit la surprenante beauté du quotidien si souvent ignorée. Ses aplats et ses figures silhouettées ignorent la complaisance maniériste des petits maîtres.

Ce qu’il peint est banal, mais vrai, à la portée du regard de chacun, d’autant plus difficile à rendre de ce fait. Etre aussi juste n’est pas donné au premier venu.

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Une exposition fort aimable, bien composée, bien accrochée, aux dimensions satisfaisantes, dans un lieu convenablement aménagé.

Une occasion de rencontrer un peintre véritable demeuré cependant confidentiel, malgré sa présence passée dans des galeries de renom.

S’il fallait trouver des influences possibles à cette peinture, ou effectuer des analogies, Matisse – Nikki et les magnolias ;  Jeannette, Michel et Nikki ; Nature morte devant la fenêtre –, Bonnard – Mimosas devant la fenêtre -,  Gauguin, de Staël, pourraient venir à l’esprit.

Inguimberty est avant tout lui-même.

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Un catalogue aux illustrations convenables est disponible au Musée (26 €). Dommage que les œuvres ne soient pas toutes datées, dans le catalogue comme sur les cartels.

Des images sont visibles sur Internet (« Inguimberty Joseph, peintre »), ou sur le site du Musée Regards de Provence. 

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commentaires

quatrebarbes 20/06/2017 22:44

Ce peintre m'a fait forte impression lors de cette exposition : sa simplicité, ses points de vue saisissant les choses de la vie, ses couleurs ... Je me retrouve dans ces commentaires. Content, cher Jean, de t'avoir fait partagé mon émotion.