Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 17:48

Mes deux derniers billets – « Législatives, idiotie collective, reprise de soi » et « Béatitudes » – ont donné lieu à divers commentaires, transmis directement ou via mon blogue.

Après avoir remarqué une fois de plus que la lecture est une activité souvent propice à un excès de vélocité (influence du zapping à la télévision ?), conscient d’une tendance personnelle à parfois couper un peu court, cela m’incite à préciser quelques points.

<

1 – L’idiotie collective correspond à celle des économistes, des financiers, des industriels, des politiciens, des « experts », et de la majorité de la presse écrite, radiophonique ou télévisuelle.

Mais aussi à celle dont chacun d’entre nous fait preuve de temps à autre.

S’il y a idiotie, c’est qu’il y a défaut d’intelligence, aberration, manque de bon sens, et perte de contact avec le réel.

Cela posé, je tiens pour idiots dangereux de la pire espèce :

- Les politiciens et les généraux qui mènent des guerres vouées à l’échec parce que faussement conçues et mal décidées, qui renversent des gouvernements étrangers sans préparer d’alternative autre que la création d’enclaves où fermentent la culture du fanatisme et les trafics si chers aux mafias de tous genres.

- Les économistes patentés qui appellent à toujours réduire les charges des plus riches, à supprimer les aides sociales des plus démunis et justifient le report sine die d’une véritable remise en question des pratiques fiscales.

- Les industriels multinationaux mus par le seul souci de l’accroissement de la rentabilité des capitaux investis, qui empoisonnent et saccagent la planète, détruisent des emplois, et réduisent les salaires toujours trop élevés.

- Les banquiers qui créent et entretiennent des bulles financières, ménagent des paradis fiscaux, et infligent des dettes fictives aux citoyens, avec la complicité de pouvoirs politiques asservis.

- Les médias qui se font complices de tout cela (ils sont aux mains des précédents).

 J’ajoute à cette liste tous ceux d’entre nous qui par leur passivité, leur lassitude, leur sens du réalisme quotidien, ou leur bulletin de vote, donnent leur aval à cet état de fait (occasionnelles ou non, personne n’est à l’abri de ces manifestations symptomatiques).

Ce qui revient à accepter les faits accomplis, donc la force brutale, quel qu’en soit le déguisement.

Ce qui rend progressivement incapable de nommer l’inacceptable et entraine un permanent déni du réel, donc une anémie sévère de la capacité d’indignation.

Syndrome de ce qu’un enseignant-chercheur à Paris I Sorbonne (Paul Zawadzki) relève dans un article récent comme « réalisme collabo » (c’est-à-dire résignation à l’injustifiable).

<                                                                                                                                                     

2 – Comment interpréter l’inflation de candidats aux élections législatives ?

Doit-on se féliciter d’un engouement pour une nouvelle forme d’engagement public, ou bien peut-on y voir l’expression d’une foire d’empoigne et d’une course au financement public de la vie politique ?

La mise en relation de ce phénomène avec le niveau record (51,3%) des abstentions au premier tour parait indispensable.

Dès lors, que fait-on de ce constat, beaucoup trop occulté sans doute par des « experts » peu diserts ? Désintérêt, avec inscription de toutes les dérives possibles de la part d’un Pouvoir beaucoup trop sûr de lui, ou opposition sourde lestée de menaces porteuses d’affrontements redoutables ?

Le fait que la partie semble jouée d’avance explique peut-être en partie ces abstentions, ce qui, à terme, risque de contribuer sérieusement à la fragilisation d’une majorité sans fondations solides.

Notons par ailleurs que le renouvellement du personnel politique est peut-être plus apparent que réel. Parmi les candidats nouvelle manière, nombreux sont ceux qui ont déjà eu des engagements électoraux, aussi bien que ceux qui sont issus des classes dirigeantes d’entreprises ou des professions libérales. La nouveauté ne tient alors qu’à leur inexpérience passagère du fonctionnement de la machine politico-administrative.

<

3 – Faire confiance ou non à la nouvelle équipe ?

Comment faire confiance, même un peu, à des gens qui ont clairement déclaré leur adhésion à un programme aussi régressif (répressif ?) que celui annoncé par le Président, et déjà initié par les « lois Macron et El Khomri » ?

Comment faire confiance à des gens qui acceptent l’idée d’une banalisation coutumière des lois d’exception qu’implique l’état d’urgence ?

Comment croire à une véritable négociation avec des syndicats acculés, si peu représentatifs, reçus surtout pour donner le change ? (Ce que vient de relever publiquement la CGT.)

Comment imaginer que le Parlement puisse disposer face aux décisions imposées d’un autre dernier mot que celui de son assentiment à sa dépossession ? L’acceptation des ordonnances sera-t-elle autre chose que cela ? Où en est la République quand on veut faire marcher l’Assemblée législative au pas cadencé ?

L’énorme majorité qui se profile risque à la fois d’être écrasante, c’est-à-dire source d’ankylose, et en même temps origine de dangereuses faiblesses, les individualités se révélant un jour ou l’autre susceptibles de renâcler face à leur mise au pas. Donc grosse d’affrontements redoutables, nourris de haines, de trahisons, et de fanatismes.

Faire confiance, n’est-ce pas pour une bonne part accepter de se démettre au nom d’un réalisme fataliste ?

Ne pas nous satisfaire de la réalité, réfuter l’angélisme accueillant toute solution pourvu qu’elle soit moralement apaisante, garder notre capacité d’indignation, paraissent des devoirs élémentaires pour le maintien d’une Liberté vacillante. Il s’agit là sans doute d’une exigence fondamentale, qui est d’entretenir et de conserver la capacité de nommer l’inacceptable pour le mieux dénoncer.

Le déni de la réalité commencerait par l’absence d’indignation. Donc par le consentement abandonnique.

<

4 - Emmanuel Macron renouvelle le Sermon sur la montagne. Il est incontestablement très doué et fort talentueux. Ses premiers pas en tant que Président sont impressionnants de maestria.

Il séduit, et agrège autour de sa personne. Le mythe du Renouveau s’incarne ; les disciples affluent.

Produit de la finance et des médias, il a remarquablement su saisir toutes les opportunités ; ses capacités de stratège, puis de tacticien sont peu communes. Son parcours politique relève de l’exceptionnel.

Il est un personnage rare, qui pousserait à évoquer Bonaparte (bien sûr, les analogies sont souvent sujettes à caution). Sa maîtrise de la propagande, certains hésitent encore et disent pudiquement la communication, en fait un homme d’autant plus redoutable que les apparences sont aimables, car policées.

Il est à craindre que nous ayons sous peu des réveils douloureux. L’excès de Pouvoir s’est souvent révélé pathogène au fil de l’Histoire, notamment dans le passé des proches 19e et 20e siècles, comme au début de celui-ci.

La monarchie élective que nous connaissons avec la Constitution actuelle ne nous met guère à l’abri d’excès sur ce plan.

 La France n’a pas fait le deuil de sa tradition monarchique, elle attend toujours le grand homme. Patiente, elle numérote ses Républiques comme jadis ses Rois.

<

5 – Jean-Luc Mélenchon passe aux yeux de beaucoup pour déplaisant, sinon dangereux.

A quoi tient sa difficulté à capitaliser et à faire fructifier les bons résultats lorsqu’il en réalise ?

Issue d’une conversation récente, une hypothèse s’est récemment présentée.

Il pointe souvent avec clarté et pertinence les points essentiels à la compréhension des situations et des enjeux. Il va droit au cœur de cible, sans la moindre précaution oratoire. L’apparence de brutalité que cela implique fraie le chemin du scepticisme.

Si son discours tribunicien est fréquemment celui d’un pédagogue (il est vraiment le seul dans ce cas), il se laisse emporter par la vigueur de son propos, sa véhémence, et son désir de convaincre à l’arraché. Il ne parvient pas à se retenir de dispenser des leçons de morale ou à se montrer hautain lorsqu’il sent poindre une difficulté.

Il apparait alors violent et dominateur aux hésitants, pour lesquels l’apparence l’emporte sur le fond. Du coup, son propos devient suspect, donc fallacieux ; la manière dilue d’autant plus volontiers le discours dans les sables du doute qu’elle déçoit une amorce d’attention. Et les commentaires hostiles ont beau jeu de venir ameublir et ensemencer le terrain des préventions.

<

6 – Appendice mémoriel, en marge :

Les Quelques réflexions sur la singularité d’être français de Roger Vailland conservent-elles aujourd’hui quelque intérêt autre qu’historique, malgré  leur pertinence ?

La Liberté chantée par Paul Eluard aux heures noires de l’Occupation pourrait-elle connaître à nouveau la formidable audience qu’eut le poème éponyme en son temps ?

A l’heure de la surveillance électronique généralisée, des mesures d’urgence banalisées, de la brutalité financière mondialisée, de la xénophobie et de la discrimination, reste-t-il réellement quelque besoin de liberté au cœur de chacun ?

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Arnaud FORGERON 17/06/2017 12:44

Bonjour,

(...Patiente elle numérote ses Républiques comme jadis ses Rois.)

Quelques points,peut-être :

1) Il y a beaucoup de choses et peut-être de plus en plus qui se disent, l'important, l'essentiel est peut-être ce qui ne se dit pas?

2) Une certaine luminosité en clair-obscur de "l'éternel retour", de l'Histoire, qui éclairent les murs de notre quotidien. Pour un aspect qui nous intéresse ici, la démocratie représentative, de nombreux penseurs des présocratiques en passant par Montaigne, Montesquieu sont toujours les phares à nos rivages.

Montesquieu : “Il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de la justice.”

“Un empire fondé sur les armes a besoin de se soutenir par les armes".

“Quand dans un royaume il y a plus d'avantage à faire sa cour qu'à faire son devoir, tout est
perdu. ”

3)La notion de "réalité-vérité" est sur le devant d'une certaine scène intellectuelle, il y a là un point d'achoppement.
Ici, une citation du Mahatma Gandhi (Lettres à l'Ashram et Tous les hommes sont frères) que je reprend d'un recueil de poèmes (Paul Badin, Poèmes à l'étroit) aux éditions Encres Vives de Michel Cosem:

A.La règle d'or de la conduite est la tolérance mutuelle, car nous ne penserons jamais tous de la même façon, nous ne verrons qu'une partie de la vérité et sous des angles différents.
B.Les vérités différentes en apparence sont comme d'innombrables feuilles qui paraissent différentes et qui sont sur le même arbre.
C.Ce qui est vérité pour l'un peut-être erreur pour l'autre.
D.C'est une erreur de croire nécessairement faux ce qu'on ne comprend pas.
E.Commencez par changer en vous ce que vous voulez changer autour de vous.

4.Notre République issue de la Révolution n'est-elle pas le passage des pouvoirs de l'Aristocratie à la Bourgeoisie avec une partie du "peuple" en chair à canon?
N'existe-t-il pas un "extrêmisme républicain", par exemple pendant la Grande Terreur où le girondisme jusqu'à nos jours est "étouffé", et à l'époque guillotiné?

5.N'existe-t-il pas un réel simulacre de nos démocraties représentatives, de nos sociétés occidentales? "Souvent l'on à tendance à confondre les bonnes paroles avec les bonnes actions" (Montesquieu)

6.J'insiste sur ce point anthropologique: L'Homme se groupe pour défendre ses intérêts. Il y a la parade et ceux qui la regarde passée.
Là aussi quels leviers d'actions? Marx n'a-t-il pas déjà pratiquement tout dit sur le sujet?

7.Le dernier point, plus une humeur, les pseudos sur internet quant-on présente une pensée, une partie de son intégrité. Certains disent que c'est pour ne pas avoir de problèmes professionnels ou autres. Quel vertige de l'existence, de l'être, quelle aliénation, quelle soumission et/ou simplement quelle peur...

Cordialement