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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

Quand un artiste disparaît…

10 Avril 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Gérard Depralon, Georges Brassens, Alain Diot, Ionas, Jean-Jacques Ceccaelli

 

... une porte dérobée s’ouvre sous nos pas. Elle donne sur un morceau de ciel bleu limpide, calme, piqueté de légers nuages blancs, immobiles : l’infini inconcevable, son trouble, son vertige.

Figés, les travaux en cours s’effritent. Ils n’ont pas eu le temps de prendre. Evincés à jamais, promptement oubliés, remisés, stérilisés sur le champ, les projets ne connaitront aucune montée de sève. Ils deviennent feuilles à jamais pétrifiées témoignages de confiance en l’à venir.

Sans prévenir, sans rien laisser paraître, Gérard Depralon s’en est allé, seul, un soir juste avant son souper, l’autre semaine. Subitement indifférent, il n’a pas vu les secours se presser chez lui, il avait déjà pris congé. Il a brusquement tout quitté, tout planté là, comme s’il avait été mû d’une telle singulière légèreté que l’on pourrait croire à une ultime sinistre facétie.

La banalité de l’événement le rend invisible au plus grand nombre. Une très infime partie de l’Univers se trouve à peine dérangée, un soupçon de frisson peut-être. D’abord incrédules, puis bouleversés, seul le souvenir occupera bientôt ceux qui ont connu et su apprécier la finesse de l’artiste. L’avoir connu, l’avoir pratiqué, appartient à quelques-uns, les fameux happy few.

- Etait-il connu, souffle le vulgaire, réglant sa réaction sur le coup possible à jouer.

- Passez votre chemin ! Il est connu de tous ceux qui le connaissaient, et cela suffit grandement.

Trompettes de la renommée

Vous êtes bien mal embouchées

(G. Brassens)

Plus tard, peut-être, beaucoup plus tard, un curieux viendra fouiller, on le nommera alors  inventeur.

Pour l’heure, protégeons son empreinte fragile d’une disparition fatale sur le sable humide de l’oubli. Il s’agit d’une marque humaine, banale et unique à la fois, précieuse. La question essentielle du devenir de l’œuvre, de sa conservation et de son entretien, se pose d’emblée alors qu’il n’existe aucun modèle pour cela et que le maelström de l’actualité, vorace et ravageuse, n’a cure de tels soucis.

Imaginant des formes, des couleurs, les faisant exister par le dessin, la peinture, des assemblages insolites, du verre sculpté ou façonné, des interventions localisées, des écrits, il nous a proposé sa vision du Monde, au détail significatif près. Une vision toujours suffisamment décalée pour que le regard soit tenu en éveil, pour que le regardeur accommode et adopte la distance convenable.

Gérard Depralon vient de franchir la ligne d’horizon comme avant lui, Alain Diot, Ionas, Jean-Jacques Ceccarelli, avec lesquels j’ai beaucoup échangé, qui parfois m’ont même généreusement associé à la réalisation d’une œuvre, artistes connus d’un cercle d’amateurs éclairés peu soucieux des vanités de la mode et de l’existence médiatique. Désormais l’avenir est un peu moins assuré, raison suffisante pour exercer une veille exigeante, pour résister aux sirènes de  l’art jetable, consommable sur place, imposé aux gogos médusés.

Cette prise de distance, nous fait réaliser une fois de plus qu’une des caractéristiques du présent immédiat est de se conjuguer au présent-passé du labeur, dont les traces s’ancrent dans la perspective du présent à venir. Seule dimension qui désormais importe pour Gérard Depralon

 

 

 

Meubles muets et intérieurs, dessins G. Depralon ; Texte ;. J. Klépal ; L'Art et la Manière éd., 1994

Meubles muets et intérieurs, dessins G. Depralon ; Texte ;. J. Klépal ; L'Art et la Manière éd., 1994

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