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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 14:03

 

Vaste étendue en péril, coincée entre un fleuve fougueux et une mer rétive au contrôle, l’île de Camargue exerce la fascination de ses espaces chargés de signes et de souvenirs, dont on sent bien qu’ils sont taraudés par l’inconséquence humaine.

 

Salin de Giraud fut naguère un lieu d’intense activité et de prospérité dues à l’existence d’importants marais salants longtemps exploités pour fournir de la soude à l’industrie chimique, plus tard du sel pour le déneigement des routes en hiver. Le village a commencé d’exister sous le Second Empire, au moment du développement industriel qu’a connu le 19e siècle. Son allure de cité ouvrière typique, larges rues ponctuées de jardinets et de places aérées, constructions en briques, lui confère aujourd’hui encore beaucoup de charme.

Quelques immeubles, maisons de maître ou ancien hôtel de la Compagnie Péchiney (aujourd’hui hôtel-restaurant « Le Camargue »), témoignent par leur délabrement de la splendeur décatie. La ruine économique consécutive au déclin puis à la cessation d’exploitation des salins pour des raisons strictement économiques, l’interdiction d’accès à la plage de Beauduc sous prétexte de sauvegarde du littoral, entraînent la déchéance progressive du village et désole ses habitants. Rattaché à Arles, son éloignement d’une quarantaine de kilomètres ne facilite évidemment pas les choses. Comme des centaines d’autres ce village attractif, au passé laborieux, se meure par manque de ressources, il s’asphyxie. L’économie et l’Administration ont raison de lui en parfaite tranquillité. Les anciens employeurs ne sont plus concernés, ils ont simplement plié bagages.

Quelques résidants s’accrochent, farouches et résolus comme les derniers des Mohicans, mais fatalistes car réalistes. Qui pourrait s’intéresser à leur sort ? Qui pourrait imaginer d’implanter de nouvelles activités dans ce lieu exceptionnel ? Il y aurait tant à faire dans cette région – Marseille et sa déshérence sont à l’autre bout du département – qu’il y a fort à parier que Salin ne peut qu’être benoîtement sacrifié. Tristesse et rage.

La fragilité de la Camargue ne tient pas qu’à la précarité de sa position géographique.

 

 

A mi-chemin entre Arles et les Saintes-Marie, commune à part entière, se trouve le château d’Avignon, devenu propriété du Conseil général des Bouches du Rhône, qui y organise de temps à autres des expositions dites « d’art contemporain », dont l’intérêt est surtout anecdotique.

Bâtiment érigé au 18e siècle, agrandi et remanié à la toute fin du 19e par le propriétaire d’alors (Louis Prat, empereur du Vermouth Noilly-Prat, passionné des techniques nouvelles et de leur mise en œuvre), il témoigne de la conjonction funeste du fric outrecuidant et de l’inculture. La toiture fut agrémentée d’imposantes cheminées renaissance dans le style de Chambord, assortie également d’un terrifiant campanile. Même Walt Disney serait sans doute parvenu à mieux faire. Des boiseries sombres, un éclairage parcimonieux et des tentures de soie carmin contribuent au lugubre des lieux, bien dans le style tape à l’œil chafouin apprécié par la bourgeoisie affairiste post Napoléon III et ses opulents successeurs.

M’adressant au gardien, à la fois factotum et agent de sécurité, homme fort aimable et attentif, et lui disant combien l’endroit respirait l’absence totale de goût et l’arrogance, je m’entendis répondre par celui qui défendait ainsi son lieu de travail :

- C’était un bon patron, il payait très bien ses employés et leur assurait une retraite.

 

Asservissement volontaire et paternalisme sont de tout temps. La Boétie a écrit le « Discours de la servitude volontaire » il y a seulement quatre siècles et demi.

 

 

* Cf. Propos mezzo voce 1


 

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