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26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 14:41

Suffirait-il que change le titulaire de la fonction pour que change l’institution ? Que nenni, bien sûr.

Madame Aurélie Filippetti, Ministre de la Culture et de la Communication vient de prononcer fin juin un ébouriffant discours à l’Assemblée générale du Syndicat national de l’Edition[1].

Elle déclare avec vigueur les éditeurs acteurs indispensables, et incontournables, de la politique culturelle. Elle en fait des intermédiaires obligés de la création et précise « Tous les textes ne sont pas des livres et c'est précisément à l'éditeur que revient de faire le partage ; c'est lui, qui, devant la multitude des textes, doit porter la responsabilité de savoir dire non, quitte à, parfois, commettre une erreur ».

 

Comment mieux réaffirmer le rôle d’un Ministère qui n’est rien d’autre que celui de la Police culturelle, ce que Jean Dubuffet[2] dénonçait bien avant que Jack Lang ne mette en place les préfets et les commissaires de la culture avec les Directions Régionales des Affaires Culturelles (DRAC) ?

 

Parlant du monde de l’édition patentée Madame Filippetti parle d’une industrie culturelle. Elle a bien raison si l’on considère la majeure partie de ce qui se publie, produits marchands on ne peut plus éphémères, où la part d’audace et de découverte qu’on serait en droit d’attendre d’un éditeur est des plus ténues, sinon fréquemment inexistante. Nous sommes assurément dans le domaine des Affaires, comme avant elle Monsieur Aillagon, par exemple mais pas seulement, l’a fort bien compris en montant son partenariat avec Monsieur Pinault (Les Affaires sont les Affaires, n’est-il pas vrai ?).

 

« Il n’y a pas de livre sans éditeur » ose encore notre Ministre titulaire, posant cette curieuse affirmation comme vérité intangible. D’où sort-elle cela ? L’éditeur n’est-il pas de création récente, bien postérieure à celle des livres eux-mêmes, n’est-il pas aujourd’hui menacé par l’apparition des nouveaux médias ? Comment oser procéder à semblable affirmation à l’heure du numérique ?

François Bon, écrivain très impliqué dans l’aventure des technologies numériques des positions duquel il n'est pas lieu de débattre ici, le dit sans ambages, « la littérature, c’est ce qu’il y a dedans, et pas comme elle se vend. »[3]

Foin donc de toute cette richesse de la création marginale, de l’individualisme, de la novation, du questionnement, de la germination anonyme ! Vive la cléricature ! Vive la Religion des enculturés, dévots imbéciles totalement incapables d’apprécier combien le fait artistique permet de prendre conscience de soi !

Que signifie cette politique d’exclusion ? Quelles conséquences en tirer ?

 

Sans doute est-il grand temps de contrôler l’activité des quelques professionnels indépendants qui galèrent pour accompagner des artistes s’acharnant, les misérables, à peindre, graver ou sculpter, au lieu de se livrer aux délices des installations et du marketing du bidouillage.

Sans doute est-il grand temps de mettre fin aux délires de ces dangereux provocateurs qui éditent des revues souvent éphémères, ou bien des auteurs authentiques joyeusement inconnus.

Sans doute est-il grand temps de faire taire ces compositeurs ignorants la musique d’ascenseur ou les « variétés ».

 

 

 

 

 



[1] Consultable sur le site du Ministère

[2]Jean Dubuffet : Asphyxiante culture - J-J Pauvert, 1968

[3] François Bon : Après le livre – Seuil, 2011

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Published by Blogue-note de Jean Klépal
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commentaires

Alain Sagault 28/07/2012 10:24

La lâche soumission au consensus mou est une des tares du "socialisme", et sans doute la plus grave, car elle relève de la démagogie galopante qui est la vérole de la démocratie. Cela sévit en tous
domaines, voir l'épisode particulièrement grotesque d'Aulnay-sous-Bois et des voitures hybrides, les répugnants léchages de cul olympiques, les délocalisations du camarade Huchon, la soumission à
l'Europe financière, l'écologie en berne au moment où même "Nature" envisage sérieusement la fin de notre monde, bref, aveuglement volontaire systématique sur tous les sujets essentiels: ne surtout
pas réveiller l'humanité de son état cataleptique, si on ne bouge pas et qu'on continue comme si de rien n'était, ça va peut-être passer.

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