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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 09:12

 

Affectation

 

Pascal Quignard est l’un des meilleurs écrivains de sa génération, ses livres sont souvent un véritable régal d’intelligence, d’érudition, de subtilité et d’à propos. Etincelants ils s’apparentent à un fonds auprès duquel il est bon d’aller quérir un enrichissement.

Malheureusement Quignard aime trop paraître en public. Il va jusqu’à lire et mettre en scène ses propres textes. Il se sait séduisant et se complait alors à paraître refuser la séduction qu’il exerce sciemment. Il se regarde, il s’admire à être regardé, jeu certainement grisant mais inutile. Remplir une salle de théâtre à soi seul n’est pas donné à tout le monde, certes. Qu’a sa gloire cependant à y gagner ?

Plus mesuré que Lucchini, il est tout aussi cabotin et dominateur. Qu’a-t-il besoin de se donner en spectacle ?

Dommage.

 

 

 

Architecture et urbanisme

 

L’architecture se perd de plus en plus dans le prestige et le paraître. La fonctionnalité, l’usage, l’accord avec le site, sont devenus quantités négligeables. Cette architecture à la mode se soucie avant tout de poser des objets remarquables en des points indifférents de la ville, qu’ils asphyxient peu à peu en l’ignorant. Le design l’emporte. On parle communément de gestes architecturaux.

 

Jolies tours de passe-passe, qu’il est bien normal d’avoir envie de détruire.

 

La vraie architecture se fait oublier, elle est au service de ce qu’elle accueille. Elle procède de l’humilité romane. L’hypertélie gothique et le baroque, Chambord et son délire, égale arrogance du design avant la lettre.

 

La ville a besoin de trous, d’espaces non saturés, disponibles, de liaisons telles que places, campi, mails, forums, squares, ouverts à la vie vivante. L’autosuffisance architecturale corbuséenne est une négation de la cité, de même que l’empilement de techniques et d’automatismes aussi coûteux qu’inutiles. L’urbanisme possède de nos jours une fâcheuse tendance à faire fi de l’urbanité. Principe de précaution, systèmes de contrôle, espaces et zones spécialisées enferment et annulent le terreau fertile de l’imprévu des rencontres. Des bulles individuelles seulement juxtaposées ne peuvent en aucun former un ensemble harmonieux.

 

Très rares sont les exemples de sagesse et de mesure. Forcalquier, modeste sous-préfecture de Haute Provence, offre au passant étonné une singularité si rare qu’elle est à peine perceptible, elle ne compte ni feux de signalisation ni panneaux publicitaires.

 

 

 

Décrire

 

Quelques écrivains actuels revendiquent une volonté d’écrire plat, ce qui signifie s’efforcer de rendre compte de faits, de situations, décrire en faisant fi de grilles d’analyse, voire du style lui-même. Cela s’appelle en langage de jeune romancier en vogue « écrire sans discours surplombant ». L’amorce d’une post littérature parait bien engagée. N’y aurait-il pas là-dedans un petit air de réactualisation des années Support-Surface ? Le dépassement du dépassement.

 

A quel propos la description répond-elle en littérature, sinon à celui de s’efforcer de tirer un fil pour démêler l’écheveau du visible ? (Balzac, Pérec, Ponge)

Nommer le monde pour tenter de le comprendre, ce que ne fait certainement pas la recension journalistique des faits divers.

Décrire est aussi un bon moyen d’établir des inventaires témoignant pour demain. Ce qui requiert une vision de surplomb.

 

 

 

Distillat

 

Les grandes inventions n’intéressent pas exclusivement des dispositifs technoscientifiques inattendus, elles peuvent également concerner des avancées très subtiles de l’esprit humain. C’est ainsi que vient d’être mis au point une liqueur d’un raffinement extrême, un nectar d’incomparable saveur, que seuls des maîtres en pleine possession de leur génie propre pouvaient inventer. Cette invention bouleverse toutes les notions établies, quelles soient historiques, scientifiques ou philosophiques, elle ouvre une nouvelle ère à la pensée, il s’agit d’un nouveau paradigme. Le vieux monde retrouve une jeunesse.

 

La notion de racisme anti-blanc vient d’être mise sur le marché.

 

 

 

Intérêt

 

Alors que la répétition et les broderies du même sur le pareil sont de plus en plus règle générale et que le langage se réduit à un simple vecteur commercial, comment inventer un quotidien digne d’intérêt ? La question se pose avec acuité et si rien ne permet de l’affirmer insoluble, envisager une réponse est à coup sûr affaire de temps, sans doute pas davantage.

Le manque d’imagination, la crainte d’envisager autre chose que le connu, entraînent la fascination pour la reproduction. La robotisation, bien qu’elle possède des avantages pratiques indéniables, interdit tout rapport à l’univers, c'est-à-dire à l’aventure de la connaissance. Conformisme et ritualisation de tous les instants non seulement fragilisent mais aussi introduisent une peur permanente, fruit du déclin de l’imagination d’un autrement possible.

L’actualité se réduit à une bande annonce, un divertissement permanent, la banalité est quotidienne,  totalement sourde au monde. Cette banalité génère des révoltes presque toujours adolescentes. Ces révoltes explosent comme des bulles, jamais elles ne sont jusqu’à présent parvenues à imposer des changements radicaux. Evolution et révolution sont de natures différentes, souvent le changement permet au modèle ancien, prétendument rejeté, de renaître sous une forme légèrement différente. Le mythe du Phénix trouve ici toute sa place.

  

Depuis peu, à peine quelques décennies, nous fabriquons des objets conçus pour une durée limitée programmée. Il est normal de les jeter, l’idée de réparation, voire d’entretien, est totalement obsolète. Ceci est vrai pour l’ensemble de ce qui accompagne notre existence, vêtements, ustensiles divers, véhicules, gadgets électroniques, etc. Cela a totalement transformé les mentalités et les comportements. L’attention portée à nos prothèses de vie est devenue superflue.

Par voie de conséquence, les propos officiels, standardisés, diffusés à jet continu, non hiérarchisés, fondés sur l’immédiateté et le gonflement permanent de l’effet d’annonce, sont eux-mêmes parfaitement jetables, en tout cas non mémorisables.

Zapping.

 

A qui, à quoi faire confiance ?

Où nous tenir, sinon à distance ? Seule possibilité raisonnable, prendre le parti de la distance plus ou moins proche, ce qui interdit encore (jusqu’à quand ?) la pseudo neutralité de l’équidistance.

Que fera notre postérité de tout cela ?

 

 

 

Maintenant

 

Curieux adverbe qui signifie tenir en main.

Le changement c’est maintenant.

Comment peut-on proposer de tenir en main le changement ?

 

 

 

Maladresses

 

Quand le corps se met en travers du chemin, lorsqu’il devient difficile sinon impossible de masquer l’embarras qu’il provoque, il engendre chez autrui, témoin gêné, quantité de gestes maladroits. Gestes esquissés, précautionneux, toujours inaboutis, de ceux qui voudraient aider, sans vraiment oser, gestes malhabiles, dérangeants, inadaptés, mains tendues inopportunes. Voulant aider, ces tentatives augmentent fréquemment la difficulté connue, bien identifiée, avec laquelle composer a fini par engendrer des réponses adaptées mais si fragiles qu’une intervention extérieure peut les réduire à néant.

Ces gestes souvent mort-nés sont peut-être à considérer surtout comme des tentatives d’autoprotection de la part de ceux dont ils émanent. Ils deviennent alors compréhensibles et excusables.

 

 

 

Morts vivants

 

Le monde des politiciens professionnels racornis en est peuplé.

 

 

 

Normal, normalité

 

Est normal ce qui est classique, habituel, coutumier, ce qui est conforme à la règle, c'est-à-dire ce qui ne déroge pas.

Se vouloir Président normal, c’est donc s’affirmer comme continuateur de l’existant tel qu’il est. Nous sommes dans l’ordre de la répétition, c'est-à-dire de l’entretien, du maintien, de la conservation, de la restauration ou du renouvellement de ce qui est.

C’est clairement annoncer que rien de fondamental ne sera mis en question durant la mandature sollicitée.

 

 

 

Opposition

 

Entre finance et démocratie l’opposition est irréductible : ils ne pensent pas, ils comptent.

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Published by Blogue-note de Jean Klépal
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commentaires

LE PICARD FRANCOIS 10/10/2012 13:11

Oh que oui cette absence d'architecture, remplacée trop souvent par l'envie de performance du maître de l'oeuvre, laissée faire ou accompagnée ,ou encouragée par le maître de l'ouvrage, je la vis à
Nantes. Cette ville par la "voix de son Maître" a décidé de densifier pour offrir toujours plus de logements aux demandeurs qui seraient légion. Chaque projet se fait au gré de l'architecte, dans
une économie dominée d'avance par le poids du foncier (entendez celui qui vend le terrain) auquel en fait le promoteur avide offre toujours plus, le projet n'a pas de caractère il obéit "à la norme
imposée...par la défiscalisation du moment". Résultats il n'y a aucun projet de quartier, aucune harmonie avec l'existant, aucun lien avec l'histoire, le vécu, le paysage où vivent ceux qui tentent
de rester dans leur environnement choisi. Ce n'est pas la reconstruction de la ville sur la ville annoncée, c'est la destruction de l'existant: pavillons, jardins sur rue, percées payasagères,
végétaux séculaires, arbres de hautes tiges et d'histoires.
Tout cela est remplacé par hauts murs de béton en guise de façades, parkings noirs, rez de chaussée aveugles voila la "ville nouvelle" préparée pour les nouveaux conquérants vers l'ouest.

Blogue-note de Jean Klépal 10/10/2012 14:49



Voici clairement exprimé l'un des maux dont souffre principalement la ville : destruction de l'existant sans aucun projet
cohérent, ni lien avec l'histoire et le vécu des habitants. Il y a là une définition de l'anti-humain, si caractéristique de l'époque. L'homme est de plus en plus de trop, un gêneur
face aux opportunités financières...


JK



olivier huard 02/10/2012 15:17

Morts vivants(suite et solution): Le politicien professionnel à l'instar du Mort-vivant ou du zombie,avance lentement, le visage vide d'expression quelque soit la situation. Il ne vous lâche pas,
vous poursuit souvent en nombre jusqu'à que vous soyez coincé!
S'il vous attrape, il vous arrache la carotide ou un morceau d'épaule avec les dents, sans aucun ménagement.
Inexorablement vous devenez l'un d'eux...Seule solution connue, lui tirer une balle dans la tête. Attention!Bien viser la tête car les autres parties de son corps ne lui sont pas indispensables
pour vivre!Incroyable on aurait pensé le contraire!

Bises olivier

P.S: à voir, la trilogie des Morts vivants de george a.ROMERO.( La nuit des Morts-vivants/Zombie/Le jour des Morts-vivants), je peux te les prêter si tu es gentil...

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