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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 14:18

Attention lecture, danger !

 

Le Nazi et le Barbier, Edgar Hilsenrath (éd. Attila 2012, 510 p.) est un gros livre, très gros, tellement gros à première vue, que l’envie d’enjamber les pages vient bientôt. Quelle erreur, car très vite il faudra y revenir tant la lecture éprouvante, très éprouvante, exerce d’empire sur le malheureux lecteur livré à la diablerie hautement provocatrice de l’auteur.

Né en Allemagne en 1926, Hilsenrath a survécu aux horreurs de la guerre, il a ensuite émigré en Israël, avant de s’établir à New York. Ce livre a été écrit en allemand en 1972, son aspect iconoclaste en fit d’abord un objet de scandale

 

Dans ce roman aux allures picaresques, le narrateur raconte la montée du nazisme et l’Holocauste à laquelle il participe avec beaucoup d’allant et de sérénité car c’était permis. Il se considère comme un petit poisson, génocidaire de masse certes, mais menu fretin.

Il décrit avec force détails l’effondrement de l’Allemagne et la peur des ruskofs, tout en expliquant comment il échappe à la dénazification et au procès qui l’attend, grâce au marché noir dont il devient un gros bonnet, puis à l’adoption de l’identité d’une de ses victimes -  un ami d’enfance auquel il se substitue dans un fantastique jeu de miroir -. Ce subterfuge lui permet d’émigrer en Palestine où il se convertit avec ferveur au sionisme jusqu’à combattre pour la création de l’Etat d’Israël. Il trouve là-bas l’occasion de continuer à assouvir son fanatique besoin d’affirmation de soi allié à son total mépris de l’autre. Outrances, dérision, horreur, répugnance, se conjuguent pour terrasser le lecteur

 Le bourreau demeure tel qu’en lui-même, il lui suffit de changer de camp pour rester cohérent…

 

Pris dans les mailles d’un récit mené de main de maître, il s’avère vite impossible de se défaire du sortilège : nécessité absolue de savoir ce qu’il advient, ce qui suit, comment s’enchaînent les événements les plus invraisemblables. Le lecteur est tétanisé par un style d’une efficacité inouïe.

 

Cet écrivain est dangereusement corrosif. Il possède une force invraisemblable, à l’énormité parfois rabelaisienne, un humour stupéfiant vis à vis de soi et des siens, un recul exceptionnel qui lui permet de fulgurantes visions de l'histoire contemporaine.

Plus que redoutable, il décape tout ce qu'il aborde avec une audace et une maestria confondantes.  

Quel incroyable livre !

 

 

 

Etrange

 

La planète est en péril certain, des millions de gens meurent de faim, de pauvreté, d’ennui, et on fait du mariage gay une préoccupation majeure. Le projet de loi si décrié possède un caractère permissif et non contraignant tout à fait extra-ordinaire. Une fois votée la loi n’obligera personne, elle offrira simplement une liberté accrue à quelques-uns. Nulle once de  liberté fondamentale ne sera entravée, que cela ferait-il perdre à ces hordes vindicatives, juges du bien et du mal au nom d’une morale rance, où est le préjudice invoqué ? Belle illustration de la moisissure des esprits bien pensants, l’Eglise catholique et les ligues de vertu reviennent grossièrement en force sur le terrain politique, là où n’est évidemment pas leur place. Il semblerait que les représentants d'autres confessions se tiennent sur une prudente réserve.

Exemple parfait d’un débat inutile et surtout mal conduit, tout juste bon à détourner les attentions des reniements, reculades, et soumissions à un ordre en perdition, dans lequel nous nous perdons tous, qui semble-t-il ne peut être détruit que par son propre achèvement, inéluctable.

 

Pendant ce temps on part à la reconquête du Mali au prétexte d’une lutte contre le terrorisme en général, ce qui ne peut qu’inspirer la plus grande méfiance depuis les déviances que l’on sait grâce aux réjouissances de l’ère Bush et consorts. A part la haute main sur les mines d’uranium voisines, de quelle stratégie politique est-il question ? Quelle bouffonnerie que d’invoquer la défense de la démocratie dans cette Afrique totalement corrompue pour le plus grand bénéfice des anciens maîtres. Les déclarations contradictoires en provenance du Palais de l’Enlysé, nous ne pouvons pas intervenir à la place des Africains – il n’y aura pas d’hommes au sol, pas de troupes françaises engagées – nous resterons sur place le temps nécessaire pour que le terrorisme soit vaincu (octobre 2012 à janvier 2013), rendent perplexe.

 

Pendant ce temps, on s’intéresse aux lamentables aventures de Depardieu.

Allons vite reconduire à la frontière de leur choix tous les Depardieu possibles après les avoir soigneusement enduits de poix et recouverts de plumes !

 

  

                                           

Prémonitoire

 

Dans ses « Cahiers in-octavo – 1916-1918 » (Payot-Rivages, éd. 2009), Kafka décrit la construction fractionnée de la Grande Muraille de Chine :

On formait, dit-il, des groupes d’une vingtaine d’ouvriers chargés d’édifier un morceau de muraille d’environ cinq cents mètres de long ; un autre groupe construisait un mur d’une longueur équivalente en avançant dans la direction du premier. Mais une fois la jonction établie, on ne poursuivait pas la construction en partant de l’extrémité de ces mille mètres, on envoyait au contraire les groupes d’ouvriers dans des régions complètement différentes (…) Cette façon de faire engendra évidemment de grands vides (…) On dit même qu’il y a des endroits où les vides n’ont pas été comblés du tout … ils représenteraient une part bien plus importante que les parties construites (…) comment une muraille peut-elle protéger si elle n’est pas d’un seul tenant ? Plus même, une telle muraille ne peut non seulement pas protéger mais sa construction même est en perpétuel danger.

 

 

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Published by Blogue-note de Jean Klépal
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