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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 15:13

A propos d’œuvre et d’artiste

 

Tadashi Kawamata, prolifique artiste international japonais, signe une construction monumentale baptisée Horizons, édifiée sur l’emprise du Musée de la Camargue, au Mas du Pont de Rousty près d’Arles (détails, croquis et photos en cours de réalisation sur Google). Cette réalisation préfigure un projet de parcours comprenant six stations : Les Sentiers de l’eau.

  « Porte ouverte sur le sentier de découverte du Musée de la Camargue, Horizons prend la forme d’un belvédère. Son agencement conduit sur des plateaux d’observation d’où les visiteurs peuvent découvrir un paysage façonné par l’homme et la nature. Evoquant la structure d’un nid ou la proue d’un navire, l’œuvre, visible depuis le sentier de découverte et la route départementale, constitue à la fois un point de repère et une invitation », lit-on sur le carton d’invitation à l’inauguration.

                                            

Remarque liminaire :

Lorsqu’on veut s’en donner les moyens et qu’on consacre le temps nécessaire à la maturation des idées et à leur imprégnation dans les alentours, lorsqu’une volonté est affirmée, relayée et diffusée par une groupe d’acteurs déterminés, il est possible de contourner sinon de lever une grande partie des contraintes administratives et règlementaires qui naturellement réputeraient la chose impossible.

La preuve en est qu’un permis de construire cette chose insolite dans un territoire aussi protégé que le Parc naturel régional de Camargue a pu être obtenu ; gageure folle apparemment et pourtant…

Là où les contraintes semblent affirmer d’emblée que pas grand chose différent de l’accoutumé n’est envisageable, les ignorer au départ, les repousser à plus tard, les réduire une à une pour discerner la force réelle de chacune, parvenir à détourner certaines d’entre elles et faire comme si c’était possible ne demande que… conviction, persévérance et énergie.

 

Au-delà des gamineries auto-gratulentes de la part des personnalités dont la consécration officielle le 1er mars 2013 vient d’offrir le prétexte, saisissons une occasion de nous interroger à la fois sur ce qui fait œuvre, comme sur ce qui fait l’artiste.

 

Le carton d’invitation le dit : il s’agit d’un belvédère, mais d’un type particulier.

 

Autour du Vaccarès, les belvédères sont nombreux.

 

Objets techniques à fonction strictement utilitaire, ils constituent autant d’aménagements ponctuels, souvent répétitifs, indépendants les uns des autres, à usage précis : offrir au public un dispositif propre à une vision d’ensemble d’un panorama donné, selon une perception commune.

Ce qui n’est déjà pas si mal.

 

Alors, un belvédère de plus, mais cette fois pourquoi parle-t-on d’œuvre ?

 

La réponse se situe, me semble-t-il, à plusieurs niveaux :

 

-          Le monument procède d’une réflexion globale sur le site, le paysage, l’histoire, l’esthétique du projet, son insertion dans le contexte. Autrement dit, il s’agit avant tout d’une tentative de mise en relations de données diverses, pour établir et tenter de faire découvrir un certain type de rapport à cette si particulière portion de territoire.

 

-          Horizons a été progressivement élaboré après une minutieuse exploration des lieux de la Camargue. Ce qui existe aujourd’hui n’est qu’un élément à référer à un ensemble à venir, Les Sentiers de l’eau, effort d’ordonnance matérielle d’éléments distincts susceptibles de faire passer de la perception courante la plus banale à la contemplation d’une harmonie poétique.

 

-          Ajoutons à cela qu’à partir d’une esquisse initiale l’artiste a travaillé avec des groupes d’intervenants, étudiants d’Ecoles d’art et artisans, appelés à réagir et à proposer. L’œuvre s’est ainsi peu à peu trouvée partagée, donc appropriée par les protagonistes mobilisés pour sa construction. L’artiste a donné l’impulsion, il a gardé le cap et animé un collectif.

 

-          Le processus est en grande partie une des composantes d’une œuvre dont l’esthétique fait appel aux émotions aussi bien qu’à la stricte raison.

 

Mise en relation de données proches et lointaines, recherche de rapports possibles entre elles, processus de découverte partagée, inscription dans un ensemble, échanges de réflexions fondant un cheminement collectif, souci d’esthétique sollicitant le sensible, autant d’éléments qui signent la différence entre un objet technique strictement fonctionnel, parfaitement interchangeable, si réussi soit-il, et une œuvre d’art, toujours singulière, unique et non substituable à une autre.

 

Au public maintenant de s’approprier cette monumentale et insolite charpente, soucieuse de ménager à quiconque sa pénétration par une rampe très progressive propice à une découverte de sa complexité, avant d’accéder aux plateformes d’observation.

 

Ce n’est jamais l’Ecole qui fait l’artiste, il n’est d’ailleurs pas toujours nécessaire d’en passer par elle. Si les techniques s’acquièrent, être artiste ne s’apprend pas. C’est un caractère naturel auquel on ne peut rien, une sorte d’incontournable nécessité.

Si le besoin de s’exprimer existe en chacun, il est plus ou moins exigeant, il est en tout cas insuffisant, mais toujours à considérer cependant.

Ce qui fait souvent l’artiste c’est qu’il nous dérange par le motif de son travail (ce qui le déclenche) dont nous avons tant de mal parfois à saisir la raison profonde (ce dont il procède). Il s’agit de discernement.

Ce qui fait l’œuvre tient essentiellement au problème artistique qu’elle cherche à résoudre (matériaux, medium, harmonie, couleurs, formes, sonorités…), nous venons de l’évoquer. Il faut aussi qu’un sens soit perceptible. Une énigme ne saurait suffire, pas plus que la virtuosité ou une provocation gratuite toujours vite émoussée.

Lorsque la virtuosité est si apparente qu’elle saute aux yeux, elle cache souvent l’absence de véritable maitrise, voire de propos. Apanage sans doute d’artistes mineurs (en dépit de la célébrité de certains), parfois encensés par une critique soumise à une mode tissée de naïve complaisance et d’ennui total que nous impose l’art officiel et ses conformateurs d’opinion.

La virtuosité véritable se met au service de l’œuvre en s’effaçant. Elle pardonne aux tentatives, elle ne vise pas la réussite garantie reproductible.

 

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Published by Blogue-note de Jean Klépal
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