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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 18:49

Une fois de plus, peut-être la dernière avant longtemps, une tentative de prise de parole à propos du marasme politique qui se perpétue.

 

Réagir à ce qui se passe semble de plus en plus vain, voire totalement inutile, tant l’apathie  est manifeste, même si ça et là quelques timides réactions se dessinent.

Répéter ne sert à rien, montrer du doigt non plus puisque seul le doigt suscite l’intérêt.

Que faudrait-il pour que s’ouvrent les yeux, qu’entendent les oreilles et que se délient les langues ?

Que les limites de l’insupportable ne cessent de reculer ne rend pas illusoire le risque d’explosion, d’autant plus grave qu’elle aura tardé.

Même si son attentisme n’a rien de surprenant, qu’espère ce gouvernement avec ses atermoiements et ses incohérences ?

 

*

* *

 

Ce qui se passe à Notre-Dame-des-Landes est la marque de la très mauvaise conduite d’un projet fortement contesté :

- saccage d’une zone naturelle sensible pour l’installation d’un aéroport dont la justification économique est tout sauf démontrée ;

- entêtement forcené du gouvernement et complaisance funeste des écologistes devenus ministres partenaires ;

- ordres donnés aux forces de répression policière de pourchasser des citoyens exerçant pacifiquement un droit élémentaire de protestation ;

- situation de blocage liée au refus délibéré de toute discussion au prétexte que les décisions prises seraient irrévocables.

Nous assistons à la mise au rencart de tout espoir de concertation, modalité de rapports sociaux cependant érigée en principe majeur lors de la campagne présidentielle.

Comment ne pas évoquer, très redoutable parallèle, le souvenir des luttes menées à partir de 1971 contre l’implantation d’un camp militaire au Larzac, auxquelles un Président dit socialiste a su mettre heureusement fin en 1981 ?

 

Comment ne pas s’insurger contre la timidité des réformes fiscales destinées à taxer les revenus des capitaux au même titre que ceux du travail ? A quand la mise en chantier de l’indispensable remise à plat de la fiscalité ? Où sont passées les proclamations du candidat en campagne ?

 

Comment ne pas s’insurger alors que des grands patrons mènent ouvertement la Fronde contre un gouvernement qu’ils intimident par un ultimatum et comment admettre que la notion aberrante d’un coût excessif du travail soit relayée par les ministres eux-mêmes, sans que le coût incontrôlé de la rétribution du capital soit jamais remis en cause ? La rétribution normale du travail est depuis longtemps jugée trop élevée, non seulement par la droite mais aussi par la gauche dite socialiste, alors que la répartition des dividendes est admise comme parfaitement justifiée, totalement libre d’affectation.

Le gouvernement se tire une balle dans le pied en montant le cheval de bataille de la droite et de la mauvaise foi patronale lorsqu’il accepte d’alimenter le débat sur la compétitivité des entreprises : les revenus du capital ne contribuent qu’à hauteur de 2% aux ressources de la protection sociale ; le coût horaire du travail est peu différent entre la France et l’Allemagne (rapport du Haut Conseil du financement de la protection sociale, remis au Premier Ministre le 31 octobre 2012 – source Médiapart, 4 novembre 2012).

 

Comment ne pas s’insurger du report à une date inconnue de l’interdiction des licenciements boursiers ? Autre point fort de la campagne…

 

Comment ne pas s’insurger contre l’abandon en rase campagne de la renégociation du traité budgétaire européen ? Ce fut pourtant l’un des fleurons de la campagne présidentielle…

 

Comment ne pas s’insurger alors que le Président de la République française manifeste un manque de fermeté dans la nature de ses relations avec le représentant de l’Etat d’Israël, colonialiste, liberticide, délibérément ignorant des résolutions de l’ONU ?

En accompagnant à Toulouse le premier ministre israélien venu se recueillir en un lieu confessionnel où un tragique fait-divers impliquant un tueur musulman français et des victimes juives françaises s’est déroulé cet automne, le Président a transgressé le principe de la laïcité républicaine ainsi que celui de la citoyenneté. Le désir de recueillement d’un citoyen juif étranger à l’égard de coreligionnaires peut se comprendre, mais seulement à titre privé et nullement en tant que Chef d’Etat hôte officiel de la République. 

 

Comment ne pas s’insurger contre la poursuite acharnée de la chasse aux Roms, très loin de résoudre les questions posées et de calmer le jeu de la dénonciation d’un bouc émissaire ? Quand et où une logique strictement répressive est-elle jamais parvenue à imposer sa loi, sinon dans un Etat totalitaire ?

D’un ministre de l’Intérieur à l’autre où se situe la véritable différence ?

 

Comment ne pas s’étonner de l’extradition soudaine en Espagne d’une militante d’un parti autorisé en France et comment ne pas s’interroger sur ce que cela révèle de la poursuite de pratiques antérieures ?

 

Alors que depuis 1981 le PS n’a de cesse de prôner l’élargissement du droit de vote des étrangers aux élections locales, alors que cet engagement a été repris au cours de la campagne électorale, comment ne pas s’insurger du renvoi de son examen aux calendes grecques ? La question mériterait d’être clairement tranchée une fois pour toutes, indépendamment de misérables calculs d’arithmétique parlementaire.

 

Bien sûr quelques avancées existent, bien sûr le climat n’est plus tout à fait le même qu’auparavant, mais cela est très loin de suffire.

Six mois sont déjà passés, le courage de la prise de décisions nettes et tranchées, s’il a été envisagé, n’est pas loin d’être émoussé.

 

*

* *

 

La lecture de l’ouvrage récemment paru d’Eric Hazan Une histoire de la Révolution française (La fabrique 2012) permet de prendre la mesure de l’extraordinaire foisonnement de mesures radicales intervenues en France entre le printemps de 1789 et l’automne de 1791, brève période pendant laquelle les choses se sont accélérées d’autant plus que le Pouvoir où ce qu’il en demeurait tergiversait, sur fond de troubles, d’émeutes et surtout de courage :

1789 - Etats Généraux, création d’une Assemblée Constituante à Versailles, serment du Jeu de Paume, prise de la Bastille, nuit du 4 août, Déclaration des droits ;

1790 – Transfert de la Constituante à Paris, développement d’une presse de libre expression, Constitution civile du clergé, réorganisation administrative et judiciaire (création des départements, cantons et communes ; juges de paix, comparutions immédiates, instauration de jurys, abandon de la torture (la Question), présence obligatoire d’avocats, procès publics) ;

1791 - Chute de la royauté avec la fuite à Varennes.

 

Evidemment toute analogie est sujette à caution, oui l’Histoire ne saurait se répéter, il n’empêche qu’elle suggère des enseignements.

 

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Published by Blogue-note de Jean Klépal
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commentaires

Alain Sagault 06/11/2012 10:34

Quand le compromis « proposé » se résume pour l’une des parties à la formule : « Pile, je gagne, face, tu perds » (voir l’article sous ce lien :
(http://www.marianne.net/Hollande-au-pied-du-mur-de-l-argent_a224037.html), mais aussi les différentes facettes de la si exemplaire affaire de Notre-Dame des Landes !), l’accepter ne relève pas du
bon fonctionnement de la démocratie mais d’une démission devant un chantage. La démocratie n’est pas l’art du compromis, pas plus que la révolution n’est la solution magique à tous les problèmes.
La démocratie consiste à réduire autant que possible les rapports de force au bénéfice de l’harmonie sociale et environnementale en faisant passer l’intérêt général avant l’intérêt particulier.
Cela implique parfois des conflits ouverts. Quand on vous déclare la guerre, il n’est plus temps de négocier, comme le rappelait Churchill disant de Chamberlain et Daladier, tout farauds d'avoir
obtenu un "compromis" avec Hitler : « Ils devaient choisir entre le déshonneur et la guerre. Ils ont choisi le déshonneur, et ils auront la guerre ». Une phrase qui s’applique parfaitement aux deux
désastreux septennats de Mitterand.
La « social-démocratie » n’est que le faux-nez d’une alliance oligarchique entre les hommes de pouvoir du public et du privé. Elle n’est ni sociale ni démocratique, et les « compromis » qu’elle
impose vont toujours dans le même sens, comme le montrent de façon lumineuse l’histoire de la Cinquième République ou celle des États-Unis.
Le capitalisme néo-libéral mène depuis trente ans une guerre civile mondiale des riches contre l’humanité, comme le rappelle on ne peut plus clairement Samir Amin dans l’article suivant :
Capitalisme libéral, capitalisme de connivences et lumpen développement (http://www.m-pep.org/spip.php?article3117).
La question est : voulons-nous ou non en prendre enfin conscience et agir en conséquence ?

plagnol 05/11/2012 17:57

la social démocratie et la démocratie tout court c' est l' art du compromis ! Je ne suis pas sûr que Robespierre - Mélanchon soient en mesure de faire la "révolution" .

Attendons le rapport Gallois : c' est un monsieur , censé responsable , social et semble " sympathique" !

Malheureusement " l' économie est le nerf de la guerre " alliée aux réformes sociales , à la justice et une forme de solidarité ; ce n' est pas simple . nos gouvernants actuels se prennent un peu
les pieds dans le tapis mais ils sont au moins honnêtes : ils risquent d' échouer et de se cogner au réel c' est à dire aux puissances de l' argent , aux groupes de pression divers , aux lobbies
divers et variés et l' appel au patriotisme (donc une certaine solidarité et valeurs de partage)risque de rester lettre morte face à 'individualisme . Comme le dit le psychanalyste Daniel Sibony le
mariage c' est une alliance , un accord ou un compromis entre 2 identités différentes , par exemple le travail et le capital ; la voie est étroite , les évolutions peuvent se transformer en lente
révolution .

Blogue-note de Jean Klépal 05/11/2012 19:07



Merci de ce commentaire.


A supposer que faire la révolution soit un objectif, il serait très dangereux d'en confier la charge à un seul, si vertueux soit-il...


Etre honnête ne saurait suffire, avoir du caractère et surtout le courage de prendre des décisions voilà qui importe au plus haut point. Nos gouvernant ne risquent pas de se cogner aux puissances
de l'argent, pas plus qu'aux groupes de pression, il y a si longtemps qu'ils s'en accomodent. Oui, bien sûr, un accord, un équilibre entre travail et capital, sont nécessaires, mais cet équilibre
est rompu depuis si longtemps qu'il faudrait exercer une forte pression pour le rétablir.


Certes, la voie est étroite, voilà pourquoi il convient d'être aussi exigeant que vigilant. Donner du temps au temps revient à donner au plus fort le temps de se renforcer.



Alain Sagault 04/11/2012 20:38

Merci, Jean, de m'éviter d'avoir à écrire presque les mêmes choses…
Tu résumes bien le côté ni chair ni poisson de ce gouvernement qui semble essayer de se faufiler sans l'avouer du côté obscur de la Force, en une dérive qui ressemble de plus en plus non seulement
à une démission mais à un reniement. Et dire qu'ils ont tous les pouvoirs!
Je n'attendais pas grand-chose des eunuques socialistes, je ne suis pas déçu. Il est clair que dans une pseudo-démocratie oligarchique l'action politique ne peut passer par le vote.