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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 11:27

  

Echo

 

Suite à ma note de lecture concernant les Mémoires de Berlioz, un correspondant m’écrit :

 

« … comme tu sembles avoir pris un certain plaisir (et même un plaisir certain) à la lecture des Mémoires de l'illustre Hector, je te signale deux volumes parus chez Gründ (en 1969 et 1971) intitulés Les Grotesques de la musique et À travers chants qui renferment quelques joyaux tout à l'honneur de l'intransigeance du compositeur et du chef, pour qui je nourris une grande admiration depuis grande et belle lurette. De son côté, Stock avait publié en 80 Les Soirées de l'orchestre, chroniques et critiques musicales magnifiquement savoureuses. »

 

Merci, voici qui mérite d’être relayé.

 

 

 

Evidences

 

N’en déplaise aux détracteurs de Michel Serres, je ne peux qu’acquiescer à ce qu’il a déclaré au Journal du Dimanche le 30 décembre 2012.

Comme il a raison : « nos institutions sont vieilles … Il y a tout à reconstruire … Une nouvelle université … une nouvelle chambre des députés, une nouvelle représentation politique, un nouveau droit … Le plus grand effort qu’il faudra faire, demain matin, … est de repenser l’ensemble de ces institutions. »

 

D’une part, des chamailleries politiques totalement absurdes, des partis enkystés dans la tradition soi-disant laïque et républicaine des simulacres électoraux, des institutions internationales empêtrées dans leurs contradictions et réduites à une impuissance congénitale. Tout cela baignant dans le jus nauséeux des discussions sur la « crise », manière d’occulter les bouleversements considérables opérant bien au-delà du strictement économique.

D’autre part, les transferts de savoir et l’émergence de comportements et d’individus nouveaux qu’engendre l’informatique. Individus dont le nombre va croissant de manière exponentielle, loin au large de la pataugeoire sociopolitique.

Cette dualité impose sans possible contestation de reconsidérer à très bref délais toutes les cartes que souvent bêtement nous croyons avoir encore en main.

 

Totalement ringards les professionnels de la politique sont à la traîne, la plupart ne comprennent rien à rien, leur myopie est consternante, il est urgent de leur signifier leur congé, il n’est plus possible d’accorder le moindre crédit à ces morts vivants.

Les centres de pouvoir sont pulvérisés, réduits à l’impuissance, alors qu’une modalité inattendue de la pratique de la démocratie s’impose progressivement par l’accès instantané à des sources de connaissances illimitées. Si nous ne percevons pas encore la physionomie des conséquences de ce nouveau rapport au monde, leur irruption est inévitable.

 

L’agonie d’un monde finissant risque bien entendu d’entraîner de redoutables soubresauts,  pas seulement de la part des possédants. La peur des non nantis risque également de susciter des réactions d’autant plus dommageables qu’ils auront été plus longtemps bernés. Cette disparition n’en est pas moins inéluctable.

 

Il ne s’agit que d’évidences, les méconnaître relève de l’aveuglement et ne peut que se révéler suicidaire.

 

 

 

Liberté

 

Un terme qui a bon dos. En son nom on réclame les mêmes droits pour tous en omettant de reconnaître que cela n’est qu’une foutaise si on ne fait rien du côté de l’égalité. L’inégalité flagrante des conditions d’existence ridiculise la notion même de liberté, qui devient ipso facto prétexte à se permettre n’importe quoi.

 

Le droit au mariage pour tous, la belle affaire, le beau rideau de fumée pour masquer les turpitudes d’un gouvernement oublieux de ses engagements les plus forts !

Cessons d’amuser la galerie avec des cocottes en papier !

Que l’on commence par réaliser une réforme profonde de la fiscalité, courageuse, n'hésitant pas à mettre en question quantités de privilèges, réforme à faire prévaloir non seulement dans l'hexagone, mais en Europe bien sûr.

La liberté passe par là, cependant « Attention-Danger » le chemin est trop périlleux pour les nains agrippés au pouvoir, ou obsédés par sa reconquête.

 

 

 

Relire

 

Le hasard d’une conversation m’a remis en mémoire le souvenir d’un livre sans doute enfoui dans ma bibliothèque. A la seconde tentative, empreint d’un doute quant à sa permanence, je l’ai aperçu et sitôt saisi par le col.

 

L’auteur, Yves Farge, qui s’en souvient aujourd’hui ?

Journaliste avant guerre, résistant dans la sillage de Jean Moulin, puis Commissaire de la République à la Libération, écrivain, compagnon de route du PC, président du Mouvement de la Paix créé dans l’immédiat après-guerre, il est mort dans un accident de la route en URSS, en 1953.

Le livre ?

Un texte court, moins de 90 pages, Giotto devant son peuple, écrit à Lyon en 1939/40, paru aux Editions du Chêne en 1948.

Un poème en prose à la gloire de la peinture et à la dévotion de Giotto l’incomparable.

 

D’abord une amorce de méditation sur les dérives du monde de l’art :

«La force des peintres et des sculpteurs (au Moyen-âge) résidait en ceci : ils ne formaient pas une élite, ils demeuraient des ouvriers. (…) avec la toile que l’on peut emporter sous le bras … le peintre a mis un pied dans l’égoïsme social.»

Cette mutation a commencé, il est vrai, dès que le tableau s’est détaché du mur, dès que l’art est devenu Art ; Rome et Venise notamment l’ont favorisée. Elle n’a fait que s’amplifier de siècle en siècle, jusqu’à se transformer pour certains en l’industrie que l’on connaît désormais.

 

Puis, de justes notations :

 « Le bonheur familial (à propos d’une nativité) sans heurt et sans cassure, est tout entier dans deux lignes courbes … le dos de la mère penchée sur le chérubin, celle de l’enfant… » - « lorsque l’on écrit sur l’art on a tendance à se laisser égarer … par le vocabulaire des critiques. » - « … ceux qui mettent beaucoup de choses sur leurs œuvres parce qu’ils n’ont rien à dire. » - « La peinture n’est belle que lorsqu’elle fait crier plusieurs.» - «pour peindre à fresque, il faut d’abord être digne du mur … il faut encore être près du peuple … puisque le peintre à fresque est tout d’abord un maçon … il faut savoir peindre d’un seul jet et dans l’enthousiasme… » - « pour comprendre la peinture, il faut être bon. » - « Les êtres ont besoin pour vivre, de l’artiste autant que de l’air, et en tout cas plus que des lois. » - « … l’art c’est la découverte des règles de la vie. »

 

Un développement sur l’importance de la figure humaine et la lumière des visages dans chaque fresque. Preuve évidente d’un respect attentif des personnages « vêtus de peinture, comme le fit Gauguin » - « il n’est pas un personnage qui projette sur la tête de son voisin l’ombre que la lumière commande. »

 

Des observations semées ça et là :

Giotto s’efforçant d’inventer le bonheur d’après le bonheur des autres, comme Bonnard si longtemps après lui.

Le maître buvant la nature ainsi qu’on savoure le vin d’Orvieto, ce qui revient à s’ajouter le soleil.

Dans la basilique où résident les fresques « les terres se sont aimées, et la chaux fut conquise. »

 

Ce qu’a peint Giotto, il l’a peint pour nous, il a fait cela pour que nous y participions. Il a réalisé « il y a à peine quelques sièclesla peinture de la peinture » en pensant à nous. Il offre depuis à chacun de percevoir, de comprendre, d’accéder à la plénitude des sentiments, c'est-à-dire à devenir simplement humain.

 

Yves Farge déclare in fine : « on a volé la peinture au peuple … Ce sont les conditions de vie qu’il faut changer … Il y a du bonheur à faire sous un préau d’école, de l’espoir à coller sur les murs des sanas… »

Pour lui, la seule façon de régénérer l’art est de revenir aux sources fondatrices de notre humanité.

Aux artistes créateurs de refaire le monde, à eux de modifier la « matière humaine. » A eux d’établir et de modifier les rapports et les proportions entre tout ce qui vit ensemble, à eux donc d’expliquer comment comprendre la société. S’il y a quelque angélisme dans le propos, considérer l’artiste comme l’un des acteurs décisifs de la vie de la cité ne pourrait à coup sûr que contribuer à y réintroduire un bénéfique sentiment de l’être là ensemble.

Le sort de tout grand artiste est avant tout de faire la part de la réalité, souvent confondue avec la légende. Quelques êtres d’exception font ainsi le don apaisant de leur génie aux hommes, nous confie-t-il dans ce texte écrit il y a plus de soixante-dix ans, en période de guerre, un peu avant son entrée dans la résistance active à la barbarie nazie.

 

Relire cela en 2013, au temps de la marchandisation effrénée et de la politique avilie…

 

Le texte se clôt sur un hommage au Saint Vincent des peintres, traducteur de la même éblouissante lumière que Giotto, compagnon de la couleur prenant le pinceau parce qu’en révolte contre l’impuissante religion : Van Gogh du Borinage et de cette Provence qui attira Simone Martini en Avignon.

 

Ce texte magnifique attendait ma relecture depuis quelques décennies, un rapide échange avec un jeune artiste interrogateur m’a brusquement rappelé à lui.

 

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Published by Blogue-note de Jean Klépal
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plagnol 13/01/2013 11:54

Bravo et merci pour faire découvrir Yves Farge et tes commentaires personnels sur Giotto et la peinture ( le peintre : l' homme bon ...) . Petite pique amicale ... le Klepal amoureux de l' art et
de la peinture est décidément plus convaincant et passionné que le Klepal polémiste , un peu grincheux !et excessif sur la politique et l' état de la société . Amitié et vive la peinture .
NB : je viens d' apprendre que débute un grande exposition Watteau et la musique orchestrée par William Christie , à Bruxelles ....un coup de TGV et hop se retrouver dans un concert champêtre !Quel
plaisir en perspective .

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