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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 10:34

NECESSITE DE LA PEINTURE

 

 

 

La peinture ne saurait se limiter à l'œuvre peinte. Elle est si forte, sa puissance est si extrême, qu'elle engage la vie toute entière. Elle parle au cœur et à la tête. Elle met en branle les mécanismes les plus profonds de la réflexion. Elle s'adresse à l'intime de la personne qu’elle mobilise sans répit.

En un signe, en une ligne, une couleur, l'essentiel est dit. La force de l'évidence nous contraint. Nul ne peut échapper dès lors qu’il écoute ses émotions. L'image attaque, provoque, explose, envahit, choque, heurte, saute, aveugle, obsède, dérange, S’IMPOSE. Alors la peinture devient NECESSAIRE. Elle aide à lire le monde. Elle est fenêtre ouverte sur la vie. Le moyen de s'en défaire ?

 

Il faut à un certain moment aller toujours au-delà. Fascination du sortilège, la satiété n'existe pas. Seule une fatigue passagère peut partiellement amoindrir l'énergie. Quoi de plus physiquement éprouvant que de visiter un atelier de peintre ? Quoi de plus physiquement éprouvant que cette mobilisation de tout l'être, corps et esprit ? Quoi de plus excitant, aussi ?

La peinture exige que l'on ne se satisfasse pas d’elle seulement. La connaissance du peintre, une nécessaire connivence avec lui, sont requises pour avancer. Il n'est pas de peinture possible sans  partage, sans amour. Peindre et partager sont de l'ordre de la jouissance amoureuse. Comme l'amour, la peinture est exclusive.

Aller à Amsterdam pour une exposition, sauter à Madrid ou à Londres pour une autre, passer quelques jours à New York pour soutenir un ami peintre, sont des évidences. Sauf celles de l’organisation et de la disponibilité matérielle, les questions ne se posent pas. Il n'y a pas d'échappatoire. C'est comme ça parce que cela est.

 

La peinture c'est aussi - essentiellement - vivre intensément, vivre passionnément. Vivre avant tout. La réflexion vient après. Le geste, le faire, d'abord. Ensuite, ensuite seulement les concepts, les idées, les arguments.

 

La peinture ce sont tous ces intervalles, ces espaces, ces riens, ces non dits, ces zones de flou, ces contradictions, ces ambiguïtés, ces négations, ces désirs, ces craintes, ces joies, ces indécisions, ces marges, dont la vie est tissée.

Le savoir est à la limite du savoir et du non savoir. Le vrai est à la limite du vrai et du faux. La lumière est à la limite du jour et de la nuit. Le dire est à la limite du formuler et du taire.

La peinture est une affaire de limites comme la vie, qui est toujours aux marges du vivre et du mourir.

 

Peindre est un secret et un danger. La peinture est chose beaucoup trop grave pour que l'on puisse feindre. On ne saurait s’amuser de la peinture. On ne joue pas à la peinture.

 

Peindre, comme regarder une peinture, a quelque chose d'impudique. Quelque chose de radicalement vrai, les masques de la bienséance n’y ont que faire.

L'œil écrit.

Le peintre possède rarement l'équivalent parlé de ce que délivre son pinceau. D’où son besoin d’échanges et de confrontations avec des amateurs.

Lorsqu'il parle, l’artiste dit en général sa quête et ses difficultés, ses rejets aussi.

 

On dit parfois la peinture au bout d’elle-même, essoufflée. Si cela parait vrai pour une production dont le caractère affligeant est souvent indéniable, c’est sans doute une conséquence du pédantisme du pseudo-savoir officiel, qui a fait du plaqué art son credo. La recherche de la nouveauté serait-elle autre chose qu’une prétention de l’inculture d’élevage pour laquelle l’histoire de l’art se réduit aux dernières décennies ? Le hors normes à tout prix se constitue en conformisme académique. Il ne porte que des fruits secs.

Il est heureusement bien des occasions où la peinture nous fait signe. Elle se constitue alors comme un immense progrès de l'esprit lorsqu’il cesse de se complaire en son miroir de l'hyper intellectualisation. Elle devient révélation des origines, elle enjambe les périodes et les époques grâce à des passeurs inspirés, artistes fidèles à une peinture qui n’hésite pas à s’affirmer dans la plénitude de sa quête. Retour de l'éternel, la peinture est cosmique. Morceau d'intemporalité fixé sur un moment d'infini. Relation à l'univers, c'est à dire recherche d'un sens à donner à l'humain. On n’en finit jamais.

 

Face à cela le dérisoire du maniérisme intellectuel explose à l'évidence de sa capacité à composer des formes vides. Jouer des matières en ne cherchant que l'effet de la construction formelle aboutit au vide absolu, comparable au mensonge absolu dont sont porteuses les idéologies totalitaires.

 

Fréquemment la peinture nous fait signe. Elle capte le regard et l'imprime en son sein. Le noir garde le mieux les traces du regard.

La peinture se sature de regards captifs de deux manières. Soit en les absorbant dans la sédimentation des pigments colorés, soit en les aspirant avec la disparition progressive de la matière ou de la couleur.

 

La peinture qui se souvient le mieux est celle qui commence par oublier le plus. Chaque œuvre nouvelle importante modifie le regard porté sur toutes les œuvres du passé. A chaque génération de se dégager du passé en le réinventant et de découvrir son présent.

 

Sans souvenirs il n'est point d'imagination.

 

La perspective classique  inscrit le spectateur dans le cadre lui-même, en fonction d'un point de vue qui est commandé par le tableau.

L'art contemporain ne représente pas quelque chose. L'œuvre se présente désormais dans une opacité réflexive qu'il convient d'expérimenter : la fenêtre n'est plus transparente, elle s'offre elle même au regard (travaux de Matisse).

L'image doit sortir du cadre, a dit jadis Pacheco à Vélasquez, son élève.

 

Jusqu'à Vélasquez la peinture avait surtout une fonction idéalisante. Pour capturer le spontané de la vision, il lui a fallu inventer la technique du brossage non lissé où les détails ne sont plus rigoureusement figurés mais suggérés par un jeu d'ombres, de lumières et de taches colorées.

 

La lumière et la couleur sont espace, profondeur et durée. Alors qu'elle représente souvent l'expérience que nous avons des choses, la peinture nous fait voir comment les choses s’offrent à nous.

 

 

 

 

 

L’ART D’UNE EPOQUE ; L’EPOQUE DE L’ART

 

  

L’art, c’est probable, résulte d’un désir de symbolisation de la réalité. Dessin, peinture, modelage, sculpture, musique, écriture, sont nés avec l’homme. De ce fait, il est inconcevable que l’art puisse un jour disparaître. La seule question véritable est celle de sa perception, toujours très étroitement liée à son époque à un moment historique donné.

Il s’agit de la confluence entre la pensée dominante à une certaine période et ce qui structure le regard dans le même temps. Cette rencontre changeante fonde des lectures divergentes ainsi que des rejets ou des découvertes tardives.

 

Il parait établi que selon les identités et les appartenances différentes façons de voir peuvent coexister en un même temps, parfois en un même lieu. A moins de nier farouchement ces variables, jusqu’à en nier l’existence même, la question du bénéfice à tirer du regard de l’autre s’impose. Que peut-on s’ajouter, de quoi peut-on s’enrichir à fréquenter l’exotisme de l’inattendu ?

 

Les sentiers de l’art facilitent le passage. Par les questions qu’il nous impose, l’art nous apprend à voir et à ressentir. Il nous pousse à l’ouverture d’esprit, il mobilise notre sensibilité. Totalement inutile, il n’en est pas moins indispensable. L’art n’est pas un horizon puisque celui-ci est limité et se déplace à mesure que nous avançons. L’art instaure l’infini de nos perspectives car il englobe tout dans un au-delà permanent de la réalité perceptible. Il permet de ne rien faire, de ne rien envisager, de ne rien désirer. Il permet tout simplement de Vivre.

 

Au 20e siècle, la mise à mort des règles a entraîné une formidable émancipation ainsi que la recherche de principes nouveaux. Ecoles, manifestes et tentatives se sont succédé. Aujourd’hui encore dans quelques écoles d’art demeurent des excommunications dérisoires et tardives, au nom des multiples inventions de l’eau chaude. Se prenant souvent comme une fin en soi, l’expérimentation en tous genres fait que les éléments symboliques structurant le regard sont devenus si confus que la réalité du moment est difficilement perceptible. Elle est masquée par l’urgence et la rivalité des apparences immédiates.

Perte de références et mise à mal de la mémoire impliquent que le souvenir de l’art se dissout volontiers dans la brume de la confusion. Or, sans souvenir il n’est pas d’imagination créatrice.

 

Outre le fait que tout ne peut pas être art, la médiatisation et la diversité de l’art actuel le tiennent à distance et entretiennent son opacité. La pratique vivante et contemporaine de l’art serait-elle réservée à quelques « allumés » forts d’un musée imaginaire personnel et portatif ?

Une telle hypothèse est proprement irrecevable, au nom d’une évidence tranquillement complexe : s’il arrive que l’époque s’oppose à l’art, c’est l’époque qu’il convient de congédier.

 

 

 

 

 

 

 

ACQUERIR UNE ŒUVRE

  

 

La variété des relations à l’art relève de mystères. Les uns peuvent paraitre assez limpides, selon qu’il s’agit d’un rejet (encore que…) ou d’un attrait spéculatif. Mais quand on affronte l’amour ?

L’amour,

L’amour de l’art.

 

Mes acquisitions sont le plus souvent conséquences d’une tétanie, fruits d’un inattendu bouleversement émotionnel très rarement démenti par la suite. Un état critique conforté par un raisonnement postérieur. Fréquenter l’art m’engage au plus profond de moi-même, intéresse un processus comparable à la fulgurance d’une rencontre qui pulvérise le présent, le brouille, et engage l’avenir tout entier. Un avant cède le pas dans l’instant à l’inattendu d’un après.

 

Pour la première fois, l’une de ces nouvelles venues a suivi une voie un peu plus laborieuse. (Rien ne dit toutefois que cette affirmation soit aussi pertinente qu’il puisse paraître, les circonstances peuvent avoir modifié l’apparence du processus. Il faudrait vérifier.)

 

J’ignorais l’existence de la belle alors que j’assistais au vernissage de travaux récents d’un artiste m’ouvrant volontiers son atelier et que j’avais contribué quelque temps auparavant au choix des pièces à exposer, un texte m’étant demandé pour le catalogue. Elle avait été réalisée dans l’intervalle, sans que son existence ne me soit révélée.[1]

Dans la galerie, elle occupait un refend à l’abri du premier regard. On ne pouvait pas la découvrir d’emblée. Elle capta cependant tout de suite mon attention, orienta mon parcours, me fit signe et me parut aussitôt remarquable. Outre ses dimensions respectables, quelque chose d’indéfinissable me disait son importance, sa singularité.

Une de ces toiles qui s’imposent comme il arrive parfois parce qu’elles trouent la suite d’une exposition.

Nous nous sommes longuement dévisagés. Confrontation décisive. J’avais affaire avec moi-même, j’étais mis en demeure. L’œuvre m’interrogeait, je sentis rapidement qu’elle me défiait. Saurais-je me montrer à la hauteur ?

Quelques paroles échangées avec le peintre pour lui dire mon émoi précédèrent une photo et des mots jetés à la hâte sur l’un de ces carnets toujours prêts à recueillir une trace fugace. Un carnet de notes, dit-on.

Prise d’image et notes griffonnées permettent de passer à autre chose sachant que des graines seront conservées pour une probable germination.

Confiance.

 

Il en fut exactement ainsi. Une exploration à la découverte de cette peinture et de son énigme s’engagea hors de toute autre préoccupation. Des hypothèses apparurent, elles se firent plausibles au fil de l’écriture, jusqu’à me convaincre. Ou à peu près.

Des hypothèses à vérifier bien sûr, vite les soumettre à l’artiste avec l’inquiétude de quelque bévue. Brève attente, joie, une réception chaleureuse et une validation. Bienheureuse connivence, une fois de plus.

La voie demeure ouverte. La peinture guide l’écriture.

 

L’ayant scrutée, examinée, visitée, il me semblait possible d’accéder à une tranquille prise de distance. Cependant, je pensais à elle, qui m’occupait toujours.

Avoir écrit à son sujet pouvait entraîner quelque détente, croyais-je naïvement, négligeant que nous avions partie liée, à mon insu. La toile s’imprimait en moi, sûre d’elle. Elle envahissait mon actualité.

 

Suivirent une intervention à l’occasion d’une visite commentée de l’exposition, un entretien filmé avec l’artiste ; quelques mois après, une exposition nouvelle dans une autre galerie et un débat en public.

Survint enfin, inopinée, la lecture des mots de Jean Planque accompagnant la présentation de sa collection au musée d’Aix-en-Provence.

Une série de déclics affirmant l’imparable.

 

Il n’y a jamais de tableaux trop chers. Il y a, seuls, des tableaux hautement désirables () L’essentiel est que le tableau vous regarde. Ce n’est pas à l’amateur de le regarder, il doit se contenter de le voir, c'est-à-dire de croiser son regard avec le sien afin de soupçonner l’émotion profonde de l’artiste.

(…) la plupart des gens ne sentent pas les tableaux. Ils les voient, mais ils ne les sentent pas. Un tableau a une odeur, un tableau se ressent non pas par ce qui est dessus, et ce qu’on voit, mais par le total : ce qui est dedans, derrière, ce qu’il signifie, ce qui est caché, le secret du tableau, le secret du peintre, le secret de soi-même, la découverte de soi… c’est les tableaux qui nous possèdent, c’est l’inverse de ce que les gens croient. On est possédé tout comme on est possédé par une femme … Un tableau c’est une chose infinie dans les sensations qu’il procure. Quand il est habité ! [2]

 

Jean Planque me disait combien ce tableau m’était destiné, que je ne pouvais lui échapper, que je devais m’y résoudre, toute réflexion abolie.

Juste un message à envoyer à l’artiste lui demandant comme une faveur de pouvoir acquérir son œuvre.

Trouver enfin un apaisement et me préparer à l’accueil de la bientôt nouvelle venue en choisissant la place à lui ménager parmi ses aînées, en un précieux partage d’intimités.













NOTE SUR LA PEINTURE

d’après une lecture d’Yves Bonnefoy, L’arrière pays

 

 

La peinture nous décrit.

 

Elle évoque souvent cet autre lieu que nous pressentons, dont nous savons l’existence supposée, sans jamais pouvoir l’atteindre. C’est un lieu de l’imaginaire, si réel et pourtant si inaccessible, que nous portons en nous, que nous connaissons tous, sans jamais l’avoir aperçu.

 

Au soleil couchant, la ligne de crête du Luberon décrivait un indispensable franchissement, à ne surtout pas accomplir pour que demeure le rêve, qui fait l’inconnue de la peinture.

Il y a toujours du temps dans le dos du temps, comme il y a toujours un au-delà, mobile, inconnaissable, en changement perpétuel. L’horizon est ce lieu de l’imaginaire que Piero et les siens outrepassent. La Toscane est l’horizon des horizons.

 

Visiter des paysages imaginaires appartient à chacun, les pénétrer, jamais. Déserts, montagnes, villes labyrinthiques, lieux de dévotion ancestrale. Inde, Nil, Méditerranée, Hébrides, mais aussi le plateau du Comtadour et l’Aragon pyrénéen.

 

Dire ce long voyage de la peinture dans les régions de l’esprit les plus ombrées. Lent cheminement assoiffé, souvent erratique, où se font des rencontres, souvent différées, décisives.

Dire aussi la révélation du haut niveau de conscience, de connaissance, des artistes. La peinture, objet de grande culture, enfouissement et révélation réunis. Unicité de la peinture. Epiphanie.

 

Rechercher le corps du peintre. Où est-il ? Qu’est-il devenu ? L’œuvre en conserve la trace, toujours insuffisante.

Le tableau est un appel vers le mystère d’amont, celui de l’épaisseur si légère du temps. Il établit parfois une ouverture vers des profondeurs entrouvertes, ressenties, devinées plus que perçues.

 

A ce mystère permanent de la peinture correspond l’humilité de l’architecture romane, qui tire de sa modestie sa force et son incomparable puissance, son éternité.

Carluc, Salagon, Lombardie, les deux versants des Pyrénées.

 









LA PEINTURE NOUS REGARDE

 

 

 Au 17e siècle, le siècle d’or hollandais, la Réforme a sorti les bondieuseries de la peinture et des églises. Elle a fait entrer dans la peinture l’ordre et la discipline, le quotidien des paysages, des scènes d’intérieur et des travaux ménagers, ainsi que l’austère célébration des biens matériels et de la réussite sociale.

 

L’art est italien, la Toscane en est le berceau, ses paysages en sont les langes.

L’art fleurit en Italie, depuis l’Antiquité. Sans discontinuer. Tous les arts.

Chaque ville, chaque village, chaque pierre, arbres, collines, ciels et légèreté de l’air, sont occasions d’art.

Lorsqu’elle survient la pluie ravive les couleurs.

Elégance et finesse, mariage subtil de la nature et de l’architecture.

Intelligence et délicatesse à profusion.

Respect du patrimoine.

Regards sur soi.

Transmission.

Décérébré l’homme sans mémoire.

Sensible, l’Italie apporte bonheur et aisance. Partout elle se souvient.

 

Magnétisme de la peinture, un tableau peut hypnotiser le regardeur occasionnel et lui faire perdre toute vision personnelle.

Les images des images, les écrits sur les images, l’imaginaire et la glose des commentateurs s’additionnent et composent un sfumato masquant totalement le tableau. On n’y voit rien s’exclame Daniel Arasse.

 

Ce que nous reconnaissons n’est souvent que le souvenir de choses vaguement vues ; ce que nous apprécions n’est parfois que la qualité d’une culture auto satisfaite. Se défier du connu requiert beaucoup de vigilance. L’œuvre est avant tout un ensemble de propositions qui nous sont faites, à nous de les découvrir, de leur donner sens, de nous les approprier.

Le tableau s’offre immédiatement de manière souvent déroutante, c’est un paysage mental (cosa mentale disait Léonard) à parcourir, à éprouver, pour en apprécier les éléments et la structure. Le replacer dans son cadre historique, souci nécessaire, ne permet en aucun cas de saisir la réalité de ce que fut le regard historicisé ; dès lors, pourquoi ne pas s’autoriser à le transposer dans le temps même du regardeur actuel ?

Qu’importe l’anachronisme, si le tableau nous est parvenu c’est aujourd’hui qu’il est visible ! Intemporalité de la peinture : le petit plongeur de Paestum, le chien de Goya...

Comment dénuder le tableau pour l’ausculter minutieusement ?

 

Une image peinte est d’abord un ensemble dont il convient de se déprendre. Le tableau qui saute aux yeux aveugle. Puisse l’impression générale ne pas tout déséquilibrer. Il est bien difficile de chercher ce que le regard n’impose pas d’emblée, il est malcommode de ne pas suivre son regard mais de le diriger. Si le regardeur ne la voit pas, l’œuvre n’est jamais en cause.

Regarder un tableau, le dévisager, le scruter, l’explorer, le questionner, varier les distances, exige patience, curiosité, envie, allées et venues d’un point à un autre, écoute des émotions, attention au moindre détail, sachant que rien n’est le fruit du hasard.

 

En dépit de certains discoureurs contemporains sait-on jamais ce qu’a voulu dire l’artiste au-delà de ce qu’il livre aux regards, parfois avec une désinvolture teintée d’humour ? Une énigme s’offre à nous, à nous d’en reconnaître l’existence, de la déchiffrer, d’inventer les chemins de notre sagacité.

La peinture est un art majeur par ce qu’elle requiert de tout amateur, exigeante elle élève par les questions qu’elle nous pose.

Plus que ce que nous connaissons d’une œuvre, c’est ce qu’elle nous fait connaître de nous-mêmes qui en fait le prix.

 

La peinture nous regarde à plus d’un titre.











ENCORE PEINTURE

 

 

« On ne peut pas voir une peinture si on n’est prêt à croire ce que l’on voit … On préfère expliquer aux gens ce qu’ils vont voir plutôt que de les mettre en position de croire à ce qu’ils voient par eux-mêmes. C’est ce qui leur fait dire qu’ils ne connaissent rien à la peinture ou à la littérature. On leur enlève cette part de confiance préalable à toute rencontre. »[3]

 

Favoriser, développer, entretenir un regard hospitalier à ce qui se présente et en soi et sur la toile.

Dans le chaos de l’incompréhension les stéréotypes et autres allant-de-soi se perdent. La volonté de s’accrocher à des repères est battue en brèche. Admettre comme un bienfait cette perte, favorise la germination du nouveau à s’ajouter.

 

Les images du passé peuvent devenir terrifiantes par la force qu’on leur accorde.

Cézanne disait admirer les œuvres du passé, sans qu’elles puissent le gêner pour autant.

 

Peindre troue le visible.




[1] Notre-Dame des Fleurs, Jean Genet  - huile sur toile, 170 x 160 cm - Serge Plagnol, 2010

[2] L’œil de Planque, confidences d’un collectionneur – Béatrice Delapraz, éd. Cheneau-de-Bourg, Lausanne

[3]  Yves Berger, peintre, in John Berger Le Blaireau et le roi, Hors-Limite, Fondation Facim, éd. 2010

 





 

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