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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 09:27

 

 

De nombreuses raisons d’être réticent, de fortes réserves à formuler su certaines propositions, une organisation assez contestable, des réalisations inconsidérées (le J1 qui fermera à partir de mai faute de climatisation), des affectations financières sans doute incertaines…

MAIS

 

- Un parcours ponctué de sculptures vient d’être inauguré dans la vallée de l’Huveaune.

Ces sculptures ne sont en fait que des mannequins moulés, sans intérêt artistique véritable. On pourrait aussi bien les voir dans une vitrine de magasin de fringues. Peu importe qu’il s’agisse d’art ou non, ce qui compte tient à ce qu’a permis ce projet et sa réalisation : des gens d’origines diverses se sont rencontrés, ils ont échangé et se sont mobilisés pour mettre en valeur le lit d’une rivière côtière unissant le massif de la Sainte-Baume au Parc Régional des Calanques. Lit de la rivière = liaison citoyenne. Des personnes se sont unies pour poser une série d’actes significatifs dans le sens d’une réappropriation de leur cadre de vie, et les élus locaux ont avalisé. Cette action collective s’est déroulée selon le processus nouveaux commanditaires dont j’ai parlé dans mes « Brèves » 10, sous la rubrique Désir d’art, et 14, A propos d’œuvre et d’artiste (une inauguration emblématique en Camargue).

L’œuvre réside en partie dans ce qu’elle suscite, création artistique et vie publique ont à voir plus qu’on ne pense généralement.

 

- Sur le terre-plein du J4, à l’entrée du port de commerce, le chantier du MuCem attire en permanence des visiteurs curieux. Ce musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée ne sera inauguré qu’en juin et déjà il fait évènement. L’architecture conçue par Rudy Riccioti intrigue par son apparente évidence, sa fonctionnalité et la nature du matériau de base employé, un béton fibré de très haute technicité produit dans la région (Riccioti, dont l’agence est installée dans le Var, insiste sur l’importance du produire local opposé à l’importation de techniques préfabriquées en Asie ou ailleurs). Il semblerait que ce chantier qui a tant tardé à démarrer suscite d’ores et déjà un certain enthousiasme. Lignes pures, un cube, souci de liaison avec l’antique Fort Saint-Jean rénové et aménagé, accès aisés favorisant la balade et la découverte du paysage, sobriété de la décoration, une résille pare- soleil évoquant un immense moucharabieh. Pas grand-chose à voir avec les habituelles architectures autoritaires des bâtiments officiels.

 

[A deux pas, comme un contre-point propre à renforcer l’intérêt du MuCem, s’érige la Villa Méditerranée au bien curieux intitulé. Nous sommes là dans le droit fil de l’architecture internationale mégalomaniaque dont Calatrava et Nouvel, entre autres, sont de vaillants représentants. L’architecte qui signe l’édifice, Stefano Boeri, parle d’un « geste architectural et culturel audacieux » (sic)… Vive la prouesse technique, pour la prouesse !  En fait une foutaise prétentieuse à la destinée incertaine, budgétivore, malheureusement plantée là en une stupide rivalité portée par le Conseil Régional.

Toutes les caractéristiques de l’aberration semblent réunies. Puissè-je me tromper.]

 

- Face à la mer, dans l’ancienne Station sanitaire maritime réhabilitée dont Fernand Pouillon fut l’un des trois architectes, vient de s’ouvrir le musée Regards de Provence. Ce bâtiment initialement destiné à s’assurer de l’état de santé des immigrants (le souvenir des épidémies propagées à partir du grand large demeurait vivace jusqu’après la seconde guerre mondiale) n’a que très peu fonctionné. Vite abandonné, tombé en déshérence, saccagé, incendié, il faillit être démoli. Sauvé in extremis à l’occasion de Marseille 2013, il semble attirer d’emblée de nombreux visiteurs et devrait confirmer son succès premier. Curieux destin que celui de cette Station sanitaire.

Une vidéo retrace l’histoire de la Peste de 1720 (100 000 victimes) due à la voracité financière de gros négociants passant outre les interdits en s’appropriant les marchandises consignées récemment arrivées au port. Dans une seconde partie cette vidéo présente la conception et le fonctionnement prévu de la Station. Alors que celle-ci fut construite en 1948, la froideur technique des impératifs sanitaires ne va pas sans évoquer l’horreur des chambres à gaz.

Une collection des peintres de la Provence occupe la plus grande partie de l’espace muséal. Très rares sont les toiles présentant un intérêt véritable, beaucoup sont faibles, mais la réunion de nombreux artistes possédant un réel savoir-faire, attachés aux lumières et aux paysages provençaux, soucieux d’en traduire ce qui les inspire, finit par être attachante. Cette collection a valeur de témoignage, c’est elle sans doute qui fait œuvre. N’oublions pas cependant l’agrément de découvrir ça et là André Lhote, Francis Picabia (surprenant), Edouard Pignon, Othon Friesz…

Parmi les contemporains, le plaisir est réel de rencontrer Piotr Klemensievicz, Jean-Jacques Ceccarelli, ainsi que des photomontages incisifs de Christian Garcin. Il convient également de citer les personnages sculptés et peints dans la manière de l’art brut par Luc Dubost. Des créatures hybrides, animalcules hominiens, sculptures en polyester que François Mezzapelle réalise avec humour depuis des années, ponctuent l’espace. Pour une fois quelques régionaux de l’étape sont présents, voilà qui est positif. Il en est beaucoup d’autres qui mériteraient d’être signalés en divers lieux à l’occasion de cette année capitale.

Le restaurant panoramique fort convenable mérite également une mention. Il est agréable d’y être servi par du personnel attentif et aimable.

L’art et la culture sont créateurs d’emploi. Certaines villes l’ont compris depuis longtemps. 

Qu'en sera-t-il de Marseille ?

 

- Roland Hayrabedian, le très attentif chef et directeur artistique de l’ensemble Musicatreize (lauréat des Victoires de la Musique en 2007), a décidé de s’engager à fond pour l’année Capitale dès lors qu’il en fut question. Il vient de conduire L’Odyssée 2013, une œuvre magistrale composée spécialement par Oscar Strasnoy sur un livret d’Alberto Manguel. On en parlait depuis plus de deux ans. Nous y sommes. Ce fut grandiose.

Un Ulysse multiforme nous entraîne dans une gigantesque épopée multilingue que nous content 370 exécutants, solistes et musiciens professionnels, mais aussi chœurs amateurs répartis sur la scène et dans la salle. Cet extraordinaire concert, assorti d’une impressionnante scénographie, sûrement aussi démesuré que le furent en leur temps certaines des créations de Berlioz, donné à deux reprises au théâtre du Merlan, marque une étape importante dans la programmation de cette année. C’est un peu comme s’il en signalait la véritable ouverture en donnant l’impulsion qui a manqué jusqu’à présent.

Et puis cette générosité d’associer des ensembles amateurs sollicités au maximum de leurs compétences par l’exceptionnel de l’enjeu. Cette association a permis à l’évidence de faire venir un public qui autrement ne se serait certainement pas cru autorisé à écouter une œuvre de cette ampleur. Ou tout simplement pas du tout concerné. A chaque fois la salle de 400 places était archicomble, et le théâtre se trouve dans les quartiers nord de Marseille, inséré dans un centre commercial…

L’importance de l’évènement sera-t-elle perçue à sa juste mesure et prise en compte comme il convient ?

L’art et la culture facteurs d’intégration.

 

 

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Published by Blogue-note de Jean Klépal
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commentaires

marie jeanne 11/04/2013 12:26

serais-tu vraiment impartial, Jean ? n'y aurait il pas quelque a priori ? Je te crois de bonne foi.
le "Mais" de ton article me porte à le croire même s'il faut quitter la ville pour trouver grâce à tes yeux.
en attendant de juger sur place, ce dont je me réjouis, il faut que je te dise Jean, je crois que ton jugement, une fois de plus, est sans appel. mjd

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