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6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 09:21

Aurélien Bellanger – La théorie de l’information – roman (Gallimard éd., 2012, 488 p., 22,50 €)

 

Roman (terme vieillot) prétend la couverture, écrit conviendrait mieux pour qualifier le propos.

Avec ce best seller de la rentrée, nous sommes confrontés à l’un des premiers textes post littéraires de ce temps.

 

L’informatique et Internet remettent en question nos modes de penser et notre perception du monde, ce qui ne manquera pas d’affecter bientôt profondément la littérature littéraire, témoin dépassé d’un monde en voie d’extinction.

« La théorie de l’information » nous envoie un signe fort à ce sujet.

L’écriture est volontairement plate, uniforme, banale comme un simple récit, froide et parfois ennuyeuse comme un rapport. Si ça et là affleure une touche d’humour (lambeau d’humanité ?), aucun effet n’est jamais visé.

 

Ce livre dont la très forte médiatisation coïncide assez précisément avec ce qu’il décrit est davantage l’œuvre d’un écrivant que d’un écrivain. Il retrace avec clarté et précision la saga de l’irruption frénétique du virtuel et de l’informatique dans notre quotidien - de l’invention du Minitel aux équipements mobiles en passant par la molle décrépitude de France Télécom -, avec pour conséquence le délire et la démesure de l’information permanente, protéiforme, surabondante, c'est-à-dire l’occupation permanente du moindre espace privé.

Au travers du parcours d’un adolescent devenant jeune adulte, mégalomane aussi doué qu’insatiable, le développement envahissant de la « nouvelle économie », ou « Web économie », est en fait le véritable héros de cet écrit dont la lecture se révèle prenante. L’image renvoyée fascine et terrifie : c’est de nous et de la façon dont nous sommes agis qu’il est question.

L’espèce est parvenue à cet exact point nodal où tout se dérègle, où se perd le sens commun ; elle est dominée, manipulée par des aventuriers ivres de puissance aveugle, elle est entrainée dans une aventure inconnue jusqu’alors : l’apparition de l’homo numericus, symbiose entre le biologique et l’électronique.

Nous sommes plongés dans un monde hallucinogène, un monde de mutants.

 

Fable ou réalité ? Vision prémonitoire d’une planète livrée au délire faustien de quelques délirants monomaniaques à la puissance incontrôlable ?

Difficile de trancher. A coup sûr un objet de réflexion.

 

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Published by Blogue-note de Jean Klépal
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