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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 16:41

Denis Sieffert-Michel Soudais – Mélenchon et les médias – Politis éd., 2012 (90 p., 8 €)

 

Une réflexion dans le sillage de l’étude que Pierre Bourdieu a consacrée à la télévision en 1996.

 

La relation tumultueuse de Jean-Luc Mélenchon avec les médias sert de trame à un examen des conditions dans lesquelles la presse rend compte de la vie politique. Des exemples précis ponctuent l’examen des déformations coutumières à la pratique des journalistes, pas nécessairement malveillants a priori mais néanmoins producteurs d’idéologie.

Les « lunettes » qu’ils chaussent, l’angle sous lequel ils présentent les faits et les situations, sont souvent plus nocives qu’une simple volonté de nuire. Le formatage des journaux télévisés est exemplaire à ce sujet. La violence symbolique du système médiatique impose le primat de l’idéologie dominante, ce qui permet aux auteurs d’affirmer que « si Sarkozy a été battu, son discours (notamment sur le plan économique) n’a pas été anéanti. »

 

L’information est modélisée par la pub, les médias passent leur temps à exploiter les filons qui leur paraissent intéressants du point de vue de l’audience. Aucun souci de structurer les discussions n’est perceptible, les dirigeants politiques sont d’accord sur le fond des choses, et les médias avec eux, puisque dépendants de patrons de groupes industriels et financiers. Le consommateur est ciblé, bien plus que le citoyen.

« La limitation du temps (à la télévision) impose au discours des contraintes telles qu’il est peu probable que quelque chose puisse se dire » (Bourdieu). Il est clair que l’urgence imposée ne permet pas l’expression d’une pensée nuancée.

Faits divers et faits de société sont constamment confondus, ce qui interdit toute réflexion sociale et politique sérieuse. La question est alors licite de s’interroger sur le rôle de maintien du statu quo politique et social dévolu aux journalistes par les groupes de presse.

 

Dans sa grande majorité la presse écrite – principaux hebdomadaires et quotidiens - se soucie avant tout de la traduction politique d’un consensus social ignorant la violence imposée en permanence aux salariés, aux exclus, aux immigrés. Mélenchon avec sa propension à vilipender les journalistes et sa volonté de se référer à des temps forts de l’histoire cristallise naturellement les critiques de l’ensemble des éditorialistes en vogue, prompts à signaler ses sorties de piste. Bel exemple de ce que Bourdieu appelait « cacher en montrant » : l’anecdote érigée en élément principal d’information, l’amalgame ou l’insinuation, permettent le mensonge par omission sur le fonctionnement des systèmes en place. La soi-disant « neutralité » du journaliste masque alors sa complicité, sinon sa mauvaise foi.

 

Derrière la bataille politique s'en profile nécessairement une contre un système médiatique qui promeut en permanence une voie imposée par le groupe dominant (économie, Europe). Les éditorialistes multi médias, les chroniqueurs que l’on voit et entend partout, ne sont en fait que les commerciaux de la doxa libérale.

 

Le véritable journalisme ne peut être que d’opinion, une presse alternative forte est indispensable. On ne peut que plaider pour son émergence au grand jour et le développement de son audience.

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Published by Blogue-note de Jean Klépal
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Alain Sagault 18/11/2012 18:29

Il n'est que trop évident que la désinformation tient plus que jamais lieu d'information dans nos pays apparemment démocratiques et apparemment en paix. TIENT LIEU doit être pris ici au sens
strict. Le bidonnage de l'information est si complet et règne depuis si longtemps que la plupart d'entre nous en avons perdu conscience et flottons dans le bain mousse rassurant des explications
simplettes, des consensus sans examen. Ne surtout pas chercher à dissiper les rideaux de fumée constamment entretenus par les instances dirigeantes, il y va de notre tranquillité.
Publicité et communication tiennent en laisse notre réflexion, que cette confortable dépendance ravit: c'est si commode de laisser penser autrui pour nous, et si dur de ne pas hurler avec les
loups…
Chacun sait que c'est Mélenchon qui exagère, surtout pas ces parangons de bon sens, d'honnêteté et de rigueur intellectuelle que sont les Apathie (quel nom prédestiné pour un joueur de pipeau!),
les Christophe Barbier (hélas, pas de Séville) ou les Elkabbach…

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