Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 10:24

 

Camille de Toledo – L’inquiétude d’être au monde – Verdier, 60 p., 2012, 6,30 €

 

Ce court texte, sorte de chant poétique, pourrait aussi bien s’intituler Livre de l’intranquillité, mais le titre est déjà pris...

Un texte bref, pour un grand livre.

Il est composé sur l’écritoire vermoulue et instable du 20e siècle, dont nous procédons : l’horreur de la guerre de 14/18, celle des massacres de 39/45, qui conduisent directement au pop-fascism d’Utøya.

 

                        L’inquiétude est le nom

                        que nous donnons à ce siècle neuf…

indique l’auteur presque d‘entrée de jeu. S’ensuit un chant séquencé consacré à l’état d’agitation et d’instabilité dans lequel nous ont plongés les horreurs du passé récent.

Ce chant couture la charnière d’une époque marquée par l’inquiétude, l’agitation permanente et l’instabilité. Notre temps. 

Des thèmes récurrents courent et s’entrelacent tout au long d’un chant curieusement évocateur des cantilènes médiévales. On y trouve une réflexion sur le vertige des langues piquetées d’intervalles, de silences – Trous qui demeurent entre les mots. Langues souvent du côté de la consolation et de la tromperie. Mais aussi terriblement dangereuses car les mots fabriquent des tueurs, et puis nous font aisément confondre réalité et virtuel.

A la mesure de jadis, mesure d’un monde censé connu, succède une dé-mesure qui fait tout trembler et dissout les repères. Nous connaissons l’histoire, mais plus personne n’en porte le sens. Où est l’homme dans sa durée ? Nous sommes émiettés car

                       nous portons en nous les trous

                        du vingtième siècle …

                        Nous les faisons entrer

                        dans le règne d’une matière instable…

 

L’inquiétude et l’impermanence érodent les souvenirs (ceux de la Grande Guerre notamment), conduisent au déni, au mieux à l’oubli, et nous font inventer des discours à côté. Cette situation très particulière nous intoxique :

nous voulons être délivrés du risque, du mal, de la pluie qui tombe en plein été. Nous voulons être délivrés de la peur, de la mort, et finalement, de la vie.

La langue, le langage, deviennent alors un simple écran de protection ; ils nous font consommer notre propre chagrin.

Dès lors comment peut-on habiter le 21e siècle autrement qu’en érigeant et repeignant sans cesse nos barrières, portillons et frontières de l’homme ancien ?

 

Aucune école ne prépare à tout cela, partout règnent

                       la faillite de l’imagination

                        et le retour des refrains entendus.

                        Le cycle de la consolation.

 

Le 21e siècle voit le recommencement de l’expulsion. Aucune école, aucun professeur

                        m’ont enseigné l’art de vivre en suspension,

                        sans origine, ni destin…

                       

                        Nous ne sommes pas préparés.

                        Voilà la grande faute.

D’où

                        le trouble général sur l’identité

                       

                        Le vertige d’un âge numérique

                        où plus rien ne distingue

                        le vrai du faux.

 

A nous désormais d’apprendre à vivre entre les langues.

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by épistoles-improbables - Blogue-note de Jean Klép
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal
  • Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal
  • : Remarques, réflexions, parti-pris et jets de vapeur sur la vie qui va et ses détours.
  • Contact

Recherche