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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 16:07

 

Hokusai, Manga, Editions de La Martinière, 2011

 

Dira-t-on jamais assez les vertus de ces librairies indépendantes, où le tenancier sait ce qu’il propose, où l’on peut entrer à tout hasard, certain de ressortir avec une trouvaille ?

Celle où j’ai mes habitudes principales se nomme L’Histoire de l’œil, elle doit son nom à son voisin immédiat, G. Bataille, épicerie fine, traiteur, dans le centre de Marseille…

Le hasard providentiel au lecteur assidu a fait que le libraire déballait tout justement les derniers cartons de livraison. Tout à coup, dans ses mains, un gros ouvrage à la dimension comparable aux anciens annuaires téléphoniques, il s’agissait d’une édition très récente des carnets de croquis d’Hokusai, commentée par trois spécialistes nippons. Toute réflexion abolie, l’objet devint mien dans l’instant.

C'est avant tout un livre d’images. Discrets, les textes apportent ça et là quelques précisons, sans plus, se gardant de toute logorrhée savante. Le plaisir est donc parfait.

 

Chacun connaît Hokusai (1760-1849). Chacun a vu au moins une fois sa Grande vague de Kanagawa ou l’une de ses Vues du mont Fugi.

Les Manga sont des carnets de croquis correspondant à des gravures sur bois. Trois cent d’entre elles sont réunies dans l’ouvrage de La Martinière. Quatorze volumes en ont été publiés du vivant de l’artiste, quatre mille planches au total, ils connurent un incroyable succès et abordèrent aux rives de l’Europe au mitan du 19e siècle. Les Impressionnistes s‘en saisirent aussitôt, le japonisme fut alors fort à la mode, Van Gogh, Gauguin, Cézanne, s’en inspirèrent, Picasso aussi, on dit même parfois Paul Klee. Le style Majorelle ou les personnages de Klimt ont également à faire avec ces représentations.

L’album récemment publié se parcourt, se picore, se butine, au gré de la découverte. Chaque page ouvre sur une surprise, la composition est souvent inattendue, les motifs on ne peut plus variés.

Des analogies s’imposent parfois avec les fresques des tombes de la vallée des nobles, en Egypte, où se trouvent représentées des activités agricoles et artisanales. De même, les planches consacrées aux animaux, aux végétaux, aux outils d’usage courant, aux modes de construction, aux armes et aux armures, avivent les souvenirs des illustrations de la grande Encyclopédie de Diderot et d’Alembert.

La surprise est grande de découvrir des exemples pédagogiques où les sujets à représenter sont d’abord figurés comme des assemblages de figures géométriques tracées à la règle et au compas. Comment ne pas penser à la remarque de Cézanne décomposant le paysage en un agencement de cubes et de cylindres ?

Puis viennent ces très nombreuses planches où sont représentés les acteurs de la vie quotidienne, de même que des combattants, lutteurs, archers, cavaliers. Les personnages du commun ont fréquemment le visage masqué par une ombrelle ou un chapeau, procédé qui confère aux silhouettes une singulière expressivité. Le souci de précision se traduit par une analyse minutieuse du mouvement, qui apparente certaines planches au dessin animé ou aux travaux de Muybridge.

La mer, la montagne, la nature en général sont célébrées. L’homme est alors mis en perspective face aux éléments par un jeu d’échelles soulignant le rapport des forces en présence. La parabole des aveugles et de l’éléphant, où l’animal est énorme et minuscules les hommes qui l’explorent montrent combien tout savoir est limité.

Une place est faite au fantastique, avec l’emploi de déformations ou de combinaisons parfois dignes des représentations fantasmagoriques de notre Moyen-âge ou des songes de Goya, contemporain d’Hokusai, qui possédait une connaissance de l’art occidental.

 

Proche de sa fin, alors qu’il était admiré depuis longtemps, Hokusai confiait combien il aurait aimé vivre assez pour parvenir à une connaissance suffisante de la nature et en rendre compte de manière satisfaisante.

 

Ce livre est un monument à la gloire de la maitrise incomparable d’un artiste exceptionnel. Un inestimable manuel d'exaltation du dessin, un ouvrage de référence pour tout amateur.

 

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Published by Blogue-note de Jean Klépal
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