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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 14:27

Jacques Cotta – Un CDD sinon rien Quand « intérêts financiers » riment avec « précarité des salariés » (J-C Gawsewitch, 2012, 280 p., 19,90 €)

 

Un livre de journaliste dont le titre et la présentation inciteraient naturellement à la réserve face aux nombreuses publications de circonstance. Un livre dont on pourrait penser qu'il n'apporte pas grand chose aux sempiternelles dénonciations des compromissions dont les politiques, toutes origines confondues, sont en permanence les agents.

 En fait un dossier fort intéressant, documenté, objectif, avant tout un constat terrifiant de l’effarante dégradation sociale en cours depuis des années.

Où il apparaît très clairement que depuis la présidence de Giscard d’Estaing et la règlementation européenne du fonctionnement des banques, l’emprise de la finance internationale sur la politique des états membres ne fait que croitre. Depuis lors, la complicité des gouvernements de gauche et des syndicats avec la lente remise en cause des acquis sociaux, de la législation du travail, des statuts propres à la fonction publique et des services publics, est indéniable. S’ensuivent désertification industrielle, nécrose des relations sociales, perte de combativité et soumission des populations, intensification des pressions et des intimidations. Un peu partout, le travail est « mis à sac ». (Il s’agit non pas d’un retour à l’Ancien régime, mais plutôt à la féodalité où priment l’arbitraire et le droit du plus fort. Désormais l’humain est de trop, il n’est qu’un élément gêneur à éliminer.)

 

 

Au travers de nombreux exemples et témoignages, le livre aborde l’évolution et la situation des chaînes de télévision, le statut des fonctionnaires, la dégradation des services postaux, l’inflation de l’intérim et les transgressions permanentes au droit du travail, l’enseignement et la précarité, l’influence du modèle américain et le management par le stress permanent, la souffrance généralisée au travail et les suicides. Il se termine par l’évocation de quelques voies de réflexion.

 

Alors que l’on parle d’abondance de la dette publique à résorber, ce sont les milliards engagés pour soutenir le système bancaire, les pseudo plans de relance et la baisse des recettes fiscales qu’il faudrait considérer. « Les déficits qui défrayent la chronique … sont donc le produit du système et n’ont pas grand-chose à voir avec une générosité étatique excessive au profit des citoyens. »

La remise en cause des statuts professionnels ne sert qu’à masquer la volonté de rupture totale avec le pacte social mis en place depuis la seconde guerre mondiale. Les intérêts financiers l’emportent désormais sur les conditions d’emploi des salariés. Une question de choix de civilisation se pose ainsi de manière très aigüe.

 

En s’attaquant aux services publics et au statut des fonctionnaires, l’Etat-patron a engagé le plus grand plan social jamais organisé. L’administration devient de plus en plus incapable d’assurer ses missions, ce qui induit comme une évidence la nécessité de privatiser ; cela avec l’assentiment actif ou passif des principaux syndicats, CFDT en tête, qui admettent l’introduction de CDI, donc d’une fonction publique à deux vitesses.

La modification du statut des entreprises publiques a été engagée à la fin des années 80 par les gouvernements de gauche, comme de droite. C’est le gouvernement de Michel Rocard qui, au nom de « l’adaptation nécessaire au marché », a disloqué les PTT pour créer France Télécom et La Poste, tandis que le gouvernement Jospin a ouvert France Télécom au capital, en 1997.

En 2007, les CDD étaient largement minoritaires, ils sont aujourd’hui monnaie courante en dépit des règles d’un Code du travail devenu gênant, dont le contenu est violemment remis en cause par le patronat. Sarkozy est allé jusqu’à préconiser un « contrat de travail unique » permettant à la fois flexibilité et absence de recours juridique de la part de salariés précarisés.

« Toutes les couches sociales sont atteintes par la destruction du statut du travail. »

Dans l’enseignement la situation se détériore à grande vitesse. Une pénurie d’enseignant se dessine sous le coup d’une image dégradée, de rémunérations faibles eu égard à la formation requise, une formation au métier insuffisante, et une détérioration considérable des conditions de son exercice.

Le « management par le stress » engage des processus destructeurs de l’individu. Souffrances au travail, et parfois suicides, en témoignent douloureusement.

Tout cela a comme effet principal démobilisation et fatalisme de la part des salariés, avec comme conséquence une disparition du lien social. Depuis les années 1981, sous diverses appellations, les contrats précaires ont succédé les uns aux autres, pour le plus grand bénéfice des employeurs, au total détriment des intéressés.

 

« La destruction des statuts, la fragilisation des contrats de travail, la précarisation généralisée, l’explosion annoncée de nos acquis sociaux ne tombent pas du ciel. Ces processus étaient déjà inscrits dans les différents traités européens. »

L’histoire récente montre que libéraux et socialistes sont en Europe sur une ligne commune. (Hollande ne semble pas vraiment vouloir déroger à la règle, son désir de faire ratifier le traité Sarkozy-Merkel en témoigne.) La chasse aux déficits publics ne peut que se traduire par une misère croissante. Parler sans cesse de compétitivité, c’est en réalité chercher de nouveaux champs de gains pour le capital. Vouloir réduire les « charges sociales », c’est chercher à ne plus payer une partie des salaires. La modulation du temps de travail permettrait de verser des salaires minorés, de supprimer des emplois et d’augmenter les cadences.

Le sort de la sécurité sociale est en jeu, alors que ses ressources sont soigneusement amputées par le jeu d’exonérations multiples, entretenues aussi bien par la droite que par la gauche depuis plus de vingt ans. Le financement de la protection sociale  ne poserait aucun problème si les entreprises cotisaient comme elles le devraient et si l’assiette de cotisations était élargie à l’ensemble des plus-values.

 

« Le coût qui pèse sur la société n’est pas celui du travail mais celui du capital. »

 

Des questions simples sur lesquelles devrait porter le débat :

- refus d’acquitter la dette, qui n’est pas celle des peuples (bel exemple que celui de l’Islande) ;

- exigence de voir les responsables passer à la caisse (où il est question des banques et de leur financement) ;

- relocalisation de l’activité et du travail sur le territoire national (travail de très longue haleine) ;

- réindustrialisation du pays (que cela signifie-t-il au juste, au-delà de la pétition de principe ?) ;

- rétablissement et extension des services publics (nécessité de réfléchir à des bases nouvelles) ;

- préservation de la protection sociale (sans doute relativement aisé, grâce à une vérité des comptes ressources et dépenses) ;

- reconquête de la souveraineté populaire et sauvegarde de la démocratie (cette option souverainiste mériterait d’être discutée au regard d’une réflexion sur un véritable fédéralisme européen).

 

L’accent est mis à juste titre sur l’absolue nécessité « d’une véritable réforme fiscale permettant de rétablir une progressivité qui épargne aujourd’hui les très hauts revenus et surtout les revenus du capital comme les bénéfices des très grosses sociétés. »

La création d’un grand pôle public bancaire passant par la nationalisation des banques que l’état a renflouées sans contreparties serait bienvenue.

C’est avant tout de volonté et de courage politique qu’il est question alors que les responsables politiques appellent les chefs d’entreprise à recruter dans le privé, tandis qu’eux-mêmes, à la tête de l’état, licencient ou bloquent toute embauche.

 

La question se pose désormais de savoir où se situe le seuil de tolérance en matière de rapports sociaux.

 

Il semble bien que cette interrogation concerne l’ensemble de l’Europe :

Grèce + Italie + Espagne + France + Allemagne = Explosif !

 

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Published by Blogue-note de Jean Klépal
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commentaires

plagnol serge 08/08/2012 16:55

OUI , OUI , tout cela est très vrai , dans le désordre un peu et tout en même temps ; mais la rupture avec le capitalisme libéralisme financier est difficile à combattre d' un coup . Les
incantations radicales ne sont pas forcément la solution miracle . Cogner sur Hollande à peine élu et renvoyer en partie dos à dos la droite et la gauche n' est pas un horizon très efficace à mon
avis . Bon , enfin , il faut trouver les solutions politiques .

Blogue-note de Jean Klépal 08/08/2012 19:15



Si la rupture avec le capitalisme relève sans doute de l'utopie, la volonté réelle d'en combattre les effets les plus nocifs apparait comme la moindre des choses. Or ce n'est pas à quoi nous
ont accoutumé les gouvernements socialistes, jusqu'à présent. Et ce n'est pas non plus ce qui semble se dessiner. La question n'est pas de cogner ou non sur Hollande (il a au moins le mérite
d'avoir remplacé Sarkozy, mais cela ne saurait suffire), elle est de rester aussi vigilants qu'intransigeants. Oui, il faut trouver des solutions politiques, qui sont à inventer,
nullement préexistantes, et certainement hors des partis tels que nous les connaissons depuis trop longtemps. Nous avons beaucoup à apprendre du côté des réseaux de résistance, souvent encore
balbutiants ; c'est affaire de longue haleine alors que le temps nous est de plus en plus compté.