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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 08:35

 

 

(Ecrits en 2004, pas encore oxydés…)

 

 

 

APRES

 

Le souci de l'après est évidemment présent au cœur de chacun. Il s'agit de notre aval, sur lequel nous aimerions bien sûr posséder des informations fiables. Y aurait-il quelques possibles prolongements, une survie ? Accepter sans barguigner une fin qui ne débouche sur rien, une disparition totale, n'est pas des plus spontanés, même si cela est raisonnable. Se trouver ainsi confronté à la vanité de l'existence a engendré de nombreuses fables auxquelles un grand nombre continuent de se référer.

Comme il est impossible de savoir s'y arrêter ne revêt pas une importance capitale, à moins qu'un refus frileux et apeuré de l'ignorance nous crispe sur un besoin de pseudo certitude : ce que l'on appelle communément croyance, foi, grâce ou révélation.

 

Si l'aval mobilise tellement, comment se fait-il que la question de notre amont, tout aussi mystérieuse, tout aussi importante, tout aussi inquiétante semble ne presque jamais se poser, mise à part la fantastique réponse du péché originel ou celle, somptueuse, des réincarnations successives ? Quoi avant, d'où procède-t-on ? Quel fut le parcours, de quoi sommes-nous lestés ? Comment sommes-nous reliés à la totalité de l'histoire de l'univers ? Là non plus, pas davantage de proposition crédible. Serait-ce une raison pour scotomiser les interrogations ?

 

A quoi tient le fait que l'origine individuelle préoccupe beaucoup moins que le devenir ? N'y aurait-il pas là une marque d'extraordinaire suffisance ? Qui peut considérer que son être au monde va de soi et que seul importe son avenir personnel ?

 

 

 

 

BIENNALES ET SALONS

 

Biennales du Livre d'artiste et autres salons spécialisés ont peu à peu perdu tout intérêt. 

 

A l'origine il s'est agi d'une aventure singulière où se mêlaient le plaisir de la découverte, l'expérimentation, une émulation propice à l'expression du désir, l'élaboration de relations de qualité avec des passionnés et la cordialité d'accueils généreusement intelligents de la part des organisateurs. Les salons étaient peu nombreux, ils drainaient des amateurs éclairés, tout aussi enthousiastes que les exposants. Chacun d'entre eux constituait un événement joyeusement attendu. Des amitiés se sont nouées.

 

Au fil du temps une banalisation de ces manifestations s'est instaurée. Les salons se sont multipliés jusqu'à devenir quelque chose d'analogue à ces Bourses aux minéraux et fossiles ou ces Foires à la brocante qui proliférèrent dans les années 70 et 80.

Des élus locaux flairant l'occasion de se mettre du culturel à la boutonnière voulurent eux aussi leur occasion de se signaler. Peu soucieux des enjeux artistiques et éditoriaux, ils se mirent à organiser des salons du livre avec séances de signatures par les vedettes éditoriales du moment, animations festives beaucoup plus accrocheuses pour le public que les monstrations d'éditions singulières. Une résistance s'ensuivit, des éditeurs marginaux se groupèrent pour organiser leur propre salon, à l'écart des loueurs de mètres carrés, dans le maintien d'une véritable convivialité et d'une passion partagée. Cette initiative connut quelques réalisations prometteuses.

Malheureusement une certaine euphorie s'ensuivit, apparurent alors des rivalités, des volontés de prise de pouvoir, et les ornières se creusèrent à vive allure. La singularité tendit à disparaître au profit des apparences. On vit proliférer des livres objets, souvent des bricolages plus ou moins compliqués, un peu racoleurs, sans intérêt véritable, ni livres, ni sculptures, plutôt bibelots kitsch, en tout cas pas grand chose à voir avec le livre d'artiste, qu'il soit livre de peintre, ou création commune d'un éditeur, d’un artiste et d’un auteur, des livres de partage, en somme.

De leur côté les organisateurs se soucièrent rapidement de la rentabilisation médiatique de leurs initiatives et de leurs retombées politiques possibles, les conditions d'accueil devinrent de plus en plus spartiates. Certains exposants désireux malgré tout de faire prendre l'air à leurs productions s'efforcèrent (et s'épuisèrent) à être partout présents, le plaisir de la découverte, de la surprise s'évanouit peu à peu. Le public vraiment intéressé se trouva dilué dans la quantité, qui l'emporta bientôt sur la qualité des regards et l'existence de véritables coups de cœur.

Les propositions elles-mêmes commencèrent à se répéter, le vif de la créativité s'émoussait.

 

Aujourd'hui ces salons sont érodés, tout aussi démodés que des expositions traditionnelles. Equilibrer les frais engagés (location d'un stand, déplacement et séjour) devient une gageure. De surcroît le plaisir n'y est plus, donc plus aucune compensation.

 

La machine consumériste l'emporte, il y a une très grande naïveté à croire qu'il suffit de montrer patiemment certaines productions artistiques au public pour qu'il finisse par s'intéresser. Les visiteurs, le regard perdu, la mine défaite et lasse, surpris par tant de propositions dont ils n'ont aucune idée, qui n'ont pour eux pas grande existence puisqu'ils ne les voient nulle part ailleurs (surtout pas à la télé bien sûr), se contentent pour la plupart de déambuler dans les allées, perdus parce que dénués de toute référence. Ils touchent mollement avec des mains pleines de doigts à des objets à manipuler avec précaution et à savourer du regard, et ceux qui touchent regardent ailleurs la plupart du temps...

 

STOP !

 

Il faut cesser cela de toute urgence. Un retour aux sources, peut-être un repliement sur soi, entre soi, est indispensable.

 

Chercher les happy few et ne cultiver son jardin qu’avec des espèces choisies !

 

 

 

 

 

CAMARGUE

 

La Camargue est un territoire bien particulier, nettement délimité, aux caractéristiques si marquées que l'impression d'être dans un ailleurs ineffable s'impose.

 

A l'ouest, loin au bout d'une fin de terre, s’imposent les Saintes-Maries-de-la-Mer, trop célèbre village touristique groupé autour de son église fortifiée. L'affluence y est grande en toute saison.

L'hôtellerie et la restauration rivalisent avec des commerces vestimentaires qui offrent de quoi se transformer vite fait en gardian de pacotille, ainsi que ces objets typiques toujours identiques et totalement dénués d'intérêt que l'on trouve en abondance dans toute station de vacances labellisée.

Des agences proposent d'alléchantes excursions et autres mini safaris inoubliables ; d'inévitables gratteurs de guitares hantent les terrasses.

A mesure de l’approche, les abords magnifiques sont ponctués de mas prétentieux, tout en toc, destinés à une clientèle désœuvrée. Des fêtes taurines sont organisées, ferrades, courses de vachettes et même quelques corridas.

On aperçoit ça et là des chevaux à la robe blanche et des toros noirs, entre les digues bordant des étangs peuplés d'innombrables oiseaux parmi lesquels se détachent les flamands roses, grands consommateurs de crevettes auxquelles ils doivent les nuances de leur plumage.

L'accès à la plage principale, celle où il est possible de jouir tranquillement d'un paysage exceptionnel justifiant à lui seul le déplacement, est soumis en été à un droit de péage, racket qui n'incite nullement la municipalité à soigner l'état de la piste.

 

A l'est, d'un abord moins évident, la route ne s'impose pas d'elle même, arrivant de la plaine de la Crau via Martigues et Port de Bouc l'emprunt d'un bac franchissant le Grand Rhône est nécessaire, le modeste village de Salin-de-Giraud s'ouvre à des visiteurs peu nombreux. L'agglomération fut construite sous Napoléon III, au moment de la mise en exploitation des salins. Elle possède une grande uniformité et s'apparente aux corons du Nord, avec toutefois de larges perspectives, des espaces arborés, des places ouvertes, de la lumière et beaucoup de quiétude. Le paternalisme patronal y suinte encore, le Musée du Sel est implanté place Péchiney...

Deux ou trois hôtels-restaurants aux tarifs raisonnables, aucun commerce touristique ne la défigure. Calmes, les habitants se déplacent volontiers à bicyclette. Ce village hors de ce temps témoigne d'une humilité au charme désuet.

Tout à coup une évocation des bords de Marne de mon enfance, la baignade des chevaux, les allées plantées de grands arbres, les berges du Canal. Un plaisir nostalgique me saisit.

J'aime Salin-de Giraud et m'y sens bien.

A quelques kilomètres, deux plages sauvages et dénudées, à l'immensité remarquable. On y accède par des digues érigées dans les marais où oiseaux et monticules de sel, les camelles, scandent un décor enchanteur aux incomparables éclairages.

A peine sorti de la voiture, il est possible de s'avancer dans une eau peu profonde.

Le plaisir est total.

 

 

 

 

CHILI

 

Patricio Guzmán, cinéaste chilien témoin de la geste de son héros, a consacré un film à Salvador Allende.

 

Celui-ci a mis plus de vingt ans pour accéder au pouvoir, trois ans ont suffi pour tout perdre. Une seule année, la première, permit d'amorcer des réalisations.

 

Médecin soucieux de partage et d'équité sociale, comme Che Guevara, Allende fut un de ces utopistes qu'héberge parfois l'histoire. Animé d'une farouche volonté de forcer la réalité quelles que soient les contraintes, il parvint à persuader une très grande partie de la population de la possibilité d'accéder à des modes de vie plus égalitaires. Il partagea un enthousiasme souvent teinté d'un naïf idéalisme avec une très grande partie du peuple chilien. Son défi majeur fut de vouloir imposer à marches forcées la concrétisation de ses rêves à un environnement rebelle. Il pensait pouvoir parvenir pacifiquement à la réalisation d'un nouvel ordre social. Aucun précédent n'existait, tout était à inventer, son expérience était unique. La force de ses convictions et son intégrité constituaient ses moteurs. Il y avait en lui une exacerbation des qualités qui empêchèrent Pierre Mendès-France de réussir en son temps.

La puissance réunie de la finance internationale (entreprises monopolistiques, Etats-Unis, monarchies européennes et Vatican finançant des campagnes d'opinion dès l'amont de son investiture), du gouvernement étasunien (rôles conjoints du Président Nixon, de Henry Kissinger, son Ministre des Affaires Etrangères, de la CIA fomentant des troubles) et de l'opposition interne (bourgeoisie possédante et armée) ont rapidement eu raison de lui et des siens. L'événement final se déroula le 11 septembre 1973. Seul au pouvoir, il assuma son échec en se suicidant dans le Palais présidentiel assiégé.

Allende, certainement très conscient de l'existence de ces facteurs, a cru semble-t-il pouvoir parvenir à ses fins grâce à la seule force de ses convictions et au soutien populaire. Peut-être n'a-t-il pas mesuré à sa juste valeur le danger que représentait l'opposition de l'armée à ses entreprises. Il est clair en tout cas qu'il n'a pas pris suffisamment de précautions à cet égard.

Sa volonté sans cesse affirmée d'éviter la guerre civile, ce qui lui a fait refuser de doter les forces populaires de moyens efficaces de défense, a débouché sur une dictature impitoyable. La répression fut atroce et durable.

Une chape de silence s'est rapidement abattue sur le pays. Allende a peu à peu été chassé des mémoires.

 

Nulle part, jamais, personne n'est parvenu à balayer un ordre établi sans qu'intervienne la violence. Spartacus, l'esclave en révolte, fut crucifié ; Robespierre, l’incorruptible avocat de la Raison, est associé à la Terreur qui aura raison de lui ; Gandhi, l'apôtre de la non violence, a péri assassiné dans un pays à feu et à sang, tout comme après lui Martin Luther King.

Cela signifie-t-il que, désespérément, aucun changement radical n'est possible et que seules prévalent les solutions extrêmes ?

Jusqu'où négocier demeure-t-il convenable ?

 

 

 

 

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