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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 16:12

(Ecrits en 2004, pas encore oxydés…)

 

 

CHRISTIANISME

 

Par Joseph, le Christianisme annule le père. Par Marie, vierge, il confine la mère dans un simple rôle d'éducatrice (spécialisée ?) : Joseph et Marie, patrons des familles d’accueil ?

 

Dans un article confié au Monde (11.08.04), le psychanalyste Patrick Declerck parle avec un bel humour de "cette religion fondée par un homme tellement affolé par la perspective du conflit œdipien qu'il alla jusqu'à s'imaginer, malheureux psychotique, un père céleste..."

 

 

 

 

CORPS

 

Mon corps est à coup sûr une partie de Moi mais les parties différemment nommées sont-elles une seule et même chose ? Où suis-je le plus moi-même ? En quoi Moi et mon corps sont-ils distincts ? Quelle est la nature de la relation entre Moi et mon corps ? Se voir dans un miroir n'est pas suffisant car il ne s'agit que d'une image réfléchie, alors comment Moi pourrait-il se mettre à la fenêtre pour regarder mon corps passer dans la rue ?

Il m'est clairement impossible d'ignorer un corps petit, malhabile, encombrant. Lorsqu’une difficulté majeure intervient combien j'aimerais abandonner mon corps et... lui donner des coups de pied. Le fonctionnement de mes organes ne m'appartient pas et pourtant il est de Moi. Que serait un corps sans organes ? Il serait certainement très dés-organisé.

Nous sommes un corps, soit, mais possède-t-on un corps pour autant ? Le corps nous est souvent étranger, nous ne le connaissons que très peu. Dans la maladie, la douleur, le handicap, il empiète, il prend sournoisement le pouvoir, il inhibe toute volonté, toute capacité d'entreprendre, il se met à son compte.

Lorsqu'il se révolte qu'en est-il du Moi qu'il porte en permanence ? Il y a de l'hallucinant là-dedans. Quand tout va bien, la présence du corps passe presque inaperçue, elle est tapie dans l'ombre, que survienne un mouvement maladroit et il triomphe avec brutalité.

Prendre soin de mon corps est-il prendre soin de Moi ? Qui prend soin de son corps jusqu'à le cultiver (cette obscène culture physique), le parer, l'orner prend-il soin de son Soi ? Le corps possède une redoutable capacité à résoudre le Moi à très peu de chose en le poussant à la démission. Comment s'abstraire de l'anéantissement du Moi qu'entraîne le corps lorsqu'il se signale ?

Peut-on décider de quitter son corps, autrement qu'en le violentant ? Comment s'y prendre ?

Le corps dit le peu d'importance du Moi.

 

 

 

 

DEMOCRATIE

 

La démocratie est devenue bien molle, toute tissée de démagogie obscurcissante qu'elle est désormais. Elle tolère tant de mensonges et de combines de la part de ses représentants supposés qu'elle ne peut plus qu'admettre de grossières dérives et des abandons multiples face aux conduites clanistes de minorités agissantes. Coquille vide, elle est seulement un mot servant de cache sexe aux manipulations d'une opinion aussi dénuée d'exigences que de mémoire, complice consentante du mépris dans lequel la tiennent les puissants, carriéristes professionnels de la politique ou experts en montages financiers, dont les propos et les engagements variant au gré des circonstances, n'ont d'autre pérennité que la fugacité d'une actualité dévoreuse, avide de non événements.

 

 

 

 

DISTANCE

 

Prendre de la distance, s'abstraire, est-ce possible ?

L'âge, le temps passé, la somme des répétitions de faits analogues, devraient développer un effet d'érosion des sentiments, de l'indignation en particulier.

 

Curieusement, il me semble que croît ma révolte à mesure que passe le temps, ou bien qu'elle se retrouve telle qu'en elle-même. Le monde est indigne, le monde est impropre ; seule évolution : je ne pense plus qu'il soit amendable. Il est ce qu'il est, de toute éternité. Cela n'empêche en rien l'indiscipline, le refus, la contestation, la détestation.

 

Passant, dans un monde inadéquat avec lequel je ne me reconnais pas grand chose à partager communément. Seuls demeurent vraiment des échanges possibles, aimables, avec d'autres passants de même acabit, mais cela n'arrange rien. Procure eut-être un adoucissement un peu complice, sans plus.

 

Vraiment rien à voir avec qui se prend au sérieux et estime pouvoir influer sur le cours des choses.

Non plus qu'avec ceux qui réduisent sans doute leur vie à eux-mêmes et n'ont de perspective que celle d'une durée totalement dérisoire.

 

 

ECRIRE

 

Un geste curieux, quelque chose d'un peu maniaque, une source de difficultés, un besoin imparable, un étrange passe-temps, générateur d'une méticulosité souvent obsessionnelle, occasion de découvertes parfois. Peut-être, grâce à l'arrivée inopinée d'éléments insoupçonnés, un désir de mettre un peu de clarté dans un esprit souvent confus. Il y a aussi du défi  là-dedans : savoir jusqu'où il est possible d'aller, muni de son seul viatique ; comme également identifier les objets de fixations fugaces, ou bien les ressassements.

Ecrire c'est un peu se tendre des pièges à soi-même pour se surprendre.

 

Quelque chose d'analogue à la visite d'une ville inconnue dont on peut avoir une vague idée, hors de toute description précise. Il s'agit alors de s'engouffrer dans telle ou telle venelle pour découvrir sur quelles perspectives ou quelles scènes inattendues elles peuvent déboucher. La nécessité de faire marche arrière s'impose parfois alors que l'on arrive sur un cul de sac. Refaire le même trajet à l'envers permet de saisir certains détails, quelques teintes, des trouées ayant échappé au premier coup d'œil.

 

Recommencer, reprendre pour affiner, préciser, fignoler, tenter une imprégnation par les expériences et la connaissance qui s'ajoutent comme une peau seconde. Chercher, être à la recherche d’on ne sait quoi.  Ecrire peut être une délectable errance comme la mesure amèrement frustrante d'une incapacité. Rien n'est jamais acquis, tout est toujours fragile. Il suffit d'un détail, si fréquent, pour que prime l'insatisfaction.

Pratiquer et jouer le langage, à égalité avec lui, participent du plaisir. Les mots se présentent, papillonnent, certains insistent, s'imposent, deviennent évidents, la plupart décrivent un étrange ballet, tentent quelque séduction, font miroiter une idée nouvelle, la dévoilent parfois, à d'autres moments cèdent le pas à des concurrents aux attraits éphémères, trompeurs de temps à autre. Un bouquet de mots sauvages comme les fleurs des champs, humbles et timides, se forme et se déforme, quelques uns se dérobent et font la nique, provocateurs ils deviennent obsédants. Comment parvenir à s'en défaire ? Ils veulent une place, il faut les disposer.

Parler pour dire, mais parfois déparler. Déparler, comme être aux bords ourlés du langage, dans la doublure, sans possibilité de réversibilité.

 

Le mot n'est pas la chose, disait Korzybski. Dans le déparler se trouve du mot hors de contenu. Le jouir des mots peut conduire à l'expression poétisée sans autre intention que le plaisir du jeu de mots, comme une musique première, une ritournelle faite de clins d'œil que l'on s'offre à soi-même avec une complaisante délectation.

 

Ecrire c'est aussi saisir pour soi d'abord, comme pour tenter de voir, pour apprendre à observer, pour se situer, pour laborieusement parvenir à s'identifier, bien avant de chercher un quelconque partage. Il s'agirait d'évaluer sa propre existence, d'en éprouver et d'en vérifier la permanence.

Ecrire serait donc vivre et chercher à le constater.

Ecrire c'est être aux aguets de soi-même.

 

La singularité véritable existe sans doute bien peu ; écrire de soi peut entraîner des échos imprévus.

Ecrire n'est pas décrire.

Ecrire est une capture, procède d'une prise de possession. Il s'agit de repérer puis de marquer un territoire que l'on fait sien, même si d'autres le revendiquent. En ce sens écrire ou piller peuvent aller de pair, à condition de reconnaître ses emprunts.

Prendre possession du bleu du ciel comme le fit Yves Klein, des couleurs contrastées de la nature, de la sonorité du vent, du moelleux de la pluie, de l'arôme d'un vin, d'attraits, de répulsions éprouvées, d'émois intimes, de prises de conscience, de la texture d'une matière, d'une pesanteur, d'impossibilités, de présences...

S'ajouter tout cela. S'offrir le temps d'un regard contemplatif, totalement disponible, accepter l'instant dans sa pleine durée, le convoquer. D'abord partager avec soi. Il m’apparaît que chacun, s'il écrit vraiment, écrit d'abord pour lui, pour fonder et établir une cohérence interne afin de se trouver ultérieurement dans la capacité d'échanger avec d'autres.

Ecrire serait tenter la fidélité à soi-même, condition première de celle à appliquer à autrui.

 

Ecrire c'est également chercher à tempérer le parler prompt (Montaigne, Essais - I, 10), c'est aussi et surtout, bien sûr, laisser une trace, croître et accumuler (pour distribuer un jour ?). Sans que pour autant la perpétuation soit le but véritable, elle ne serait qu'une conséquence.

 

Que sont les mots inscrits, des reliques de pensée analogues à la phalange ou à la molaire d'un béatifié ?

 

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