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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 23:00

(Ecrits en 2004, pas encore oxydés...)

 

SUITE ET FIN DES PROPOS MEZZO VOCE DONT LES PRECEDENTES PARUTIONS

SONT RAPPELEES ICI

 

PMV 1, Après, Biennales et salons, Camargue, Chili

PMV 2,Christianisme, Corps, Démocratie, Distance, Ecrire

PMV 3, Géniteur, Guerre, Images, Imprévus, Inachevé, Inconnue, Intolérance, Israël, Jargon, Lecture, Marginalité

 

 

MEMOIRE  

La mémoire possède-t-elle de nos jours une assise ?

A l'aube de nos souvenirs, l'enfance si souvent perturbée. Sur quelles images récurrentes la mémoire pourrait-elle s'établir ? Quel présent parviendrait à l'entretenir, alors que le zapping règne en maître ?

L'artisanat, mémoire vécue au quotidien, trouve-t-il refuge quelque part ? Peut-être dans ces enclos privilégiés qui s'apparentent au jardinage : boulanger rural, cultivateur en quête de paysannerie, comédien, artiste... Réserves ethnologiques, fragiles vestiges de l'humain.

Combien de musée ne sont que des nécropoles où s'entassent les restes à bout de souffle de cultures disparues ?

Nombre de ceux qui sont consacrés à l'art contemporain conservent dans le formol des discours théoriques les débris d'une culture épuisée, moribonde.

 

 

PASSE-PRESENT

L'évocation du passé d'un individu ne saurait se trouver convoquée pour justifier un temps de son présent.

Ce passé ne peut pas venir au secours de faits actuels en les atténuant, ou en autorisant une modification de leur lecture. Ainsi le Pétain de la Grande Guerre n'absout nullement le vil collaborateur des nazis qu'il demeure à jamais, pas plus que le taulard ne fait de l'ombre à Jean Genet écrivain.

Fidel Castro fut un héros incontestable de la révolution cubaine, il n'en reste pas moins qu'il est devenu un dictateur stalinien. Que les circonstances historiques aient conduit à ce nouvel état n'entache pas ses mérites initiaux, pas plus qu'elles ne l'acquittent de ce qui le caractérise aujourd'hui.

L'homme est tout entier contenu dans ce qu'il devient consciemment. Les actes ultimes auxquels il se livre colorent et qualifient sa vie entière, quelles qu'en aient pu être les péripéties.

 

 

PERTURBATION

La perturbation engendrée par le départ d'un proche est considérable, bien au-delà des aspects sentimentaux. Au vide affectif vient s'ajouter le désarroi. Les parents, les amis, forts d'une présence à laquelle ils étaient accoutumés, se trouvent soudain livrés à aux-mêmes, désemparés. Les actes du quotidien se colorent brusquement de manière différente, des décisions deviennent plus difficiles à élaborer, une incapacité relative se fait jour, source de grands embarras. Celui qui est parti laisse une béance, l'intensité de sa présence-absence se révèle en un creux que rien ne peut combler.

Un seul être vous manque... L'absence hurle le manque. Repères, étais, références, tout défaille. Tout d'un coup un nouveau registre est à appréhender sans que soit donné le temps de l'apprentissage. La confrontation avec un réel inconnu est très brutale.

Même annoncée, la mort de l'autre prend au dépourvu, rien n'y prépare vraiment. La vie dans sa répétition obsessionnelle pousse ses pions comme un courant incoercible. Comment ne pas se laisser emporter, submerger ?

Celui qui part laisse toujours une belle pagaïe après lui. Long, très long est le temps de la remise en ordre, s'il advient jamais.

 

 

PHILOSOPHIE

Philosopher est à la mode, les cafés philo fleurissent dans les bourgades et couvrent parfois des produits suspects, sinon frelatés. C'est ainsi que j'ai surpris un Café des filosoffes (sic) annoncer un débat avec en vedette le député-maire de la paroisse. Le thème n'était pas ouvertement démagogie et populisme, un noble prétexte le couvrait.

La perte de sens intelligible qui caractérise notre époque se prête à ces leurres, de même qu'elle renforce la puissance des croyances magico-religieuse dont les Etats-unis pâtissent au premier chef, et le monde avec eux.

Chez nous existent des philosophes officiels aussi verbeux que bien des artistes tout aussi officiels. Certains d'entre-eux deviennent soit Ministre à paillettes, soit vedettes radio-télévisuelles que l'on consulte pour déterminer l'alpha et l'oméga de toute question de société. Leur jargon noie tout poisson, que l'eau originelle soit douce ou salée. Modernes gardiens du Temple, ils assurent leur magistère en surveillant jalousement leur pré carré.

Qu'en est-il de la philosophie ?

Météorite de l'enseignement, il faut attendre la terminale pour y tâter, puis plus rien à moins d'une spécialisation. Qu'en reste-t-il dans la plupart des cas ? Encore moins sans doute que des langues étrangères ânonnées des années durant sans aucun profit. Pourquoi donc ? Sans doute parce que la plupart des enseignants de la philosophie, à vrai dire enseignants des jalons obligés de l'histoire de la philosophie, sont tout sauf des philosophes. Ils enseignent des doctrines, poussent des éclairages, posent des question bateau, Dieu, la Liberté, la Conscience, le Beau, etc.

Ils vivent comme d'étroits fonctionnaires, philosophes à temps partiel.

Qu'est donc la philosophie ? Certainement beaucoup moins une matière à étudier qu'un mode de vie à pratiquer en compagnie de maîtres que l'on se choisit, qu'ils soient labellisés par la Faculté ou non. Certains de ces maîtres n'auront droit qu'à la mention penseurs, essayistes, moralistes ou poètes, tant pis. Où est le problème ?

La philosophie intéresse l'existence dans son épaisseur. Elle permet de se constituer, de se construire peu à peu, lentement, de s'élaborer chemin faisant, de s'acheminer à pas comptés vers un peu plus de sagesse, de sérénité, de gagner en conscience de soi, de s'affranchir patiemment des scories qui viennent polluer l'existant. Elle permet de se préparer au saut final. Une vie n'est pas de trop pour cela !

Quels sont ceux dont il convient de faire son miel ? Question à laquelle il est presque impossible de répondre tant les choix dépendent de chacun. Tenter un palmarès serait inconvenant, sinon stupide.

Quelques précautions toutefois : se référer le plus possible à des auteurs authentiques ou à des artistes (une oeuvre vaut parfois un long traité), dont la congruence, c'est à dire la justesse, soit la marque ; c'est bien la moindre des choses.

Eviter ceux qui jargonnent au-delà du strict nécessaire à un bon entendement, ceux-là disent communément qu'ils n'ont rien à proposer au plus grand nombre, qu'ils méprisent, et qu'ils entendent rester entre eux.

Fuir tous ceux qui détiennent quelque vérité, et encore plus ceux qui échafaudent des théories bien bouclées, explicatives du monde et porteuses de solutions.

Ne pas craindre les contradictions, la contradiction c'est aussi la vie. Foin des idéologues et des métaphysiciens !

 

 

PROGRES

La notion de progrès enserre quelque mystère. Elle se colore aussi bien d'espoir que d'inquiétude : les notices glissées dans les étuis de médicaments comportent toujours une rubrique effets indésirables éventuels.

A trop consommer de cette drogue ascensionnelle les riques de perturbations graves se révèlent rapidement nombreux, avec possibles répercussions sur l'entourage : naïveté, perte de sens critique, délires mensongers, comportements parfois violents, etc.

Si progresser signifie tout simplement aller de l'avant, y associer comme une obligaion immanente quelque prédisposition à l'atteinte d'un mieux peut entraîner un effet hallucinogène fort dommageable à la conduite de soi-même, avec altération du raisonnement.
Contre-indication formelle : associer réformes et progrès.
Le seul antidote connu à ce jour est un cocktail de nuances et de relativisme.

 

 

QUESTIONS FONDAMENTALES

- La fin de l'Histoire peut-elle être un fait historique ?

- Comment mesurer l'intelligence artificielle ?

- A quel âge Dieu a-t-il commencé à parler ?

- Peut-on faire le bien d'autrui sans le mettre à mal ?

- Quelles sont les lettres de l'alphabet les moins utiles ?

- A quoi sert le football ?

- Pape est-il une profession ?

- La campagne fait-elle partie du paysage ?

- Pourquoi verse-t-on d'abord le pastis et ensuite l'eau ?

- Pourquoi la mer est-elle salée ?

- Les chômeurs ont-ils raison ?

- Le passé a-t-il encore un avenir ?

- Pourquoi le Tour de France passe-t-il si souvent par le Massif Central ?

- Où trouver des tasses pour gaucher ?

- Qu'apportent les images à la télévision ?

- Pourquoi un poisson rouge dans un bocal ne devient-il pas fou ?

- Connait-on l'espérance de vie d'une huître ?

- De quelles notes la musique a-t-elle le plus besoin ?

- Pourquoi la neige est-elle blanche ?

- A quel âge Tarzan a-t-il pris sa retraite ?

- Le sourire de la Joconde tient-il au fait qu'elle est au courant ?

- A quoi sert la vie ?

- Pourquoi la chair du saumon est-elle rose ?

- Les salariés ont-ils besoin du patronat ?

- Quelle est la valeur d'une certitude ?

- A quoi servent les frontières ?

- La démocratie est-elle une forme de maladie mentale ?

- A quoi l'Art peut-il être utile de nos jours ?

- La Fortune est-elle vraiment aveugle ?

- Quels pare-chocs pour les civilisations ?

- D'où vient-on ?

- Un TGV lent serait-il un progrès ?

- La photo d'une oeuvre d'art est-elle une oeuvre d'art ?

- Quelle est la différence entre un corps vivant et un corps mort ?

 

 

RIRE

Le propre de l'homme nous dit Maître François Rabelais. Que serions-nous sans le rire, sans la dérision, sans l'humour ? Que serait le paysage sans oiseaux ?

Quel que soit l'âge, le rire est un creuset par lequel chacun se trouve modifié le temps d'un plaisir.

Rire est un bonheur car c'est un partage, une connivence, c'est un outil momentané qui mobilise la personne tout entière, sans considération d'âge, de sexe, de statut ou d'apparence.

L'humain est là, dénudé, tel qu'en lui-même, de son enfance jusqu'à l'instant présent.

 

 

SAGESSE

J'ai de plus en plus horreur de cette sagesse feutrée qui permet tous les accommodements, qui se satisfait à bon compte dès lors qu'avantages et privilèges demeurent.

Cette nauséabonde fadeur des sentiments qui évoque l'odeur de poudre de riz de grosses femmes de mon enfance, engoncées dans leurs cols de renard, le nez pris dans leurs lunettes sans monture. Je pense à l'une d'entre elles, cousine éloignée de mes grands-parents, ancienne directrice d'école, distante et assez effrayante, aux baisers pincés de laquelle il me fallait me soumettre.

Sa corpulence et ses renards m'étouffaient, ses lunettes agressives me paraissaient dangeureusement aiguisées. Il y a dans ce souvenir tout l'apprêt, le manque de naturel, l'absence de spontanéité et le sordide calcul d'intérêts de ceux qui composent avec les apparences, qui justifient leurs à-peu-près par le souci de ne pas faire de vagues car-cela-d'ailleurs-ne-servirait-à-rien.

 

 

SANTE

Mot étrange qui désigne aussi bien une prison parisienne qu'un état physique jugé satisfaisant, si elle est bonne, ou détestable, si elle est mauvaise.

La nécessité d'une surveillance - Haute surveillance dirait Jean Genet - est sans doute ce qui rapproche les deux sens de ce terme. Cette indispensable vigilance requiert beaucoup trop d'énergie. Avoir à se préoccuper de sa santé limite, enferme dans un système de contraintes peu supportable, qui rongent l'autonomie, érodent la capacité d'entreprendre, sapent l'énergie, amollissent, rendent paresseux ou bien abêtissent.

Lorsque l'organisme se manifeste en se dissociant de la personne, il prend le pas et empêche gravement. Il emprisonne le mental comme l'affectif.

La maladie est une hydre dévoreuse.

 

 

SOUVENIR

Un bref séjour au bord de la campagne, herbes, boue, labours juste à côté. Des fleurs s'évadent des arbustes, des bourgeons pétillent les rameaux. Le ciel gris bleu aiguise des couleurs franches. Je réalise que j'habite désormais en ville et que j'ai perdu le vivant du souvenir. Le souvenir se révèle come un faux-semblant. Quelle autre existence que le moment présent ? Fumée dissipée, le souvenir révèle sa prétentieuse faiblesse : la cendre n'est jamais la mémoire du feu.

Le souvenir comporterait une part de crispation, au moins de la fixation sur des objets mentaux ou affectifs, avec les abrupts et les miroirs de failles signalant le grandiose du paysage.

La réussite personnelle serait peut-être d'engendrer pour soi-même et par soi-même une sorte d'oubliance, d'omission : situé à l'origine d'un quelque chose, trouver quelque volupté à ce que la référence à l'initiale soit progressivement perdue, la création, l'événement, devenant peu à peu autonomes, indépendants de leur instigateur.

Au départ, une idée, puis une mise en oeuvre et une installation factuelle, inutile de garder la source en mémoire, la chose existe et se perpétue, elle fonctionne par elle-même, devient une évidence, plus aucune nécessité de se remémorer, de rendre grâce, d'attribuer, de nommer.

Plus besoin d'icône à révérer. L'idée matérialisée revêt toute sa force une fois devenue lieu commun, synonyme d'allant de soi, la vie s'ajoute alors de l'indéfinissable.

Pour l'initiateur, devenir moins qu'un nom usuel, sinon c'est raté. On se souvient qu'un Préfet de police  imposant un conteneur de déchets aux parisiens se nommait M. Poubelle. Exister ainsi dans la mémoire collective possède-t-il quelque attraction ?

La véritable simplicité vis à vis de soi-même ne serait-elle pas de s'oublier ainsi que le second Rimbaud en a donné l'exemple ?

 

 

SOINS PALLIATIFS

Soins palliatifs, accompagnement des mourants, il y a du curé là-dedans.

Accompagnement des mourants ? Accompagnement des (encore) vivants serait plus pertinent. Il s'agit de l'être à un certain moment de son existence. Il s'agit d'être, avec soi, avec l'autre, davantage semble-t-il que d'anticiper la perte, ne serait-ce que par la dénomination.

Notre temps publie la mort violente à tout propos, accidents de la route, images de guerre, crimes, attentats. Il met en incessantes images son spectacle auquel il concède un vaste espace sonore et visuel, il s'attarde sur les mouroirs et leurs équipements défaillants. En situant le trépas parmi les faits divers les plus communément triviaux, il l'évacue. La mort est soigneusement occultée dans la proximité du quotidien. Depuis des lustres les obsèques sont célébrées dans le plus strict anonymat, rien ne les signale plus dans la vie de la cité. On convoie les morts à la sauvette.

Devenue objet télévisuel permanent, la mort est instituée comme un quelconque produit commercial, elle appartient désormais au marché de la consommation.

Plan cancer : la fréquence d'apparition de la maladie aurait augmenté de 30% depuis vingt ans, de nouveaux métiers, de nouvelles officines émergent, cherchant à capter le gisement de formation aux soins palliatifs, associations paramédicales d'assistance aux malades. Le corps médical exerce sa vigilance, il occupe résolument un terrain qu'il revendique.

Ne serait-il  pas préférable de s'attaquer aux causes du fléau, pollution, alimentation, hygiène de vie, que de se préoccuper exclusivement du traitement des effets ?

De même que l'aide économique aux pays en voie de développement n'a jamais fait régresser la misère dans le monde, la nécessaire amélioration des thérapies ne saurait suffire. L'industrie du crabe, que l'on nomme avec préciosité oncologie, serait-elle devenue un des moteurs de l'économie ? Nouvelle hypocrisie vaticanesque masquant une culpabilité soigneusement tue.

Dieu est de notre côté fait dire Almodovar à l'un des protagonistes de son film La mauvaise éducation. Le cynisme ronge.

Soigner en aval et faire des effets de manchettes en omettant l'amont paraît bien suspect.

 

 

TITRES

Auteur de titres j'aurais aimé être. Composer des titres est tout un art, cela tient de l'orfèvrerie. Raccourci signifiant.

Concevoir et réussir un titre possède la même force que le signe calligraphié emplissant à lui seul la totalité de l'espace.

Concevoir un titre c'est un geste, un trait de cymbale qui s'interpose, attire et souligne. La fulgurance, la fragilité et l'évidence de l'aquarelle. La partition réduite à une simple note, posée, diamantée, soclée sur le silence. L'extrait le plus synthétique, le plus évocateur du haïku, un élixir.

Un titre réussi est poésie, il se suffit à lui-même, il n'est besoin de rien d'autre, pouvoir du rêve. Donner à imaginer, à penser. Il m'est arrivé bien des fois d'acheter un ouvrage pour son titre et d'être fort déçu par la logorrhée qui l'accompagnait. Le titre toutefois méritait toujours l'achat. Dieu, sa vie, son oeuvre, d'un certain Jean d'O, est un bon exemple.

Imaginer une bibliothèque alignant des titres et des pages blanches. Revendre la plupart des autres livres.

 

 

UTOPIE

Mot aussi amusant que séduisant. U, comme l'ordre "Hue !" propre à faire avancer un cheval de labour. To, comme Toto, ce petit rigolo de mon enfance auquel on prêtait malice et effronterie. Topie, comme la toupie qui tourne follement sur elle-même. Utopie comme déraison, comme défi lancé à l'existant, comme certainement intraduisible en actes, comme inconcevable, ayant peu de chance d'exister vraiment.

Utopie, impossible comme la vie, mais tellement nécessaire à la vie.

 

 

VIEILLIR

Il n'est pas de pus sûr moyen pour gagner du temps : vieillir désencombre.

Mon mestier et mon art, c'est vivre (Montaigne - Essais - II, 6)

Vivre fatigue tellement ! Si seulement il y avait un autre mode de vie ! (Fernando Pessoa - En bref)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Blogue-note de Jean Klépal
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