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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 15:00

 

 

Etre accueilli dans son atelier par un artiste relève toujours d’un privilège, celui de se trouver plongé dans l’intimité d’une personne et de ses doutes, de se faire offrir le cadeau de la présentation de ses travaux, d’en parler, d’échanger des points de vues, d’accueillir les idées ou les émotions qui se présentent. Il s’agit avant tout d’être à l’écoute et de se faire discret. La plupart du temps, l’artiste s’interroge sur l’état actuel de ses démarches, il sollicite un regard et une parole. Autant le travail est solitaire, autant la solitude est redoutée.

Ce qui caractérise le plus souvent ceux que j’ai le bonheur de fréquenter, c’est davantage le doute que la certitude triomphante. Même si tel ou tel aspect de son travail lui semble pertinent ou intéressant, un artiste a souvent besoin de confirmation, voire de confrontation. Il choisit les interlocuteurs auxquels il décide de se confier. Etre l’un de ceux-ci apparaît comme un honneur redoutable, il convient de se montrer à la hauteur du défi proposé. Rien n’est jamais gagné, la relation se fonde sur une pertinence des propos, assortie d’enjeux mutuels.

C’est ainsi que l’art exige de chacun, autant qu’il induit un rapport de vérité dans les relations. Ni demi-mesures, ni faux-semblants ne sont autorisés. Etre invité par un artiste est avant tout une marque de confiance et de reconnaissance à chaque fois mise en péril, ce qui en fait le prix. C’est aussi se charger d’énergies, aller un peu au-delà de soi-même, se donner les moyens d’une indispensable hygiène mentale.

La fréquentation des artistes aide à mieux vivre.

 

Olivier Huard aurait pu choisir une carrière convenue dans un monde convenable. Des études universitaires sanctionnées par une respectable peau d’âne lui ont permis d’acquérir la liberté de « faire l’artiste », à jamais. Voici bientôt presque deux décennies qu’il s’emploie avec assiduité à traduire ses émotions, ses souvenirs, ses questionnements, ses tentatives d’approche de son essentiel, en une patiente succession de travaux cernant les contours d’une personnalité attachante.

Sa manière caractéristique allie peinture et dessin en une succession d’impositions ou de transferts suggérant des espaces différents. L’écho qu’engendrent ces juxtapositions les relie par de multiples mises en relation. D’abord la vision d’un système complexe d’entrelacs, puis peu à peu émerge une composition suffisamment complexe pour ne révéler que progressivement ses éléments.

On peut passer rapidement devant ses toiles, sans vraiment entrer en relation avec elles ; ses propositions n’acceptent de se livrer qu’à ceux qui prennent le temps de poser leur regard. Réserves, recouvrements, souvenirs en filigrane, ordonnent l’accommodation de la vision.

« Méfions-nous des aguicheuses qui s’offrent au premier venu », semble nous recommander chaque œuvre. Il est vrai que de manière générale une certaine retenue pourrait être le gage de la durée d’une relation.

L’art se mérite, évidemment.

 

Dans ses travaux les plus récents la peinture prend de l’importance par rapport au dessin ; elle s’affirme de façon plus autonome. Il se pourrait bien que l’artiste maîtrise de mieux en mieux ses modes d’expression, tout en demeurant humble par rapport à eux. Des fonds soutenus, contrastés mais atténués, disent une recherche patiente et déterminée d’équilibres et de nuances.

Ce besoin assez subtil se traduit dans une série de papiers d’un genre tout à fait nouveau. Nous connaissions jusqu’à présent des papiers enrichis à force de transferts successifs, assez analogue en fait pour ce qui est de leur apparence aux peintures. Ils se présentaient plutôt comme des commentaires des toiles, voire des compléments.

Il semblerait qu’actuellement les papiers témoignent d’un désir de différenciation. Fruits d’un cheminement qui leur est propre, ils signalent l’amorce d’un moment crucial, celui d’une interrogation sur les techniques employées et d’une tentative d’expérimentations nouvelles.

Huard fait bien ce qu’il fait, il sait faire, alors reconduire commence à l’interroger sur la voie à emprunter parmi les possibles. En ce sens, les papiers d’aujourd’hui témoignent de l’atteinte d’un carrefour, donc de la nécessité d’un choix pour continuer à avancer.

 

Surface absorbante, puisque le papier demande à être nourri il s’agit de lui offrir dans un premier temps la matière de la peinture, avec ses chatoiements, ses diaprures, la légèreté aérienne qu’elle permet. Mais ensuite, une fois satisfaite sa demande initiale, il convient de lui faire avouer ce qu’il peut restituer, jusqu’où il peut accepter de se livrer. Jusqu’où il peut se prêter au désir iconoclaste de l’artiste. La révélation du blanc scarifié du support dit la nécessité de l’absence, de la disparition, pour accéder à une épiphanie.

Interviennent alors des grattages agissant comme les entailles du burin ou les morsures de l’acide sur la plaque de métal du graveur. Si peindre ou dessiner est essentiellement ajouter, le grattage s’apparente à la sculpture où l’on enlève pour révéler des formes insoupçonnées dans le bloc initial, il s’apparente également au travail minutieux de l’archéologue qui fouille avec ivresse et précision pour accéder à la découverte du vestige inattendu. Il y a de tout cela dans les papiers nouveaux actuellement soigneusement conservés dans l’atelier, promis à la révélation d’une prochaine exposition.

Curieusement, comme il se produit fréquemment, l’artiste requiert avec des moyens différents, suggérés par l’ensemble de son parcours, le souvenir de ses premières tentatives à la recherche de silhouettes improbables griffées d’une pointe d’épingle sur de la carte à gratter.  

 

              

 

Sans titre 2012 - acrylique sur toile - 150x150 cmDivers 2012 016-copie-1            

 

 

Divers 2012 014

 

                             Sans titre 2012 - acrylique et grattage sur papier

 

 

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Published by Blogue-note de Jean Klépal
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commentaires

huard olivier 13/09/2012 18:07

Salut m'sieur!
j'ai lu ce texte sur ce jeune artiste prometteur ça donne envie d'aller voir son atelier....
Il y a la légende mais il manque la photo du détail du papier gratté..
bise

Blogue-note de Jean Klépal 13/09/2012 20:07



Comment se fait-il ? Le papier aurait-il été gratté jusqu'à disparaitre ? J'avais pourtant constaté sa présence avant l'envoi du texte...


 



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